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"Aïda" au Théâtre antique d'Orange, Chorégies 2011

OPA sur l'opéra

5 min

Le "coup de force" de la mairie d'Orange, qui a provoqué la démission du directeur général des Chorégies Raymond Duffaut, signe-t-il le retour de la politique de conquête culturelle des mairies d'extrême droite ?

"Aïda" au Théâtre antique d'Orange, Chorégies 2011
"Aïda" au Théâtre antique d'Orange, Chorégies 2011 Crédits : DELALANDE RAYMOND - Sipa

« La ministre voit rouge à Orange », titrait dimanche Le Parisien. “Après la démission surprise [vendredi] du directeur général des Chorégies d’Orange, l’un des plus grands festivals lyriques en France, la nouvelle ministre de la Culture n’a pas tardé à sortir du bois, raconte Jannick Alimi. Il est vrai que le motif avancé par Raymond Duffaut a de quoi émouvoir Audrey Azoulay. « La ville considère que la présidence de l’association des Chorégies d’Orange lui revient de droit. C’est la Ligue du Sud (le mouvement d’extrême droite du maire Jacques Bompard) qui met la main sur les Chorégies d’Orange, c’est un coup de force », avait expliqué le démissionnaire. En cause : la volonté exprimée en janvier par Marie-Thérèse Galmard, adjointe à la mairie d’Orange, d’assurer l’intérim de la présidence, laissée vacante par Thierry Mariani (député LR)… jusqu’à la fin officielle du mandat de ce dernier, soit 2018.” “Le parlementaire, précise Le Monde, avait annoncé sa démission de la présidence, le 21 décembre 2015, pour manifester son désaccord avec le choix du successeur de Raymond Duffaut – Jean-Louis Grinda, actuel directeur de l’Opéra de Monte-Carlo.” “Or, poursuit Le Parisien, pour Raymond Duffaut, septuagénaire à la tête du festival depuis 1982 et fils d’un ancien cacique du PS, pas question de travailler avec une présidente d’extrême droite. Pour la ministre qui soutient l’ex-directeur général, il est urgent de revenir à la situation normale. Entendez, faire élire au plus vite par le conseil d’administration des Chorégies un nouveau président. […] La ministre est bien décidée à se faire entendre. Si le maire d’Orange n’obtempère pas, l’Etat pourrait ainsi abandonner son siège au conseil d’administration et surtout suspendre sa participation financière, soit 6 à 7 % du budget des Chorégies. D’ici là, le festival devrait connaître un autre bouleversement : Madame Butterfly, un des deux opéras à l’affiche de la prochaine édition, qui s’ouvrira en juillet prochain, pourrait être annulé, sa metteuse en scène n’est autre que Nadine Duffaut, l’épouse de l’ex-directeur général…”

"Si on veut innover avec une œuvre de Benjamin Britten, on n'y arrive pas..."

“Depuis plus de vingt ans, rappelle Clarisse Fabre dans Le Monde, le directeur des Chorégies, Raymond Duffaut, homme de gauche, « cohabite » avec le maire d'Orange. Après des débuts chaotiques – la ville a suspendu à trois reprises sa subvention, compensée par l'Etat une seule fois –, les relations avaient fini par devenir correctes ces dernières années. Mais le vent a tourné. […] En creux se joue la bataille pour la gestion du festival. En effet, la nouvelle présidente n'a pas souhaité renouveler la « délégation de signature » à Raymond Duffaut, qui lui permettait jusqu'alors d'engager lui-même les dépenses – Thierry Mariani exerçant un contrôle a posteriori des finances. Jacques Bompard estime cette reprise en main justifiée et « félicite » son adjointe. « Le festival accuse un déficit de 1,2 million d'euros – dont 500 000 euros liés à l'annulation du spectacle de Roberto Alagna, en 2013. Tant qu'on n'aura pas un retour à l'équilibre, le prochain directeur ne touchera que la moitié du salaire de son prédécesseur, soit 4 500 euros par mois », indique le maire d'Orange. Jacques Bompard estime que le Théâtre antique est « sous-utilisé » pendant les 46 jours durant lesquels il est mis à disposition par la ville. « Six ou sept dates sur huit semaines, c'est peu. J'aimerais que l'on ajoute un ou deux spectacles de diffusion, clé en main », ajoute Jacques Bompard. Une solution « artistiquement et techniquement infaisable », juge Raymond Duffaut. Le maire d'Orange se dit prêt par ailleurs à « augmenter le soutien de la ville », lequel n'a pas évolué depuis 1995 – soit une subvention de 150 000 euros annuelle, à laquelle s'ajoute la mise à disposition des lieux, pour un montant à « 300 000-400 000 euros », indique le maire. […] La menace brandie par la Rue de Valois peut-elle faire reculer la mairie ? La subvention de l'Etat ne représente que 5 % ou 6 % du budget total des Chorégies (environ 5 millions d'euros). L'autofinancement du festival n'a cessé d'augmenter, pour atteindre aujourd'hui le taux record de 85 %, voire 87 %. La situation est critique, note Thierry Mariani, qui reste toutefois membre du conseil d'administration : « On n'a pas le droit à l'erreur, il nous faut remplir les 9 000 places du Théâtre antique. Concrètement, sur deux dates, il nous faut vendre 15 000 places à 180 euros en moyenne. Cela nous oblige à mettre à l'affiche des blockbusters – Carmen, etc. Si on veut innover avec une œuvre de Benjamin Britten, on n'y arrive pas… », déplore le député de droite. Raymond Duffaut confirme : « On est condamné à programmer les œuvres les plus connues, au risque de l'usure. Un refinancement public est nécessaire », plaide-t-il.”

Fantasme d’opéra "norme française"

“La menace a [finalement] porté ses fruits, constate Libération. Car lundi, dans un mail au conseil d’administration de l’association, Marie-Thérèse Galmard s’engage finalement à organiser l’élection d’un nouveau président « dans les toutes prochaines semaines. Je souhaite, écrit-elle, que la réaffirmation de ce principe soit de nature à lever les menaces que l’Etat et la région (en envisageant l’arrêt de leurs subventions, ndlr) ont voulu faire peser en dehors de toute règle de droit, sur les Chorégies d’Orange. » […] « Artistiquement, les saisons 2016 et 2017 sont bouclées ou presque », précise Duffaut, ce qu’a confirmé Bompard. Hors défections de chanteurs échaudés par ce coup de force, les changements sur scène, s’il doit y en avoir, se produiront plus tard. Les Chorégies proposent une programmation patrimoniale sans prise de risques. Une tendance qui aurait pu s’aggraver sous cette direction, pour aboutir au fantasme d’opéra « norme française » avec préférence nationale garantie que viendraient abonder toutes les académies de chants dispersées sur notre territoire lyrique. Selon un proche du dossier, le drame de ces péripéties musclées est double. Non seulement l’image du festival en pâtit, mais la politique de conquête culturelle des mairies d’extrême droite se révèle au grand jour, brutale et profitant des failles du système. Toute dédiabolisation bue.”

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