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Perrette et le jackpot

8 min

“Les propriétaires du Roseland Ballroom, salle de concert new-yorkaise qui a accueilli des vedettes comme Fred Astaire ou Madonna, ont annoncé, mardi 22 octobre, qu’ils allaient fermer ses portes fin avril 2014 , nous apprend une dépêche de l’AFP reprise par Le Monde . Ils souhaitent « réaffecter la propriété », ont-ils dit. La salle, qui peut accueillir 3 500 personnes sur la 52e Rue, à deux pas de Broadway, avait ouvert en 1919.”

Cette fermeture sonne comme le signe du déplacement et de l’éclatement du cœur créatif du musical loin de son berceau d’origine. C’est ainsi, nous apprend Mathilde Cesbron dans Le Figaro , que “le roman culte d’une génération, American Psycho, sera bientôt joué et chanté sur la scène londonienne. La première de cette comédie musicale, financée en partie par le crowdfunding, aura lieu le 2 décembre au théâtre Almeida de la capitale anglaise (jusqu’au 25 janvier 2014). Deux pointures du musical orchestrent cette production : le compositeur Duncan Sheik – Tony Award de la meilleure comédie musicale en 2006 – et le scénariste Roberto Aguirre-Sacasa ( Glee, Spider-Man : Turn Off the Dark). Le directeur du théâtre, Rupert Goold, assure la mise en scène.

Dans American Psycho, Bret Easton Ellis imagine la vie d’un jeune golden boy new-yorkais de 26 ans, Patrick Bateman. Banquier dans les années 1980, le jeune homme est beau, très riche, intelligent, fréquente les restaurants et les boîtes de nuit les plus branchées. Comme tous ses amis, il aime prendre un rail de cocaïne de temps en temps. Mais, sous ses airs de gendre idéal, c’est un serial killer schizophrène. Il éventre, égorge, évide, viole ses victimes dans son appartement luxueux de Manhattan. Lors de sa sortie en 1991, le roman avait fait scandale en raison de sa violence et de son caractère pornographique. Et son auteur avait reçu des menaces de mort à plusieurs reprises, au point de s’adjoindre les services d’un garde du corps. En 2000, Christian Bale avait incarné le héros d’Ellis au cinéma. Sur scène, c’est Matt Smith, l’interprète de Doctor Who, qui reprend le rôle de Patrick Bateman.

Adapter ce best-seller sur le plateau d’une comédie musicale a tout d’une gageure , estime la journaliste du Figaro . Comment le metteur en scène va-t-il transposer les passages de torture ? En même temps, le music-hall a déjà mis à l’honneur un serial killer : le barbier londonien Sweeney Todd tranchait allègrement le cou de ses clients. Aucune indication n’a été donnée sur l’esthétique du show American Psycho, ni sur son scénario. Si ce n’est que la comédie musicale souhaite reprendre fidèlement l’argument du livre, à savoir une satire du matérialisme caractéristique des années 1980. Si le spectacle est un succès, il pourrait être joué à Broadway. Des producteurs américains envisageraient déjà, en effet, de monter le spectacle aux Etats-Unis, rapporte le quotidien britannique The Daily Mail.”

Tout aussi horrifique, mais sans doute nettement plus drôle, “à la rentrée 2014, Mogador montrera les dents en accueillant Le Bal des vampires, une version musicale du célèbre film de Roman Polanski, sorti en 1967 , nous apprend Le Parisien. Le réalisateur assure lui-même la mise en scène du spectacle, créé en 1997 à Vienne, et déjà adapté dans plusieurs pays. « J’ai toujours rêvé de voir mes vampires chanter et danser à Paris », commente Polanski.” Mais les créatures nocturnes auront affaire à un concurrent de poids à la rentrée prochaine. “Ce devrait être « le » spectacle de l’hiver en 2014 , parie Ariane Bavelier, toujours dans Le Figaro , très au fait, nom du quotidien oblige, de l’actualité du spectacle chanté. Un Américain à Paris monté en comédie musicale avec une mise en scène confiée au chorégraphe Christopher Wheeldon et un livret entièrement revu par Craig Lucas, auteur dramatique nommé au Pulitzer. La version, donnée en création mondiale au Châtelet, s’installera ensuite à Broadway. « Je voulais monter ce titre pour fêter le 70e anniversaire de la Libération de Paris, explique Jean-Luc Choplin, directeur du Châtelet. En 2011, quand j’ai demandé les droits à Todd Gershwin, il m’a indiqué que les producteurs américains de Pittsburgh CLO, distingués notamment pour Cinderella , Kinky Boots , Matilda , l’avaient approché pour Broadway. Il m’a suggéré de les rencontrer. » Choplin s’exécute sans y croire, mesurant combien ses habitudes de travail diffèrent de celles de la 52e Rue. En France, le metteur en scène mène tout le projet. A Broadway, tout naît d’un collectif. Surtout, au Châtelet (on l’a vu avec My Fair Lady, The Sound of Music ou Sweeney Todd), les comédies musicales sont portées par de vastes orchestres, des chanteurs lyriques ou de grands acteurs. A Broadway, on travaille avec des acteurs-chanteurs et des partitions réorchestrées pour limiter à une dizaine le nombre des musiciens dans la fosse. « Le public du Châtelet retrouvera ses habitudes, et celui de Broadway, les siennes », précise Van Kaplan, de chez Pittsburgh CLO. « Le Châtelet passe aux Etats-Unis pour un des premiers théâtres du monde. Jean-Luc Choplin a un goût impeccable, et ses productions de musicals ont été acclamées par toute la critique. Il a une sensibilité artistique que nous voulons partager. Qui rêver de mieux en France pour Un Américain à Paris ? », se félicite son comparse Stuart Oken. […] « Avec Un Américain à Paris , j’affirme que le Châtelet est un théâtre de production de grands spectacles », dit Jean-Luc Choplin. « Partout dans le monde, il y a moins d’argent pour la culture. Aux Etats-Unis, de grandes maisons mettent la clé sous la porte. Peut-être suis-je comme Perrette avec son pot au lait, mais si notre Américain est un succès à la War Horse , s’il est repris à Londres, Tokyo ou Sidney, le Châtelet gagnera de conséquentes royalties. »

Ce qui, en ces temps de disette budgétaire, est toujours bon à prendre !

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