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SLIDE FB GIRONDE RADIO BEATLES

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L'arrivée à Noël des Beatles dans les services de streaming n'empêche pas la fronde de certains musiciens. Et retour sur l'achat de l'album secret du Wu-Tang Clan par Martin Shkreli, "l'homme le plus détesté d'Amérique".

SLIDE FB GIRONDE RADIO BEATLES
SLIDE FB GIRONDE RADIO BEATLES Crédits : Radio France

“Noël a eu une saveur particulière pour les utilisateurs de streaming, rapporte Sarah Belouezzane dans Le Monde. Mercredi 23 décembre, ils ont appris l'arrivée du catalogue entier des Beatles sur leurs plates-formes d'écoute musicale en ligne. Le 24 décembre à 00h01, les fans du groupe de Liverpool ont eu accès aux 13 albums studio remastérisés de la formation de John Lennon et Paul McCartney ainsi qu'à quatre compilations. […] La nouvelle a son importance. Les Beatles étaient le dernier groupe de cette envergure à être absent des services de streaming. Il était certes possible d'écouter quelques-uns de leurs titres, au gré des sorties de compilations rock et autres patchworks inventés par les maisons de disques. Quelque 1,1 million de personnes suivaient même leur page officielle sur Spotify, mais impossible de choisir le titre ou l'album à écouter. Preuve que les quatre garçons de Liverpool étaient presque les derniers : même le groupe australo-britannique AC/DC, qui s'y refusait depuis des années et qui n'a intégré iTunes, la plate-forme de téléchargement en ligne d'Apple, qu'en 2012, a mis à disposition son catalogue en streaming en juin. 

Violer les droits d'auteur maintenant, et s'excuser plus tard

L'arrivée de ces deux mastodontes la même année envoie un signal clair : le streaming est devenu un mode de consommation de la musique avec lequel il faut composer. Il sera peut-être même bientôt, selon certains observateurs, le seul mode d'écoute de musique. […] N'en déplaise aux derniers résistants, comme le groupe de rock Radiohead ou la chanteuse pop Taylor Swift, qui refusent de mettre à disposition leurs albums les plus récents sur la totalité des plates-formes. […] Pour les observateurs, la chose est entendue : « L'arrivée des Beatles risque d'accroître la pression sur les quelques artistes qui résistent encore à la révolution en marche », insiste Simon Dyson, du cabinet d’analyse Ovum. Reste à savoir combien de temps mettront les récalcitrants à céder.” Eh bien, un certain temps encore. “On pensait les relations entre les artistes et le service de streaming musical Spotify un peu apaisées depuis l'arrivée des Beatles sur la plate-forme. Il n'en est rien, constate quelques jours plus tard la même Sarah Belouezzane dans Le Monde. Le géant suédois de la musique dématérialisée est de nouveau aux prises avec une musicienne qui lui réclame 200 millions de dollars. Melissa Ferrick, chanteuse estampillée « indie folk », a déposé, [le] 8 janvier, une plainte contre le service au tribunal de Los Angeles. Objet du litige : une utilisation sans autorisation de sa musique par Spotify. L'artiste de 45 ans a, certes, été rémunérée lorsque ses morceaux ont été écoutés par les internautes. Mais elle affirme que personne ne lui a demandé son avis avant de les mettre en ligne. Melissa Ferrick, qui a connu une gloire éphémère dans les années 1990 et enseigne aujourd'hui au prestigieux Berklee College of Music, affirme que ses morceaux ont été écoutés plus d'un million de fois ces trois dernières années. Pour l'artiste, le service de streaming utilise « une stratégie désormais courante chez nombre de services de musique en ligne : violer les droits d'auteur maintenant, et s'excuser plus tard ».” Melissa Ferrick, comme avant Radiohead ou Taylor Swift leur reprochent tous la même chose : “une gestion opaque des droits d’auteur et un système infiniment moins rémunérateur que l’achat de musique dématérialisée en ligne.” Et pourtant, “la montée du streaming est bonne pour les artistes”, assure Pascal Nègre, le PDG d’Universal Music France, cité par Nicolas Madelaine dans Les Echos. « 1 000 “streams” génèrent aujourd’hui pour l’artiste le même revenu que la vente d’un album. Le rappeur Nekfeu a ainsi généré en streaming l’équivalent de la vente de 200 000 albums, contre plus de 100 000 vendus », a-t-il dit. 

Un coffre-fort au fin fond des montagnes de l'Atlas

En parlant de rappeur, on avait oublié, a écrit Guillaume Gendron dans Libération, cette absurde histoire d’album secret du Wu-Tang Clan, "Once Upon a Time in Shaolin", soi-disant enfermé dans un coffre-fort au fin fond des montagnes de l’Atlas et à la portée du plus offrant, moyennant quelques millions de dollars. Et puis RZA, tête pensante du collectif de rap new-yorkais, a annoncé que l’opus inédit du groupe était vendu. Sur la Toile, les conjectures allaient bon train autour du nom du mystérieux collectionneur. Une piste sortait du lot : le seul imbécile capable d’investir autant d’argent pour écouter un album du Wu-Tang ne pouvait être que Quentin Tarantino. Eh bien non. Selon Bloomberg, l’heureux acquéreur de l’opus, qui s’engage à ne pas en diffuser une note publiquement pour les 88 prochaines années, est Martin Shkreli. Ce gestionnaire de hedge fund de 32 ans, fan de jeux vidéo et collectionneur de vinyles, est accessoirement l’un des patrons les plus détestés et détestable des Etats-Unis. Le bonhomme doit sa notoriété à sa décision d’augmenter le prix du Daraprim, un médicament utilisé depuis six décennies pour traiter les malades du VIH et les immunodéficients. Martin Shkreli a décidé, début août, juste après le rachat du médicament par sa start-up spécialisée dans la spéculation pharmaceutique, de vendre la tablette de Daraprim 750 dollars, contre 13,5 dollars auparavant. Une augmentation de 5 000 %, prohibitive pour la majorité des patients et des hôpitaux. Cette décision avait été critiquée par les candidats à la présidentielle américaine Hillary Clinton, Bernie Sanders et Donald Trump. Shkreli avait réagi en déclarant qu’il aurait dû vendre le Daraprim encore plus cher. Face à la controverse naissante, RZA a expliqué qu’au moment de la vente de l’album, durant l’été, il n’avait aucune connaissance des pratiques de Shkreli.” L’heureux acquéreur avait commenté son acquisition sur Twitter, espérant qu’elle lui donnerait « l’opportunité de fréquenter des célébrités et des rappeurs qui auraient envie d’écouter l’album ». Il est plutôt parti pour en faire bénéficier ses compagnons de cellule, puisque « l’homme le plus détesté des Etats-Unis » a depuis été arrêté pour fraude par le FBI dans une autre affaire. “Au grand dam des fans de Wu-Tang Clan, commentent Les Echos, le FBI n’a toutefois pas saisi l’album lors de [son] arrestation.” Mais que fait la police ?

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