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Non-lieu, imposture et réplicants

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Vrai non-lieu pour l'équipe du Méliès de Montreuil, faux Oscars dans la bande annonce de Big Eyes , vrai-faux réplicant dans la suite de Blade Runner : on s'y perd... On commence cette revue de presse par la fin. La fin d’un feuilleton qui nous a beaucoup occupés ces dernières années… “Dominique Voynet , rappelle Camille Gévaudan dans Libération, aura tout tenté pour nuire au Méliès, le cinéma municipal de Montreuil, dont elle a été maire entre 2008 et 2014. Et elle aura tout perdu, puisque le tribunal de grande instance de Bobigny a rendu une ordonnance de non-lieu dans « l’affaire » du Méliès. Pas de détournements de fonds publics, pas de faux et usages de faux, pas de « caisse noire » : aucun des chefs d’accusation n’a été retenu. Entre-temps, l’équipe du cinéma remerciée par Voynet a été réintégrée par le nouveau maire PCF Patrice Bessac.” Dernier épisode du feuilleton, donc ? Pas tout à fait… “La verte Voynet reste seule sur les bancs du tribunal, accusée de diffamation. Le procès commencera fin septembre.”

Imposture au carré ? On ne sait encore si cela donnera lieu à un procès. Toujours est-il que le site Internet du magazine Première “s'est rendu compte, en voyant la bande annonce de Big Eyes en salles, que celle-ci était un tantinet mensongère. Comme il est de coutume dans les outils promotionnels, les acteurs sont présentés avec le label Oscar – qu'ils aient été vainqueurs ou simplement nommés, même il y a 20 ans, un peu comme le label « De la comédie française » en France. Et le réalisateur aussi. Sauf que Tim Burton [présenté donc avec le label Oscar] ne l'a jamais eu – il n'a même jamais été nommé à l'Oscar du meilleur réalisateur. Si Amy Adams est auréolée à juste titre de son Golden Globe et de sa nomination à l'Oscar, Christoph Waltz, lui, vient d'être promu d'un cran en héritant d'un Oscar du meilleur acteur, alors qu'il a eu, deux fois certes, l'Oscar du meilleur second rôle. [ Première est allé] vérifier la bande annonce américaine de Big Eyes, qui elle ne se trompe pas, et ne fait d'ailleurs tout simplement pas de Tim Burton un argument de vente. L'erreur est d'autant plus ironique que le film (qui sort en salles le 18 mars prochain et dont nous parlerons mardi prochain) est l'histoire d'une imposture artistique. […] Peut-être est-ce une manière particulièrement fine, abyssale même, de promouvoir le film de Tim Burton en faisant de l'imposture un objet marketing ?”

Blade Runner n’est pas un film, mais plusieurs Ce qui est certain, en tout cas, c’est qu’il y aura un Blade Runner 2 . “Il sera tourné en 2016, et peut-être réalisé par le Canadien Denis Villeneuve, remarqué notamment pour Incendies et Prisoners, [révélait le 26 février] le site du Hollywood Reporter. Harrison Ford y reprendra le rôle de Rick Deckard, le « blade runner » à la retraite chargé d’éliminer les « réplicants », des robots humanoïdes ayant servi comme esclaves. Voilà pour les faits. Ils tiennent en deux phrases, mais soulèvent une question , relève Frantz Durupt sur le site de Libération : à quelle version de Blade Runner ce film fera-t-il suite ? Et, partant, Rick Deckard y sera-t-il un humain ou un réplicant ? Blade Runner n’est en effet pas un film, mais plusieurs, avec pas moins de sept versions différentes. Passons sur les deux premières, montrées aux Etats-Unis avant la sortie officielle : personne ne les a vues. Les choses se compliquent à partir de la première sortie publique du film, en 1982. A ce moment, le film est doté d'un happy end : Deckard et Rachel (Sean Young), une réplicante qu'il a aidée à découvrir son identité profonde et dont il est tombé amoureux, roulent tous les deux dans la montagne, vraisemblablement vers un futur prometteur. Aux Etats-Unis, par crainte que ce ne soit pas assez clair, la situation est expliquée en voix-off. […]

Director's cut et final cut définitive Cette séquence disparaît définitivement à partir de 1992, où sort une director’s cut signée Ridley Scott. Le film se termine désormais sur les deux personnages entrant dans un ascenseur, sans que l’on sache à quoi ils se destinent. Mais ce n’est pas le seul changement. Le réalisateur ajoute aussi, à la fin, un rêve de Deckard : une licorne qui court dans une forêt. C’est une modification capitale, car elle suggère – on vous épargne les détails scénaristiques – que Rick Deckard pourrait lui-même être un réplicant, et non un humain. Une hypothèse que confirmera Ridley Scott en 2002, sans laisser de place au moindre doute : « Il est un réplicant », dit-il [alors]. Mais le débat rebondit en 2007, lors de la parution d’une édition final cut définitive, qui apporte quelques menus changement, en conservant le dénouement de 1992 – ce dénouement est de fait celui que l'on trouve communément en DVD et lors des diffusions télévisées. Le fait est que Ridley Scott, pour autant qu’il ait réalisé le film, n’en a pas écrit le scénario. Or, Hampton Francher, le scénariste du film, défend pour sa part une vision plus ambiguë. En 2007, il estime que « Ridley a tout faux », que son idée est « trop complexe », et que la question de savoir si Deckard est un réplicant « doit rester éternelle ». A ses yeux, « c’est un non-sens d’y répondre » et « ça ne [l]’intéresse pas ».

Coup de vieux En quoi cela concerne-t-il le Blade Runner 2 à venir ? Eh bien Hampton Francher est de retour à l’écriture du scénario, aux côtés de Michael Green, sur la base d’une idée de Francher et Ridley Scott. Les deux hommes ont-ils fini par s’entendre sur la réalité profonde de Deckard ou celui-ci restera-t-il éternellement peut-être un homme, peut-être un réplicant ? Mystère. Mais pour que le doute reste permis, il reste à régler un problème : les réplicants sont censés avoir une durée de vie de quelques années. Or, Harrison Ford aura pris 35 ans dans la vue depuis Blade Runner, et cela risque de se voir. En clair, le simple fait de voir un vieux Deckard tendrait à exclure de fait l'hypothèse selon laquelle il est un réplicant.” Bref, la geekosphère n’a pas fini de s’agiter, et au contraire du Méliès de Montreuil, on sera amené à en reparler…

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