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Musiques aphrodisiaques (ou pas)

5 min

“John Frusciante le considère comme le meilleur guitariste du monde. Le rappeur Dan Le Sac le vénère. Ian Curtis était fan absolu. Morrissey lui avait confié l’écriture de son premier album solo, certain qu’il n’y avait pas à Manchester un autre guitariste capable de succéder à Johnny Marr. Pourtant, se demande JD Beauvallet dans Les Inrockuptibles , qui connaît Vini Reilly ? Visiblement, plus de gens qu’on ne l’imaginait. A ce message posté par son neveu sur Facebook ( « Mon oncle a de gros soucis pour couvrir des factures de nourriture, de loyer et d’électricité »), la réponse a été immédiate, massive. Ses fans ont ainsi sauvé Vini Reilly, la guitare en aquarelle de Durutti Column, de la banqueroute. Juste retour des choses , applaudit le critique rock, pour un homme dont la musique gazeuse et pourtant étonnamment consistante accompagne les moments d’apaisement depuis la fin des années 70 – et une révolution punk dont il fut l’excroissance la plus étrange. Vini Reilly est trop malade pour tourner : il ne peut donc même pas compter sur cette bouée de sauvetage de tant de musiciens éprouvés par l’effondrement du marché de la musique. Comme Tony Wilson, fondateur du label Factory qui le révéla dès 1978, Vini Reilly souffre d’une maladie rare, trop coûteuse pour que la Sécu anglaise s’en préoccupe. Pour Tony Wilson, l’appel aux fans était arrivé trop tard : mort avant la mobilisation. Pour Vini Reilly, la réponse a repoussé l’échéance. On craint déjà, pour ces musiciens de l’ombre, ce nouveau désordre : un système économique où les fans ne financeraient pas un nouvel album, seulement un peu de nourriture et de médicaments. Parmi les donateurs du « fonds Vini Reilly », certains ont reconnu avoir perdu leur virginité sur cette musique à la quiétude complice. Et ça, ça n’a pas de prix.”

Toutes les musiques n’ont manifestement pas le même pouvoir aphrodisiaque. “Les quatre tortues géantes des Galapagos du zoo de Londres sont [ainsi] restées insensibles à la sérénade jouée [il y a deux semaines] par le pianiste français Richard Clayderman, qui comptait sur sa musique pour les amener à se reproduire , a-t-on pu lire dans Le Figaro .

Le musicien, mondialement connu grâce à la chanson Ballade pour Adeline, comptait sur sa musique pour voir Dick, un mâle âgé de plus de 70 ans, se reproduire avec l’une de ses trois jeunes compagnes, âgées de 13 ans pour l’une et 17 ans pour les deux autres. Mais Priscilla, Polly et Dolores n’ont pas semblé être séduites par l’ambiance tamisée qu’avait créée le musicien [le 7 février]. Richard Clayderman avait pourtant fondé cette expérience sur les conclusions de scientifiques, qui estiment que la musique peut influencer le comportement des animaux. « La musique est une chose puissante, et j’aime croire qu’elle a un effet positif sur les animaux comme sur nous », a-t-il déclaré. Surnommé « le prince de l’amour », le musicien a joué aux tortues une série de musiques langoureuses, dont la bande originale du film Les Chariots de feu. Mais ces quatre spectateurs inhabituels sont restés de marbre. Seules les carottes apportées par les gardiens du zoo ont su les faire réagir.”

Que cherchait à provoquer parmi ses invités l’ambassade de France à Pékin ? “La playlist qui a accompagné la réception à l’ambassade à l’occasion de la venue, [fin janvier], de la ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq, était en grande partie composée de titres… de Carla Bruni , dévoile Benjamin Masse-Stamberger dans L’Express . Complot sarkozyste ? Sabotage chinois ? L’explication est plus simple : la diplomate est une fan des chansons de l’ex-première dame de France.”

L’ambassadrice s’est donc sans doute réjouie du single dévoilé au même moment sur Internet, Keith et Anita . « Je ne suis pas là, je suis chez Keith et Anita. Ici, tout est tranquille, pas l’ombre d’un tracas […] » Huit mois après avoir laissé sur le perron de l’Elysée sa tenue parfois sombre de première dame de France, Carla Bruni est réapparue en artiste épanouie [le 28 janvier] sur son site Internet, chantant en studio au milieu de ses musiciens et s’accompagnant d’une guitare , écrit Eric Bureau dans Le Parisien . Comme un cadeau à son mari, Nicolas Sarkozy, qui fêtait [le même jour] son 58e anniversaire. Ce n’est pas le seul clin d’œil de Keith et Anita, premier single en vente en téléchargement légal sur Internet, annonciateur de son quatrième album, Little French Songs, qui sortira le 1er avril sur son nouveau label, Barclay.

Dans cette chanson plutôt bien balancée, juge Le Parisien , sur un rythme latino et une trompette jazzy, regardée plus de 16 000 fois [le jour de son lancement] sur YouTube, elle imagine un été 1970 idyllique passé chez le couple rock’n’roll que formaient alors le guitariste des Rolling Stones et l’actrice-mannequin Anita Pallenberg. Elle y évoque à la volée le Sofitel de DSK, les verrous, une mise sous tutelle qui fait forcément penser à l’affaire Bettencourt, fait rimer « politique » et « en place publique », « sous les louanges » et « couverts de fange », en répétant « on est là où l’on peut ». Elle refuse aussi le joint qu’on lui tend, « non merci je ne fume pas ».

Dix ans tout juste après avoir fait une entrée tonitruante dans la chanson avec son premier album, C’est quelqu’un qui m’a dit, paru sur le label indépendant Naïve et vendu à 2 millions d’exemplaires quatre ans après son précédent enregistrement, paru alors que son mari était président depuis un an, l’ancien top-modèle se sait attendu au tournant. Mais comme elle l’avait promis, Carla Bruni reviendra sur scène : une tournée est annoncée à l’automne, sans plus de précision, si ce n’est une date au Casino de Paris, le 22 novembre.”

Un baby-boom est-il à prévoir 9 mois plus tard ? Il faudrait peut-être essayer sur les tortues…

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