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Musiques enrôlées

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“La Fifa a rendu publique la chanson officielle de la Coupe du monde de foot, qui s’ouvrira le 12 juin au Brésil , a-t-on lu dans Libération : We are One réunit le rappeur américano-cubain Pitbull, la Portoricaine Jennifer Lopez et la Brésilienne Claudia Leitte.” Quant à Ta fête , de Stromae, elle “a été adoptée comme hymne des Diables rouges, équipe nationale de Belgique pour la Coupe du monde , avez-vous dévoilé, Hugo Cassavetti, dans Télérama. Une victoire pour le chanteur bruxellois , estimez-vous : avant la sortie de son album, il avait approché la fédération avec ce titre, dans la lignée de son premier tube, Alors on danse. Même rythme minimal, voire martial, même propos ambivalent sur la déshérence, la dépression et le sentiment d’échec que l’on noie dans l’ivresse de la fête. Autant dire que la chanson, avec son texte « défonce-toi, mais tu vas te faire défoncer… Tout le monde te fera aussi ta fête », peut servir les deux issues possibles : un primaire chant de victoire, méprisant pour l’adversaire (dans l’esprit de l’élégant « on a gagné, les doigts dans le nez, ils ont perdu, les doigts dans le c… » (on est tout de même dans Télérama ). Ou une mise en boîte caustique de l’équipe nationale malheureuse. Stromae, lui, sera gagnant sur tous les terrains.” Un qui refuse de manger de ce pain footballistique, c’est Edu Krieger. “En amont de la Coupe du monde de football dans son pays, le chanteur brésilien a sorti une chanson anti-Mondial , nous apprend Marie-Christine Vernay dans Libération. Elle prend le contre-pied de l’officielle, We are One, et a déjà recueilli plus de 600 000 vues sur YouTube. Le chanteur s’adresse nominativement aux stars du ballon et à l’encadrement : « Excuse-moi, Neymar, / Mais pendant cette Coupe, je ne vous soutiendrai pas / Je suis fatigué de voir mon peuple dépérir peu à peu devant la télé / Pendant que la Fifa s’occupe des normes, des voleurs nous dirigent. Et faussent le jeu pour gagner / Excuse-moi, Neymar, cette fois, je ne vous soutiendrai pas. » Edu Krieger reprend les arguments des milliers de manifestants réunis pendant la Coupe des Confédérations, qui protestaient contre les investissements massifs liés à l’événement sportif.” En Russie aussi, une star de la musique se risque à la critique, c’est encore Libération qui le rapporte. “Le chanteur de rock Andreï Makarevitch, 60 ans, célèbre depuis l’époque soviétique avec son groupe Machina Vremeni (« Machine à remonter le temps »), après avoir défilé en mars contre la politique de son ex-ami Poutine en Ukraine, a tenté une critique sur son compte Facebook : « Tout ce qui se passe dans notre pays – la propagande enragée, le chauvinisme exacerbé, même les Jeux olympiques – rappelle vraiment l’Allemagne de la fin des années 30. Quand cette psychose de masse se terminera (et elle se terminera), nous nous souviendrons que l’Ukraine est notre voisin et notre parent le plus proche. » Bingo, plus de 21 000 personnes ont signé une pétition pour qu’on lui retire ses décorations, notamment son titre d’« Artiste du peuple ». Il a cependant été soutenu par l’écrivain Lioudmila Oulitskaïa et la chanteuse pop Alla Pugatcheva.” S’il est un pays enfin qui croit profondément au pouvoir politique de la musique, ce sont bien les Etats-Unis. “Cela fait près de dix ans que les dirigeants américains et les spécialistes du terrorisme sont hantés par cette question : comment réagir face au « rap djihadi » (censé inciter les jeunes à s’embringuer dans des groupes islamistes et partir faire la guerre sainte) ? Il semblerait que la réponse soit : diffuser du « bon rap musulman » , raconte le très vénérable mensuel The Atlantic dans un article repris par Courrier International. Le département d’Etat finance des cours et des ateliers hip-hop au Liban et en Syrie et se prépare à un nouveau round de diplomatie par le hip-hop. […] Au milieu des années 2000, en plein scandale d’Abou Ghraib et face à la résurgence des talibans, le département d’Etat décide de considérer le hip-hop comme un outil diplomatique, et non plus seulement comme une menace. Karen Hughes, alors sous-secrétaire d’Etat chargée de la diplomatie publique, lance l’initiative Rhythm Road et dépêche des « envoyés hip-hop » dans le monde entier. Depuis, de nombreux rappeurs, danseurs et DJ ont tourné dans le monde musulman, du Sénégal à la Côte d’Ivoire en passant par l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, sans oublier la Mongolie, le Pakistan et l’Indonésie. Dans le cadre de cette campagne, dont le budget annuel s’élève à 1,5 millions de dollars, les artistes donnent des représentations et animent des ateliers. Ceux de confession musulmane parlent devant les médias locaux de ce que signifie être musulman pratiquant aux Etats-Unis. Selon les organisateurs, ces opérations ne visent pas seulement à témoigner de l’intégration des musulmans américains, mais également à promouvoir la démocratie et à faire s’exprimer des courants d’opposition. En 2010, à l’issue d’une représentation à Damas, Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, parle du hip-hop comme d’une « pièce majeure » sur « l’échiquier aux multiples dimensions » du grand jeu que constitue la « diplomatie culturelle ». L’initiative du département d’Etat est directement inspirée de la diplomatie par le jazz mise en place par le gouvernement américain pendant la guerre froide. Il s’agissait alors d’envoyer des jazzmen comme Dizzy Gillespie, Louis Armstrong, Duke Ellington ou Benny Goodman pour contrer la propagande soviétique en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient et promouvoir l’ American way of life. […] En partenariat avec l’université de Caroline du Nord, le département d’Etat a récemment lancé un recrutement d’ « éducateurs hip-hop » pour son programme Next Level, visant à utiliser la musique et la danse comme des outils « de dialogue et de résolution des conflits ». Toute expérience de beat maker, de DJ, de Bboy, de Bgirl ou de MC est la bienvenue.”

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