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Omission et préjudice

4 min

La révélation du passage chez les Waffen SS de Horst Tappert a conduit les chaînes allemandes et hollandaises à annoncer, jeudi dernier, qu’elles ne diffuseraient plus jamais Derrick , nous apprend Le Parisien . “L’inspecteur Derrick a arrêté 282 coupables en vingt-quatre ans , comptabilise Yves Jaeglé. Le passé de son interprète, Horst Tappert, disparu en 2008, lui, n’a jamais été démasqué de son vivant. Jusqu’aux recherches récentes d’une sociologue allemande en vue d’une biographie. L’acteur avait 20 ans en 1943. C’est son silence de toute une vie qui indigne outre-Rhin, et ses arrangements avec la vérité. Le comédien avait raconté avoir été ambulancier et avoir passé les dernières années du conflit en détention. Au sein des Waffen SS, il avait le grade le plus bas de soldat dans une unité de panzers. Le ministère de l’Intérieur de Bavière envisage de retirer au mort le titre de « commissaire honoraire de la police bavaroise », décerné en 1980 pour fêter l’inspecteur moraliste du petit écran.”

Mais il est une autre série télévisée allemande qui provoque la polémique, cette fois-ci en Pologne, comme nous l’apprend dans Le Monde le correspondant du quotidien à Berlin, Frédéric Lemaître, notre cher enfant du paradis. “Au moment où plusieurs médias allemands critiquent l’exposition du Louvre intitulée De l’Allemagne 1800-1939, de Friedrich à Beckmann coupable, selon eux, d’établir un lien caricatural entre romantisme et nazisme (nous en avons parlé dans une Dispute récente), la Pologne adresse un reproche plus sévère à l’Allemagne , écrit-il. Celle-ci caricaturerait l’histoire polonaise et chercherait à rendre d’autres peuples coresponsables de l’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale.

La raison de ce courroux : une série en trois épisodes, diffusée en mars sur la chaîne publique allemande ZDF, Unsere Mütter, unsere Väter (« Nos mères, nos pères »), et qui a eu un incroyable retentissement. Plus de 7 millions de téléspectateurs ont suivi le récit de cinq amis aux destins brisés par la guerre. Cette série, centrée sur la « Shoah par balles », l’extermination de plus de 1 millions de juifs et de prisonniers soviétiques par la Wehrmacht sur le front russe, a provoqué d’innombrables discussions en Allemagne. Mais un épisode a choqué les Polonais : Viktor s’évade d’un train qui l’emmène dans un camp de concentration en Pologne et rejoint les rangs de l’Armia Krajowa (l’AK), l’armée de résistance clandestine polonaise, où il découvre un antisémitisme tel qu’il cache ses origines juives.

L’association des anciens résistants de l’AK a jugé « scandaleuse » cette image de la résistance. L’ambassadeur de Pologne aux Etats-Unis, Ryszard Schnepf, a été chargé de demander à la société de distribution, Music Box Films, de ne pas diffuser la série aux Etats-Unis. Celle-ci, a-t-il écrit dans une lettre rendue publique le 10 avril, présente les soldats de l’AK comme des antisémites « avides d’argent », une image « sélective, terriblement préjudiciable et fondée sur des stéréotypes. En tant qu’ambassadeur de Pologne, historien et fils de gens qui ont sauvé des juifs du ghetto de Varsovie, je m’élève vigoureusement contre cette vision de l’Histoire ».

Avant la diffusion de l’épisode contesté, l’ambassadeur polonais à Berlin, Jerzy Marganski, avait critiqué le quotidien Bild. Ce journal avait expliqué à ses lecteurs que « l’AK était constituée de nationalistes polonais », ajoutant que « l’antisémitisme était très répandu dans ses rangs » : « L’AK n’a jamais participé à l’extermination des Juifs, a répondu l’ambassadeur. (…) L’affirmation que l’antisémitisme en Europe de l’Est aurait facilité l’extermination des juifs d’Europe de l’Est est une thèse erronée. » M. Marganski ne nie pas que des Polonais aient été antisémites mais reproche à la ZDF de laisser entendre que cet antisémitisme était « toute la vérité ».

Dans les milieux intellectuels juifs de Varsovie, on n’est pas plus indulgent , poursuit Frédéric Lemaître dans Le Monde . Pour eux, la série reflète l’aspiration de la troisième génération allemande de l’après-guerre à « vivre son histoire plus librement », aspiration qui se traduit ici par « la tentation de partager la responsabilité de l’Holocauste avec les Polonais ». Au moment où l’on célébrait, le 19 avril, le 70e anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie, par l’ouverture dans la capitale d’un grand Musée d’histoire des juifs de Pologne, cette série touche une corde sensible. Il y avait avant-guerre 3,5 millions de juifs en Pologne, soit 10% de la population. Six millions de Polonais sont morts pendant la guerre, dont 3 millions de juifs. Depuis la fin du communisme, le pays commence à affronter l’histoire de son antisémitisme, et personne ne conteste qu’il en existait au sein de l’AK qui, forte de 400 000 membres, reflétait toutes les tendances de la société.

Dans un communiqué, ZDF a dit « être navrée si la représentation de personnages polonais a pu paraître injuste et blessante ». Elle affirme « qu’en aucune façon, des faits historiques ou la responsabilité des Allemands ne devraient être relativisés » et fait remarquer que dans le film, plusieurs Polonais aident Viktor.”

On attend maintenant avec impatience la série télévisée sur la jeunesse dans les Waffen SS de Horst Tappert, de quoi réconcilier tout le monde ?

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