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Peur sur les salles

7 min

“La peur de la concurrence déloyale envahit les salles de cinéma , constate Frédéric Strauss dans Télérama . [Début novembre], douze d’entre elles ont rejeté un petit film déjà à la peine ( Les Paradis artificiels) parce qu’il avait été présenté en séance promotionnelle gratuite sur Dailymotion. Aller chercher les spectateurs sur tous les écrans possibles est pourtant dans l’air du temps. Margin Call et la comédie Bachelorette ont eu de belles carrières aux Etats-Unis en combinant sortie en salles et présentation en VOD (vidéo à la demande) payante. La même formule avait réussi au Royaume-Uni pour le film de Kaurismäki, Le Havre. Mais en France, le système de financement du cinéma est fondé sur l’exclusivité du passage en salles. Même bousculé par l’ère numérique, ce principe est délicat à remettre en cause. Pourtant, des initiatives se font jour. L’ARP (société des Auteurs Réalisateurs Producteurs) va coordonner en Europe un projet de « distribution transversale », sortie salles et VOD simultanées. Pour son délégué général adjoint, Eric Busidan, « la salle reste le pivot de cette expérience, car c’est la sortie dans les cinémas qui donne leur valeur aux films ». Même credo rassurant pour Marc Guidoni, le distributeur de Nuit#1, qui [sortait le 7 novembre]. S’il a choisi lui aussi une diffusion sur Dailymotion, c’est pour soutenir la vie du film en salles : « Il s’agit d’utiliser un outil nouveau pour déclencher le bouche à oreille des années 2010, qui n’est plus le même qu’il y a dix ans. » A bon entendeur, salut !” , conclut le journaliste de Télérama .

Il n’y a pas que la peur de la concurrence déloyale qui envahit les salles, il y a aussi la bonne vieille expérience collective de la frayeur devant les films d’horreur, comme le rapporte Floriane Louison dans Le Parisien . « C’est comme un tour en train fantôme ». Alexis, 14 ans, fan de Paranormal Activity 4 donne le ton. Depuis sa sortie, le 31 octobre, le film d’horreur, quatrième volet d’une saga autour de phénomènes étranges, fait régner une ambiance toute particulière dans les salles de cinéma françaises. « Pendant la projection, le public partage à voix haute ses impressions, crie, hurle, circule dans la salle. C’est un peu comme à la maison », commente une jeune spectatrice. « Ce long-métrage attire des groupes d’adolescents, entre 13 et 17 ans, qui viennent jouer à se faire peur », confirme Claire Zambaux, community manager pour la Paramount, distributeur du film. « Avec le quatrième opus, c’est devenu un rendez-vous annuel auquel les ados se rendent en bande », explique-t-elle. Un phénomène qui peut dégénérer. Ainsi, [le mercredi 31 octobre], jour de Halloween, des dizaines d’adolescents ont semé la pagaille au cinéma Méga CGR de Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines.

Les vigiles et les policiers ont dû intervenir pour expulser ces jeunes, pour la plupart âgés de 12 à 16 ans, venus perturber bruyamment la diffusion du film. Le même jour, au multiplexe Pathé de Montataire, dans l’Oise, la première séance n’a pas pu commencer. Les 400 spectateurs présents ont été évacués par les forces de l’ordre. C’est une dizaine de jeunes assis sur un seul et même rang qui ont semé la pagaille dans la salle. « C’est vrai qu’il y a un phénomène autour de ce film relayé par les réseaux sociaux, souligne Olivier Févin, directeur de l’UGC Cité Ciné de Rosny 2, en Seine-Saint-Denis. Le 31 octobre, 80% de notre clientèle avait moins de 15 ans. »

L’aventure Paranormal Activity doit en effet son succès avant tout à Internet. Dès les premiers pas de la saga, en 2007, le distributeur mise sur le Web : extraits, réactions des premiers spectateurs filmées et partagées sur la Toile. « Aujourd’hui, une véritable communauté virtuelle s’est constituée autour du long-métrage », constate Raphaël Turner, également community manager pour la Paramount. Sur les réseaux sociaux, un mot d’ordre circule : mettre l’ambiance pendant la séance. La stratégie est payante : avec plus de 600 000 entrées en France, une semaine après sa sortie, Paranormal Activity 4 fait mieux que les Saw, Destination finale, Resident Evil et autres concurrents.”

Il faut croire que le mot d’ordre de « mettre l’ambiance » a fini par faire peur… aux salles, car, c’est toujours Le Parisien qui le rapporte, sous la plume cette fois de Damien Licata Caruso, “fait rarissime dans les cinémas, un film d’horreur est partiellement déprogrammé par crainte de débordements dans les salles. Le distributeur de films Wild Bunch a annoncé mercredi [7 novembre au] soir que plus de 40 cinémas en France avaient renoncé à diffuser Sinister, sorti le jour même. Plusieurs exploitants ont justifié leur décision en évoquant les violences provoquées par des spectateurs lors de la projection de Paranormal Activity 4. […] Sur sa page Facebook, le distributeur de Sinister répond aux fans ulcérés par la déprogrammation en citant des faits graves : « des comptoirs à confiserie pillés, des caissiers insultés, de l’urine sur les fauteuils ». « Nous comprenons les exploitants qui ont peur que le même genre de film génère les mêmes incidents », concède Jean-Philippe Tirel, directeur général de Wild Bunch. « Mais ce n’est qu’un épiphénomène lié à Halloween et quelques bandes isolées », tente-t-il de rassurer. Le distributeur appelle les jeunes spectateurs à « être respectueux des règles de courtoisie et de ne pas hésiter à demander à leur cinéma de programmer le film la semaine [suivante] ».

Diffusé sur 162 écrans au lieu des 200 prévus, Sinister pourrait aussi payer la nouvelle stratégie marketing des films d’horreur relayée par Internet et les réseaux sociaux. La page Facebook de Paranormal Activity incite, par exemple, le spectateur à « choisir son cri de terreur » avant la séance. Interdit aux moins de 12 ans, Sinister met en scène un auteur de romans policiers qui emménage avec sa famille dans une maison où les anciens propriétaires ont été retrouvés pendus. Une entité surnaturelle et tueuse va les terroriser pendant près de deux heures de film. Un cocktail excitant qui a fait le succès de la saga Paranormal Activity et devait aussi assurer celui de Sinister. D’après Wild Bunch Distribution, le film avait enregistré [le jour de sa sortie] près de 45 000 entrées. Quant à Paranormal Activity 4, le film marche très bien, passant même, [la semaine suivant sa sortie], de 250 à 259 salles.”

Comme quoi même les salles aiment se faire peur, finalement…

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