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Ouf !, ou le spectacle de l'absurde

5 min

« Ouf ! » On les entend dire : « Ouf ! » Bientôt, ce sera fini et Aurélie Filippetti et le directeur de la création, Michel Orier, en auront fini avec un an et demi de renouvellement dans les centres dramatiques , raconte Armelle Héliot dans Le Figaro , comme vous l’avez fait, René Solis, dans Libération . Dans les jours qui viennent, écrivait-elle jeudi, on saura qui, de Philippe Quesne ou de Marcial Di Fonzo Bo et Elise Vigier, succède à Jean-Louis Martinelli à la tête du Théâtre des Amandiers. La ministre souhaite « un projet qui soit très engagé sur Nanterre et qui ouvre sur des langages nouveaux ». Cela ressemble au projet Fonzo Bo… , décryptait alors la journaliste. Mais Philippe Quesne, qui n’est en quelque sorte que « langages nouveaux », pourrait correspondre à cette définition.” Vous faisiez de ce dernier, René Solis, le préféré de la ministre. En toute logique, “c’est finalement le candidat du ministère qui l’a emporté. Pour Brigitte Salino, dans Le Monde, Aurélie Filippetti tenait à avoir la main sur le plus gros centre dramatique national de France, et l’un des plus prestigieux – il fût dirigé par Patrice Chéreau et Jean-Pierre Vincent. Elle a donc imposé Philippe Quesne, dont le projet « correspond à une modernité du théâtre », selon un conseiller du ministère, ce que le maire de Nanterre regrette dans un communiqué publié vendredi en fin d’après-midi. « C’est la première fois qu’une nomination à la tête du Théâtre des Amandiers se fait sans l’accord de la ville », fait remarquer Patrick Jarry, tout en souhaitant « bonne chance et plein de réussite » à Philippe Quesne.” Jusqu’au bout, notez-vous à nouveau René Solis dans Libération, le ministère, qui vante la « transparence » du système de nominations qu’il a mis en place – short list de quatre candidats, à parité hommes-femmes, auditionnés sur leur projet, avant une nomination concertée entre toutes les tutelles – aura tenté de faire croire à une décision prise en commun avec les collectivités locales. Transparence ou pas, la ministre a donc fini par imposer «son» candidat. Ce n’est pas la première fois depuis dix-huit mois, mais cela relativise le discours ministériel sur la rupture avec les pratiques de ses prédécesseurs.”

Pratiques illustrées par un bêtisier des nominations publié par Le Figaro sous le titre « Le spectacle de l’absurde » . “A l’Opéra de Metz , peut-on par exemple y lire, on a vu l’éphémère directeur Laurence Dale démissionner lorsqu’il s’est aperçu, pendant la conférence de presse, que la municipalité avait changé sa programmation ! On a vu, lors de la fondation de la nouvelle structure Angers-Nantes Opéra, en 2003, la nomination à sa tête de l’auteur du rapport préconisant la création de ladite structure. Il a fait ses preuves depuis, mais le soupçon de conflit d’intérêt avait alors suscité des remous. A Marseille, on a vu le deuxième Ballet de France confié à Frédéric Flamand, « chorégraphe » qui admire la danse mais en ignore tout et se contente de mettre les danseurs en espace. Son remplacement intervient fin 2013, mais le ballet a perdu son niveau et pris des habitudes trop confortables pour qu’un chorégraphe digne de ce nom ait vraiment envie de s’y frotter. On a vu, à Saint-Denis, la procédure lancée pour la succession de Christophe Rauck au Théâtre Gérard-Philipe être interrompue et relancée. On murmure que c’est parce que la fille d’un haut responsable de la culture ne figurait pas sur la liste restreinte. Mais tout est bien qui finit bien, ce n’est pas elle qui a été nommée, mais Jean Bellorini et à l’unanimité. Ce qui est exceptionnel , estime Le Figaro . Enfin, au Centre national de la danse, on a vu une énarque, Monique Barbaroux s’emparer de la programmation artistique d’un lieu qui devait servir la vitalité d’un art. Après six ans, elle vient d’être remplacée par la chorégraphe Mathilde Monnier.” “Mathilde Monnier, dont on ne doute pas , salue Libération , qu’elle saura insuffler un esprit nouveau, a tout à la fois la dimension politique et artistique nécessaire au développement de cet outil unique” qu’est le CND.

Et pendant ce temps, raconte Rosita Boisseau dans Le Monde , la tempête continue de souffler au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (dont je vous parlais lundi dernier). Convoqué lundi 25 novembre, le conseil d’administration a bloqué le changement d’organigramme désiré par Bruno Montovani, compositeur et directeur général du Conservatoire. Celui-ci désirait officialiser le basculement de « direction des études chorégraphiques », sous la houlette de Clairemarie Osta depuis janvier, en « sous-direction de la danse ». Ce « déclassement », selon la formule de l’équipe pédagogique de la danse, avait provoqué la colère du milieu à travers une pétition signée par plus de 2 000 personnes. Cette réforme, qui devrait également toucher le Conservatoire de Lyon, est donc suspendue. Une inspection du ministère va être mise en place pour scruter les statuts et l’organisation de la danse dans ces deux lieux. Plus largement, Aurélie Filippetti a décidé d’ouvrir une étude de fond sur l’enseignement de la danse en France, tous styles confondus. Dans la foulée, mardi 26 novembre, Bruno Montovani a annoncé oralement à Clairemarie Osta que son contrat ne sera pas renouvelé il se terminera donc fin décembre. « Ce n’est pas le travail effectué qu’il remet en question, mais la perte de confiance et les difficultés relationnelles entre nous », a précisé Mme Osta. « D’un côté, je suis très fière du combat que nous avons mené contre cette mesure voulue par Bruno Montovani et son issue – la suspension du nouvel organigramme tel qu’il le désirait –, et de la volonté du ministère de renforcer la danse, a-t-elle ajouté, mais j’y ai laissé ma place. On a gagné, mais j’ai tout perdu et cela m’attriste, à peine un an après mon arrivée. » Ce n’est pas tout d’être nommé, encore faut-il garder sa place…

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