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Mystères et boules de com

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“Quelques semaines après la nomination d’Eric Ruf à la tête de la Comédie-Française, le patron du Théâtre national populaire de Villeurbanne, Christian Schiaretti, n’exclut pas un avenir loin de la France , nous révèle Laurence Liban dans L’Express. Sans contester les qualités du vainqueur, il est résolu à éclaircir « l’affaire du dossier manquant » et compte bien écrire sa vérité sur le fonctionnement de la culture dans une Histoire de France, à paraître en 2015.” Qu’est-ce que cette mystérieuse « affaire du dossier manquant » ? “Parmi les trois dossiers de candidature retenus par l’ex-ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, nous explique L’Express, seul le sien n’avait pas été remis à François Hollande, décisionnaire. La présidence de la République et le ministère de la Culture protestant l’un et l’autre de leur bonne foi, le mystère du pli perdu reste entier.” Plus de mystère en revanche à Montpellier, où le 15 octobre, “dans une conférence de presse au ton franchouillard, selon Marie-Christine Vernay dans Libération, Philippe Saurel, maire divers gauche et président de l’Agglomération, a mis fin à l’inconnu en révélant sa politique culturelle. Avec une faconde intarissable, où il est impossible , estime encore la critique danse de Libé, de ne pas relever des accents populistes, il a insisté sur la nécessité d’ « une culture pour le plus grand nombre, une culture [qu’il] souhaite populaire, de proximité et d’une excellente qualité ». Sa politique pour ses six ans de mandat s’appuie sur deux axes : l’art contemporain et la danse. […] Concernant cette dernière,] Jean-Paul Montanari, directeur depuis trente et un ans de Montpellier Danse et de son festival estival ainsi que directeur de l’Agora, la cité internationale de la danse, se voit conforté dans ses fonctions. En plus d’être poussé à la rue pour y prendre le poste de directeur artistique de la future Zone artistique temporaire, la ZAT, qui aura lieu dans le quartier des Grisettes au printemps prochain le fondateur et actuel directeur, Pascal Le Brun-Cordier, ayant appris son éviction sur les réseaux sociaux. Curieux revirement , estime Marie-Christine Vernay, puisque, depuis la campagne électorale des municipales, les relations étaient plus que tendues entre le maire et Jean-Paul Montanari. Le jury du Centre chorégraphique national, le CCN, s’est réuni mercredi pour se prononcer sur les candidatures à la direction de la structure et le nom du directeur devrait être très bientôt révélé par le ministère de la Culture (ce serait Christian Rizzo, selon le site News Tank ). La danse prend donc ses quartiers sur les places de Montpellier. « Il faut que la danse sorte de ses murs, qu’elle devienne populaire. […] On va mettre de la danse partout, le samedi après-midi sur la place Georges-Frêche, on fera ça avec les écoles et le CCN », se réjouit le maire. Un programme où le tango argentin cohabitera avec la salsa. Ce qui n’empêche pas que Jean-Paul Montanari soit engagé à « penser à la suite », c’est-à-dire au nom de son successeur à la tête de Montpellier Danse.” Mais ce qui fait beaucoup parler, à Montpellier, c’est un changement de nom. “C’est fini , raconte ainsi Brigitte Salino dans Le Monde. Le Centre dramatique national de Montpellier ne s’appelle plus Les Treize-Vents, mais Humain trop Humain, ou HTH, pour aller vite. Ainsi en a décidé Rodrigo Garcia, son nouveau directeur, qui a succédé à Jean-Marie Besset le 1er janvier. Et ce nom-là, qui emprunte à Nietzsche, appelle une révolution. Car tout va changer, comme l’annonce le programme de la nouvelle saison, qui [a débuté] le 11 octobre : « Time to choose », est-il écrit à la « une »” , ce qui, pour ceux qui ne comprennent pas l’occitan, signifie : « Il est temps de choisir ». “Que diront désormais les spectateurs qui iront assister à un spectacle au CDN de Montpellier ? « On va au Théâtre des Treize-Vents » ou « on va à Humain trop humain » ?” “Renommer un lieu n’est pas une nouveauté , rappelle Thibaud Croisy dans un point de vue publié sur lemonde.fr. Pour ne citer que quelques exemples récents, le Théâtre de Gennevilliers, fondé et dirigé par Bernard Sobel, avait été rebaptisé T2G par son successeur Pascal Rambert, le chiffre de l’acronyme renvoyant modestement à l’ouverture d’une deuxième période ou à une suite, en référence à la numérotation des épopées cinématographiques. Avec le départ d’Alain Françon et l’arrivée de Stéphane Braunschweig au Théâtre de la Colline, le remaniement s’est fait a minima puisque la maison a été sobrement renommée La Colline – modification imperceptible (inutile ?) mais qui était une manière de marquer l’arrivée d’un nouveau directeur et de créer un petit événement de début de mandat. La politique de nombreux théâtres repose en effet sur l’équation suivante , analyse Thibaud Croisy : pas de création contemporaine sans public, pas de public sans « com » et pas de « com » sans événements. […] Le nouveau crédo consiste donc à produire des événements en continu afin de ne jamais cesser d’élargir l’étendue de son territoire. Dans cette grande entreprise de marketing, La Colline a même eu l’ingénieuse idée d’éditer des plaquettes de stickers avec les titres des pièces de sa saison pour que les spectateurs puissent les coller sur tous les supports de leur choix. Sauf qu’il ne faut pas s’y tromper : Ibsen n’est pas Bowie et le grand temple du théâtre contemporain flirte plutôt avec le ridicule quand il cherche à imiter les goodies commercialisés par l’industrie de la musique et du cinéma, croyant ainsi devenir pop. En revanche, ce folklore culturel a un coût. Et des conséquences, puisque tout l’argent dépensé dans la communication et le meilleur graphisme du monde représente autant de budgets en moins pour les artistes et la création. Mais sans doute est-il plus facile de communiquer sur son soutien à la création que de la soutenir réellement. De la même manière que l’on peut finir par doucement s’égarer en faisant de la « com » autour de sa propre « com ». Après tout, conclut Thibaud Croisy, l’erreur est humaine.” Trop humaine, ajouterait-on…

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