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Nababs

5 min

“Il y avait du beau monde, [le 22 septembre] à Qingdao, la ville côtière chinoise , raconte le correspondant à Pékin des Echos , Gabriel Grésillon. Catherine Zeta-Jones, Nicole Kidman ou encore Leonardo DiCaprio et John Travolta avaient fait le déplacement . Sans compter des représentants de Disney, d’Universal ou encore de Paramount. Une bonne partie du gratin du cinéma mondial, donc. Tous étaient invités dans la cité bien connue pour la bière à laquelle elle a donné son nom, afin de donner une résonance médiatique maximale à l’événement organisé par le groupe Wanda : le coup d’envoi à la création d’une cité du cinéma comprenant notamment un studio géant, un investissement de 30 milliards de yuans, soit 3,6 milliards d’euros. D’après Wang Jianlin, le patron fondateur de Wanda devenu cette année l’homme le plus riche de Chine, il s’agira du plus grand studio de cinéma au monde. A terme, il ambitionne d’y tourner un centaine de films par an. Le complexe dont la construction vient de commencer devra non seulement inclure des studios de cinéma, mais également un parc à thème sur le modèle de celui des studios Universal à Miami, ainsi qu’une exposition permanente de voitures, un centre de nautisme avec ses yachts de luxe, un hôpital, des hôtels et des bars. […] Comme en témoigne cet investissement massif, l’un des principaux objectifs de Wanda est aujourd’hui de devenir incontournable dans le cinéma. Cette volonté est apparue clairement l’année dernière lorsque le groupe a annoncé le rachat, pour 2,6 milliards de dollars, d’AMC, le deuxième plus grand réseau de salles de cinéma sur le territoire américain. […] Wang Jianlin ne cache pas son ambition de mettre également la main sur des distributeurs de cinéma sur le Vieux Continent. Des discussions ont déjà lieu dans ce sens, assurent Les Echos.

Le but est clair : maîtriser une partie de la chaîne de diffusion, pour augmenter sa capacité, ensuite, à produire des films à succès. Un objectif totalement cohérent avec le souhait des autorités centrales chinoises. Celles-ci ont fait de la culture l’un de leurs chevaux de bataille. Pékin supporte de moins en moins la mainmise des Etats-Unis sur l’industrie mondiale du divertissement et s’est fixé pour objectif d’augmenter son propre « soft power ». Lors du dernier Forum économique mondial de Dalian, Wang Jianlin n’a pas caché que, pour réussir en affaires en Chine, il fallait, certes, rester en dehors de la politique au sens strict, mais aussi garder avec celle-ci des liens étroits. Son ambition dans le cinéma en apparaît comme l’illustration parfaite : tout en répondant à une demande chinoise de plus en plus orientée vers des produits culturels, elle sert la cause du pouvoir en place.”

Le cinéma américain semble en tout cas ravi de l’événement. Outre les stars précitées, Libération rapporte que “Cheryl Isaacs, présidente de l’Académie des arts et des sciences du cinéma, qui remet chaque année les oscars à Los Angeles, s’est elle-même déclarée « très enthousiaste ». Heureux concours de circonstance, l’académie avait indiqué en début de semaine avoir reçu une donation de 20 millions de dollars pour son nouveau Musée du cinéma, de la part de Wanda. La Chine devrait détrôner les Etats-Unis comme premier marché mondial d’ici à 2020, selon une étude d’Ernst & Young.”

Pour sa future machine à fabriquer des blockbusters, le nabab chinois peut toujours s’adresser à un spécialiste du genre, qui vient de reprendre sa liberté : c’est encore Libération , sous la plume de Bruno Icher, qui nous informe que Jerry Bruckheimer a mis un terme à sa longue collaboration avec l’empire Disney (27 films). Le producteur américain, 70 ans depuis le 21 septembre, a affirmé qu’il prendrait prochainement du recul afin, dit-il, «de produire des films plus adultes que ceux fabriqués par Disney». On peut trouver que l’argument ne manque pas de pertinence, mais il est amusant qu’il soit formulé par celui qui, au cours des vingt dernières années, a justement été celui qui a défini les critères et les contraintes des films les plus lucratifs de la firme aux grandes oreilles. L’homme à qui le cinéma, et TF1 pour ses films du dimanche soir, doivent Flashdance, Top Gun, les Flic de Beverly Hills, Bad Boys, Rock ou encore la Chute du faucon noir quitte donc le navire, non sans laisser à la postérité un cinquième volet de Pirates des Caraïbes, la licence la plus opulente de l’histoire de Disney, ainsi qu’un troisième B enjamin Gates, si la moumoute de Nicolas Cage est convenablement collée. Après la sortie de ces deux rouleaux compresseurs du box-office, en 2015, c’en sera terminé du tandem Disney-Bruckheimer.

En dépit des déclarations sur l’air de «on se quitte bons amis», il est difficile de ne pas interpréter le départ de Bruckheimer comme la conséquence directe des résultats médiocres de Lone Ranger, le blockbuster estival de Disney. Le film, dont le tournage avait été émaillé de multiples accrochages entre Bruckheimer et le studio, au point de différer la sortie du film d’un an, est resté loin derrière les Iron Man 3, Moi, moche et méchant 2 et Fast & Furious 6, grands vainqueurs d’un été américain sans pitié. Les recettes mondiales de Lone Ranger, avoisinant les 240 millions de dollars (pour un budget estimé à 225 millions), ne mettent certes pas le studio en péril, mais il est déjà établi que le film ne fera pas l’objet d’une suite et encore moins d’une licence. Pas du tout la philosophie maison. D’autre part, à partir de 2015, Disney devrait consacrer une large partie de ses efforts de budget et de marketing à la saga Star Wars, dont le studio a racheté les droits l’an dernier. Un premier long métrage est dans les tuyaux, avec JJ Abrams aux commandes. De là à imaginer que les produits Bruckheimer ne sont plus en odeur de sainteté…”

A quand un Pirates des mers de Chine , tourné dans la baie de Qingdao ?

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