LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Oeuvre du Divin (par Flore Avet)

5 min

L’actualité artistique est obsédée par les corps d’avant.

On traite avec nos mots, nos intentions d’aujourd’hui des images parfois centenaires. On en parle, et puis on agit dessus avec les moyens immédiats qui sont à notre portée, à savoir les outils numériques. Libération se fait le relai de l’initiative de l’artiste (Artiste et mannequin, je vous conseille une petite visite sur le site personnel de notre languide féministe) Anna Utopia Giordano, avec quelques coups de pinceau photoshop réinterprète des célèbres tableaux pour interroger notre société : à quoi ressemblerait les femmes de Botticelli ou d’Ingres si elles étaient peintes aujourd’hui ?

Notre artiste-mannequin a décidé de se pencher spécialement sur l’image de Vénus, car icône de beauté par excellence . Quentin Girard dans libération analyse ses nouvelles images, Une fois passées sous les scalpels du logiciel de retouches photo, les déesses de l’amour sont désormais beaucoup plus fines de taille, les hanches ont pratiquement disparu et les seins sont, en proportion, plus gros. Là où la Vénus Endormie d’Artémisia Gentileschi frappait par une certaine opulence, un plaisir de se reposer lascivement, désormais elle est maigrelette. Et semble proche de la mort comme si elle avait trop donné pour être belle. « Utiliser un logiciel de retouche photo pour écorner un mythe qui apparaît intouchable dans l’inconscient collectif donne une impression incroyable et tragique à la fois » note Anna Utopia Giordano notre artiste toute puissante. Si je peux me permettre une incise, j’émettrai simplement l’opinion que c’est donner bien beaucoup de pouvoir à cette petite blague photoshopée pour suffire à écorner ces mythes absolus. Bref, il nous fallait bien l’œil d’un expert pour éclairer cette étude et c’est Gilles Boëtsch directeur de recherche et président du conseil scientifique du CNRS qui nous explique qu’à l’époque La beauté reposait sur un mélange d’harmonie et de symétrie avec des représentations bien précises. A partir de la renaissance, l’enjeu sera de bien montrer à quel point le corps humain est beau car il est l’œuvre du divin . Et par rapport à la norme flottante du corps idéal : Les normes, c’est comme tout, la plupart des gens font comme d’habitude pour s’adapter : du bricolage.

Une initiative de bricolage cosmétique sans « pomme Z » possible et qui, elle a donné le vertige à sa restauratrice, des sueurs froide à toute la communauté d’experts et fait couler beaucoup d’encre, c’est la restauration de la Sainte Anne, présentée en ce moment au Louvre que Vincent ici présent aime tant, et dont Anne-Cécile Beaudouin dans Paris Match n’est toujours pas revenue. Ce tableau a été acquis par François 1er à la mort de Leonard, rachetée par Richelieu, puis léguée à Louis XIII avant d’entrer au Louvre en 1801. Et passe le temps, qui la recouvre d’un épais manteau de crasse. Quelques toilettages sont entrepris au XIX, puis dans les années 50. Les repeints s’accumulent, les couches de vernis s’oxydent, jaunissent. Et bientôt, Ste Anne et sa fille sont constellées de tâches brunes au point de les dissimuler sous une peau léopard. Le chef d’œuvre se gangrène, le Louvre entreprend une restauration, mais, nous met en garde la journaliste on ne touche pas à un tel monument sans heurter les sensibilités. « L’art déclenche des passions confirme Vincent Pomarède, qui est le directeur du département des peintures du musée du Louvre. Surtout quand il s’agit de Leonard de Vinci, on frôle l’hystérie. La journaliste de Match nous décrit, les méthodes, les outils, et les résultats obtenus sur ce Lifting de la sainte famille, dans lequel on retrouve l’abrasion et les comblements de la chirurgie esthétique. Et de s’enthousiasmer : Effacées les vergetures de poussières qui marbraient le cou de la vierge ! Liftée la peau comme une vieille pomme ! Marie a retrouvé la fraîcheur de sa jeunesse ! Plus sérieusement, la difficulté pour Cinzia Pasquali, la restauratrice, donc a été de Traverser les querelles d’experts. Elly y fera face pendant près de deux ans. « La solidité psychologique était un des critères de recrutement » s’amuse aujourd’hui Vincent Pomarède. Et d’avouer « Il y a une tradition. Certains aiment les tableaux blonds. Ils estiment que le jaunissement du vernis fait partie de l’histoire de l’œuvre et craignent un déséquilibre si on l’ôte. D’autres au contraire prônent l’allègement afin de retrouver la lisibilité. Nous avons conservé un moelleux, une patine, mais en même temps on redécouvre la composition.

Saintes Annes jaunies, Vénus callipyges, restauratrices fragiles, tremblez, les scalpels de la jeunesse toute puissante sont de sortie !

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......