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On n'a pas chié dans un tabernacle !

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« Les attaques terroristes pèsent sur l’activité économique à Paris » , en particulier sur l’hôtellerie et la restauration, constatent Christophe Palierse et Martine Robert dans Les Echos . “Concernant les spectacles, le bilan est plus mitigé. Mercredi soir la salle Gaveau était archicomble pour le concert de l’orchestre de la Loge Olympique. Idem lundi dernier aux Invalides pour le ténor Cyrille Dubois. A l’Opéra de Paris, les spectacles – Ballet de Suède et Don Giovanni – sont complets. « Il faudrait ensuite voir si les réservations ralentissent mais rien de significatif pour le moment », souligne-t-on. En revanche, tous les groupes scolaires sont annulés pour cause de plan Vigipirate. Ainsi, au Théâtre de l’Athénée, environ 600 places pour La Belle au bois dormant ont été annulées, soit une perte de 2 700 euros. Du côté du théâtre privé, « il y a eu peu d’annulations sauf dimanche 11, compte tenu de la manifestation. On constate néanmoins un fléchissement des réservations depuis la dernière semaine pour des dates à venir », souligne Isabelle Gentilhomme, déléguée générale du syndicat des théâtres privés.” “Dans les salles de théâtre, à Paris et en région, on a l'habitude des débats, des pièces polémiques, des disputes fraternelles ou parfois agressives que peuvent susciter les spectacles. Deux questions se posent aux théâtres ces jours-ci , estime pour sa part Armelle Héliot dans Le Figaro. Elles tiennent en une seule formule : comment répliquer ? Comment poursuivre le travail de fond élaboré en général avec l'Éducation nationale pour que les jeunes puissent aller au théâtre alors que Vigipirate interdit tout déplacement de groupe ? Comment mettre à l'affiche des œuvres qui soient susceptibles d'éclairer sans bouleverser des programmations élaborées longtemps à l'avance ? Les grandes institutions disposent de services pédagogiques et de relations avec les établissements d'enseignement très performants. Pour prendre quelques exemples rapidement: le Théâtre de la Ville, à Paris, a mis au point des formes légères qui sont présentées dans les écoles dans le cadre des aménagements du rythme éducatif. Ainsi la danseuse et chorégraphe Lucy Guerin présente-t-elle Microclimat, le dramaturge David Lescot joue-t-il J'ai trop peur, écrit il y a quelques mois : la peur est celle de l'entrée en sixième ! Le rectorat a donné des instructions précises : il n'est pas possible de contourner le dispositif Vigipirate. Pourtant des parents se proposent pour accompagner les groupes, des enseignants sont là et d'autres viennent en renfort. Mais demeure qu'il est interdit de voyager en groupe dans les transports en commun. Les tragédies de la semaine dernière ont eu une influence sensible sur la fréquentation des salles, estime Le Figaro, contrairement aux Echos, sauf lors des premières avec invités. Ainsi le Rive-Gauche, mercredi soir, était-il au complet pour L'Élixir d'amour. Même chose, lundi soir 12 janvier, au Théâtre-Studio d'Alfortville. Mais Maïanne Barthès, la jeune chef de troupe qui présente Rouge, reconnaissait hier que les spectateurs sont très peu nombreux. Le hasard veut qu'elle ait commandé à l'écrivain Emmanuel Darley, que l'on avait beaucoup applaudi pour Le Mardi à Monoprix, une pièce inspirée des Indignés. Mais l'auteur, lui, qui écrit un roman sur la bande à Baader, a légèrement dévié. Et surtout, la pièce est faible. Embarrassant…” , juge Armelle Héliot. Très embarrassant, pour le coup, cette surprenante affaire de censure, au lendemain de la mobilisation nationale pour la liberté d’expression en général et le droit à choquer par le dessin en particulier. “Trop explosif, le nouveau spectacle de Patrick Timsit, qui commence [demain] mardi au Théâtre du Rond-Point ? , s’interroge Thierry Dague dans Le Parisien. En découvrant l’affiche où l’humoriste tient une bombe dans ses bras, l’afficheur JCDecaux a estimé que ce dessin risquait de « heurter la sensibilité des passants, déjà éprouvés par les événements tragiques de la semaine [précédente] ». Résultat : le théâtre a dû commander en urgence au dessinateur Stéphane Trapier un autre visuel, placardé à partir [d’aujourd’hui] sur les 82 colonnes Morris parisiennes. Sur cette nouvelle affiche, Patrick Timsit se contente de danser, les mains vides. Ironie de l’affaire : son one-man-show, conçu bien avant l’attentat contre Charlie Hebdo, s’intitule On ne peut pas rire de tout… […] C’est la première fois qu’une affiche du Rond-Point est retoquée , nous apprend Le Parisien. Du côté de JCDecaux, on explique avoir reçu le dessin en question lundi [dernier], « au lendemain de la marche du 11 janvier ». La direction des ventes a alors saisi le comité de déontologie du groupe, comme à chaque fois qu’une affiche « pose un problème juridique ou éthique ». Seules les colonnes Morris sont concernées : l’ancienne affiche restera sur tous les autres supports. » “ « Cette histoire est sidérante et absurde, » ne décolère pas le dessinateur Stéphane Trapier , dans Le Monde. JCDecaux se couche. C'est du politiquement correct précautionneux, c'est le contraire de ce qu'il faut faire ». […] « C'est grotesque, estime Jean-Michel Ribes, le directeur du Théâtre du Rond-Point. Cette affiche, évidemment humoristique, a déjà largement été diffusée à la télévision et dans les médias, dans la brochure et sur la façade du théâtre sans que personne s'en soit offusqué ni avant ni après les événements tragiques que nous venons de vivre. » Surtout, ajoute Jean-Michel Ribes – inquiet de ce réflexe de « panique » et de « frilosité » –, « ce dessin n'a rien d'offensant ni d'impertinent, c'est simplement de la drôlerie. On n'a pas chié dans un tabernacle ! » […] « Cette histoire est grave, ce n'est surtout pas le moment d'interdire ce genre de dessin », déplore le dessinateur. « Nous avons reçu cette demande de JCDecaux sans aucune consultation préalable. A quoi sert le combat en faveur de la liberté d'expression après le drame de Charlie si c'est pour en arriver là ? Et le directeur du théâtre de s’inquiéter : C'est comme si la censure était pire qu'avant. »

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