LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

"Mustang" rédimera-t-il Hollywood ?

5 min

Mustang de Deniz Gamze Ergüven
Mustang de Deniz Gamze Ergüven

Grandes manœuvres à Hollywood, en vue de la cérémonie des Oscars. Pour s'emparer de ces trophées aux origines antisociales (et très viriles), les lobbyistes de "Mustang" jouent la carte de la mauvaise conscience suscitée par les dénonciations du machisme hollywoodien. Cela suffira-t-il ? Réponse le 28 février...
A Hollywood, raconte François Forestier dans un article de L’Obs titré « Les dessous des Oscars » , les grandes manœuvres ont commencé. Les producteurs – Paramount ( The Big Short), 20th Century Fox ( Seul sur Mars), Warner ( Mad Max), Weinstein Company ( Les 8 Salopards) – inondent les six mille électeurs (tous les membres encartés de l'industrie du cinéma ont le droit de voter) de DVD, entament les négociations dans les coulisses, font donner la cavalerie des agences de com. Le lobbying, c'est un art. Il faut solliciter, choyer, susciter, manipuler. Car l'oscar, c'est du prestige et de la pub gratuite. Un salaire d'acteur peut tripler en une soirée. Un film inconnu peut se transformer en blockbuster. Après tout, près d'un milliard de spectateurs, dans le monde entier, regardent la cérémonie des Oscars, avec ses majorettes, ses annonceurs, ses numéros comiques et ses stars. En vingt ans, le prix du spot télévisé est passé de 500 000 dollars à 1,95 million. On plaisante sur les Oscars avant la cérémonie. On ne plaisante pas pendant. It's big money.

Garde-à-vous Cela n'a pas toujours été le cas , rappelle L’Obs. Avant de devenir un marathon de cinq heures vendu à prix d'or aux chaînes de télé, les Academy Awards of Merit (le nom officiel) furent, un temps, une arme antisyndicale. Du moins, c'était l'intention de Louis B. Mayer, le boss de la MGM, qui inventa tout ce bazar : énervé par l'apparition de gauchistes qui voulaient syndiquer les acteurs, puis les auteurs, puis les metteurs en scène (et pourquoi pas les électros et les machinos ?), il rassembla les producteurs en 1927, et, lors du premier banquet – homard et filet de sole –, laissa parler Will Hays, le censeur en chef, qui jura que les Oscars ne couronneraient jamais un film unclean (« impur », soit immoral, soit politiquement incorrect). Moyennant quoi les deux premiers acteurs oscarisés furent Emil Jannings (déclaré « artiste d'Etat » par Goebbels en 1941) et Janet Gaynor (lesbienne). Quant à la statuette, elle fut sculptée par le décorateur Cedric Gibbons d'après le corps de rêve d'Emilio Fernández, acteur mexicain amoureux de la future épouse de Gibbons, Dolores Del Rio. Vu l'état d'excitation du modèle, dont la virgule s'était transformée en point d'exclamation lors du passage de la dame, le sculpteur préféra remplacer ce garde-à-vous par une arme. C'est la raison , assure François Forestier, pour laquelle Oscar, aujourd'hui, a les mains posées sur une épée (qui n'a rien à voir avec le cinéma, mais tout avec la virilité).

Un doublé pour Iñárritu ? Dernière étape sur le chemin de la gloire, c’était, vendredi, l’annonce des finalistes. Avec douze nominations, The Revenant d’Alejandro G. Iñárritu est le candidat aux oscars le plus cité et c’est un exploit pour le cinéaste mexicain qui avait tout raflé l’an passé avec Birdman, commente Libération. Leonardo DiCaprio vient d’empocher le Golden Globe du meilleur acteur pour sa prestation furibarde de trappeur ivre de vengeance et il peut donc espérer remporter enfin un oscar, lui qui avait vu la statuette lui échapper (pour la quatrième fois !) en 2014 avec Le Loup de Wall Street. Cette année, il pourrait trébucher sur le jeune Eddie Redmayne qui, dans The Danish Girl, incarne une artiste transgenre des années 30. George Miller et Mad Max : Fury Road se taillent aussi une bonne part du gâteau avec dix nominations. Moins chanceux, Todd Haynes est curieusement absent de la catégorie « meilleur réalisateur » et Caroln’est pas dans la liste pour le meilleur film. Une faute de goût, pour Libération, que ne rachète pas totalement la présence des deux actrices principales dans la liste des nommées, tout comme Charlotte Rampling, pour 45 ans. Manque flagrant de patriotisme, Libération ne relève pas, au contraire du Monde , que “p our la première fois depuis Entre les murs, en 2009, le long-métrage présenté par la France est nommé pour l'Oscar du film en langue étrangère. Mustang, réalisé en turc et en Turquie par Deniz Gamze Ergüven, concourra pour ce trophée avec, entre autres, Le Fils de Saul, de Laszlo Nemes (pour la Hongrie).

Expiation « La France n’a pas remporté l’Oscar du meilleur film étranger depuis longtemps, constate (dans Studio Ciné Live ) Charles Gillibert, le producteur de Mustang [la dernière fois, c’était pour Indochine, en 1992]. Après Saint Laurent et Renoir , je trouve bien qu’on n’ait pas envoyé un film sur l’histoire de la baguette, mais le premier film d’une réalisatrice, sur un sujet fort comme la condition féminine en Turquie. » […] Le distributeur [du film aux Etats-Unis], Cohen Media Group, est expérimenté, assure Olivier Bonnard, le correspondant de Studio à Hollywood. C’est lui qui, l’an dernier, a accompagné Timbuktu jusqu’à la finale pour l’Oscar du meilleur film étranger. [Mais] ce qui compte avant tout, ce sont les ambassadeurs de choc. Quand Lena Dunham, la créatrice de Girls, twitte que « Mustang est l’un des films les plus puissants qu’elle ait jamais vus », elle touche quelque 3,26 millions d’abonnés. Mais c’est le fruit d’une stratégie réfléchie. « A Cannes, j’ai montré le film à la présidente de l’association Women in Hollywood, à laquelle Lena est rattachée, raconte Gillibert. A ce moment-là, je choisis mon axe, sur lequel on va travailler pendant toute la campagne. » Et depuis peu, c’est un axe assez porteur. Alors que les actrices, de Jennifer Lawrence à Emma Watson, en passant par Sandra Bullock, n’en finissent plus de dénoncer le machisme d’Hollywood, les membres de l’Académie pourraient avoir envie de voter Mustang pour se racheter une conduite. Un vote d’expiation, en quelque sorte. On peut s’attendre également à ce que les membres de l’Académie prennent en compte les attentats du 13 novembre à Paris, qui ont suscité une vive émotion aux Etats-Unis, et votent contre l’obscurantisme, pour un film qui célèbre la liberté, la vie, et la beauté d’un corps de femme. Tout cela suffira-t-il ? Réponse le dimanche 28 février, pour savoir si les filles de Mustang mettront la main sur le très viril Oscar…

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......