LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
"Olympia", d'Édouard Manet, conservé au musée d'Orsay

Œuvres en boite

5 min

Olafur Eliasson sera le prochain artiste à s'installer au Château de Versailles. Probable qu'il sera moins polémique qu'Anish Kapoor ! Et au pire, on pourra toujours cacher ses œuvres sous des boites, comme au musée du Capitole...

"Olympia", d'Édouard Manet, conservé au musée d'Orsay
"Olympia", d'Édouard Manet, conservé au musée d'Orsay

“And the winner is… Olafur Eliasson !, s’enflamme Valérie Duponchelle dans Le Figaro. Malgré les violentes polémiques qui ont entouré la présence de sir Anish Kapoor dans les jardins royaux l’an dernier, le Château de Versailles n’a pas renoncé à l’art contemporain. Question de principe républicain, puisque ce merveilleux palais des rois de France est aujourd’hui une icône de la nation. Mais il ne s’agissait pas de raviver la colère des uns ni d’attiser la riposte des autres, bref de recréer un front dont l’art d’hier ou d’aujourd’hui serait le glaive. Comment faire intervenir un artiste avec une légèreté bienvenue, une immatérialité qui apaise les esprits ? Olafur Eliasson, artiste de l’espace et des phénomènes naturels – horizon, cascade, brume, éclipse, glacier, ruisseau –, devrait être le bon apôtre. […] La polémique autour d’Anish Kapoor ne l’a pas dissuadé de venir à Versailles, pas plus que la perspective d’être pris en otage par la campagne présidentielle de 2017. « Les artistes – et la culture – donnent une forme à la société, estime-t-il. Ils n’ont pas une voix populiste, ils ne se servent pas de la peur ou de la paranoïa, ils ont toujours été un stimulant à toutes les époques pour répondre aux défis ou pour apaiser le stress. Versailles peut être vu comme un monument destiné à impressionner le peuple ou comme une machine à illusions. C’est cet aspect qui m’intéresse. La question la plus difficile est de trouver quelque chose de juste à y faire. J’ai les moyens techniques et humains adéquats. Je me donne tout le temps nécessaire pour aboutir. »” 

Musée sans nus

Et puis dans le pire des cas, si jamais une éminence aux yeux fragiles passe par là, on peut toujours mettre ses œuvres en boite. “Pour ne pas froisser l'œil d'Hassan Rohani, en visite à Rome les 25 et 26 janvier, l'Italie a décidé de cacher les statues de Vénus qui ornent le Musée du Capitole, rapporte Michel Guerrin dans sa chronique culturelle du Monde. Outre un musée sans nus, le président iranien a eu droit à un repas sans vin. Accommodements raisonnables, dira-t-on, au même titre que proposer un menu sans porc aux écoliers musulmans. Concessions classiques et subtilités du protocole par des Etats qui cherchent à vendre des avions sans être trop regardants sur le client. Mais nombre de voix en Italie, y compris celle du ministre de la culture, ont dénoncé une « capitulation » de nos valeurs culturelles. D'autant que c'est l'Iran qui a demandé que les sculptures soient cachées. Le journal La Repubblica résume l'affaire : « Fallait-il, pour ne pas offenser le président iranien, nous offenser nous-mêmes ? » […] Cette affaire italienne ternit un peu plus le principe d'universalité des œuvres, celle qu'incarne Vénus (amour, beauté). Autrement dit, une œuvre appartient moins au pays qui la conserve qu'à l'humanité qui doit la protéger et la montrer – l'Unesco en a fait un label. L'autre principe mis à mal est celui de réciprocité. Matteo Renzi voile ses statues, mais, s'il se rend à Téhéran, il devra demander à ses conseillères de porter un voile léger, ne pourra pas imposer que ses interlocutrices iraniennes n'en portent pas et n'aura pas de vin à table, affirme François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France à Téhéran. L'offense faite à Vénus traduit surtout le fossé qui ne cesse de s'approfondir entre Nord et Sud sur les notions de parité et de diversité culturelle”, juge le chroniqueur du Monde. 

Redonner au modèle un statut d'artiste

Encore heureux que le président iranien ne soit pas venu à Paris le 16 janvier, et qu’il ne lui ai pas pris l’envie de visiter le musée d’Orsay. Car “samedi 16 janvier, raconte Carole Boinet sur lesinrocks.com, alors que de petits malins se dessinaient des éclairs sur les joues en prévision de la parade organisée par Arcade Fire en hommage à Bowie dans les rues de la Nouvelle Orléans, une jeune femme se dénudait au musée d’Orsay, à Paris. Allongée en tenue d’Eve au pied du tableau L’Olympia de Manet, Déborah de Robertis, une Luxembourgeoise de 31 ans, était munie d’une caméra portative pour filmer les réactions du public venu découvrir l’exposition "Splendeurs et misères, Images de la prostitution 1850-1910", qui prenait fin [le lendemain]. Ayant très peu goûté la performance, l’établissement s’est empressé d’évacuer la salle et de demander à l’artiste de bien vouloir se rhabiller. « Elle a refusé et a demandé à parler avec un responsable. Un représentant de la direction est donc venu s’entretenir avec elle, assure [aux Inrocks] la porte-parole du musée, mais au vu de son refus de se rhabiller, nous avons appelé la police. » Le musée a porté plainte, et Déborah de Robertis s’est retrouvée en garde à vue, avant de passer la nuit au dépôt du Palais de Justice. Déférée devant le délégué du procureur le lundi au matin, elle a écopé d’un rappel à la loi, mais ne sera pas poursuivie. […] La jeune femme n’en est pas à son premier coup d’éclat. En 2014, vêtue d’une robe dorée, elle exposait son sexe sous le tableau L’Origine du monde de Courbet, dans le même musée. La plainte de la direction était alors restée sans suite. […] Déborah de Robertis avait [alors] insisté sur la réflexion artistique à l’œuvre derrière l’exposition de son propre corps nu, expliquant avoir notamment cherché à questionner les rapports masculin/féminin, et, dès lors, les projections portées sur le sexe féminin : « En explosant le cadre et en redonnant vie à L’Origine du monde, je donne au modèle un statut d’artiste. A travers ce renversement, je questionne : Qui est le dominant, qui est le dominé ? Qui est le maître et qui est l’élève ? Qui est la copie, qui est l’originale ? Qui est l’artiste, qui est le modèle ? Qui est l’objet, qui est le spectateur ? Qui est le regardant, qui est le regardé ? »” Pas Blanche-Neige, en tout cas pas au Qatar. L’émirat, a-t-on lu dans L’Humanité, vient d’en interdire l’adaptation illustrée par Walt Disney en… 1937 ! Phrases et illustrations « indécentes », « insinuations sexuelles »… Cachez ce nain, et tant pis pour les générations perverties bien avant celle-là….

L'équipe
Production
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......