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Nobel et pépettes

5 min

Au lendemain de l’annonce du Nobel de littérature, Le Parisien a constaté qu'“il [était] presque impossible de trouver le nouveau roman de Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, qui [venait] de sortir . Les librairies [avaient] été dévalisées depuis l’annonce du prix, à tel point que le week-end [suivant] les stocks [étaient] épuisés, y compris pour tous les autres livres de Patrick Modiano. Les éditions Gallimard [prenaient] en effet le temps d’ajouter un bandeau « Prix Nobel *» sur les couvertures du retirage. Ça [râlait] du côté des clients et chez les libraires qui [rataient] des ventes, tant la demande [était] forte.” Au Figaro , Antoine Gallimard n’a pas manqué de rappeler que “c’est le quarantième Nobel pour la maison” . Concernant plus particulièrement un écrivain français édité, comme Le Clézio, Nobel 2008, par Gallimard, “ce prix est extrêmement précieux, il récompense un travail, une fidélité, une politique de catalogue. C’est évidemment très important sur le plan économique. Un enjeu énorme pour la maison et pour l’auteur. Nous avons déjà , indique Antoine Gallimard, procédé à un gros tirage, de 100 000 exemplaires, pour le dernier titre de Patrick. Quand Le Clézio avait eu le prix Nobel en 2008, son roman paru en octobre 2008, Ritournelle de la faim, s’était écoulé à 350 000 exemplaires. Le Nobel est un grand prix littéraire qui a un impact non seulement sur les ventes du dernier titre, mais aussi sur l’ensemble de l’œuvre. Il permet également une accélération des cessions de droits à l’étranger.” Et de fait, “l’effet Nobel, [la bien nommée] Anne-Solange Noble, directrice des droits étrangers chez Gallimard, a pu l’éprouver en temps réel , raconte Elisabeth Philippe dans Les Inrockuptibles. En pleine Foire du livre de Francfort, le plus grand rendez-vous international de l’édition, il n’a pas fallu longtemps aux éditeurs du monde entier pour se précipiter sur son stand. « J’ai dit tout de suite que je ne prendrais aucune offre sur le stand et qu’il n’y aurait pas d’enchères, explique-t-elle. On ne va pas d’un coup céder à la meilleure offre d’un éditeur qui ne s’intéressait pas à Modiano une heure avant l’annonce du prix. »” “ « C’était fou, raconte-t-elle (à Marianne Payot dans L’Express ), ils étaient tous prêts à me faire des offres blind [« à l’aveugle » : un éditeur propose une somme pour acheter un livre, sans même l’avoir lu] , en particulier pour son dernier roman. » Mais la maison Gallimard a une autre stratégie : la remise sur le marché des anciens titres, souvent épuisés, de Patrick Modiano, avant que l’écrivain ne reçoive son prix à Stockholm, le 10 décembre.”*

Mais “ne nous leurrons pas , rappelait Marianne Payot dans une enquête publiée précédemment dans L’Express à propos de la Foire de Francfort, nos prix littéraires ne sont guère connus à l’étranger. A l’exception du Goncourt, qui reste l’un des meilleurs sésames. […] Avec la crise, la demande se fait uniforme et, comme le signale Heidi Warneke, de Grasset, « les grands groupes cherchent tous le livre qui va se vendre, soit, dans notre contexte de morosité, le titre divertissant. C’est l’ère de la “feel good litterature” ». Bénéficiaires de cet état d’esprit, Romain Puértolas, au Dilettante, et son Extraordinaire Voyage du Fakir… qui a fait une razzia (36 contrats), tout comme Jean-Paul Didierlaurent avec Le Liseur du 6h27, « porté » par son éditrice d’Au Diable vauvert dans 25 pays. Le tout, avec des enchères à plusieurs chiffres. De manière plus modeste, mais tout aussi significative, le roman de la sage-femme Agnès Ledig, Juste avant le bonheur, chez Albin Michel, sorte de conte de fées moderne, s’est vendu dans 10 pays. « C’est étonnant, remarque Martine Heissat, du Seuil, tous les éditeurs se focalisent sur le même auteur, souvent totalement inconnu et plutôt jeune, et les enchères s’envolent. Le livre d’Edouard Louis (Eddy Bellegueule ) – pas vraiment « feel good » – en est un exemple : 16 contrats, en Italie, au Kosovo, et même en Turquie, où l’homosexualité est pourtant taboue. » […] La crise aidant, l’éditeur étranger se fait plus regardant qu’hier sur le montant des avances (que l’auteur et l’éditeur français se partagent à 50 %-50 %, ou, le plus souvent, à 60 %-40 %) et celui des royalties (de l’ordre de 9 %). […] Mais l’omerta règne. Tout ce que l’on sait, c’est que l’échelle est très large. De quelque 600 euros dans certains pays (Serbie, Ukraine, Bulgarie, Roumanie, Albanie, Vietnam…) et cela, quelle que soit la notoriété de l’auteur, à des montants à six chiffres, jusqu’à 200 000 euros pour les plus bankable (Houellebecq, Carrère, Dicker…) dans les contrées les plus riches. L’Allemagne, notamment, est réputée pour acquitter des à-valoir généreux. Plus généralement, la moyenne tourne autour de 5 000 euros, une avance de 10 000 étant considérée comme plus qu’honnête.”

On peut donc parfois gagner de l’argent en écrivant des livres. Mais on peut aussi en gagner en les lisant ! “Paru en France le 9 octobre chez Gallimard Jeunesse, L’Appel, de James Frey et Nils Johnson-Shelton, premier volet de la trilogie fantastique Endgame, destinée aux adolescents et aux jeunes adultes et qui a bénéficié d’un lancement mondial simultané dans trente pays, s’accompagne d’un curieux jeu-concours , a-t-on lu dans Le Monde. L’ouvrage contient en effet des énigmes, sous forme d’indices et de codes (imaginés avec les plus grands spécialistes d’Harvard). Ils permettent à celui ou celle qui les décryptera d’empocher 500 000 dollars en pièces d’or. Pour les deuxième et troisième tomes, à paraître d’ici deux ans, le prix sera de 1,5 million et 2 millions de dollars.” Beaucoup plus, donc, que les quelque 880 000 euros que rapporte un prix Nobel à son lauréat. Mais c’est sans compter les droits d’auteur à venir…

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