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Picasso pique une grosse colère

5 min

Claude Picasso est en colère. “La France se fout de mon père” , assure-t-il au Figaro. Qu’est-ce qui fait ainsi sortir de ses gonds le “fils de Pablo et de Françoise Gilot, frère de Paloma, l’homme fort de la famille depuis qu’en 1989 la justice l’a nommé administrateur de l’indivision Picasso” ?

Eh bien, ce qui provoque l’ire de Picasso fils, c’est que “maintes fois retardée, la réouverture du Musée Picasso vient d’être à nouveau reportée du mois de juin à septembre , comme on a pu le lire entre autres dans La Croix. Après des travaux d’extension et de rénovation, « le bâtiment de l’hôtel Salé a été livré comme prévu. Mais l’accrochage nécessite du temps, de même que la formation des nouveaux agents de sécurité et de surveillance », indique un responsable du musée. Fermé depuis 2009, le musée a souffert de graves dissensions internes, une partie du personnel reprochant à la directrice, Anne Baldassari, des modifications incessantes du projet.” On lui reproche aussi son “caractère , croit savoir Le Monde. Car si, pour certains, elle est un petit soldat exemplaire de la République, pour d’autres elle est un caporal chef teigneux, agonisant son personnel d’injures et le soumettant aux pires corvées.” Evidemment, le retard de réouverture se fait “au grand dam des tour-opérateurs et des finances publiques. Chaque mois de retard fait perdre près de 300 000 euros de recettes de billetterie au musée , estime Jean-Christophe Castelain dans Le Journal des Arts , qui rajoute que la directrice, qui fait l’objet d’une fronde interne, serait sur le départ.” Une rumeur corroborée mi-avril dans une brève par Le Figaro. “Anne Baldassari, directrice du Musée Picasso depuis 2005, devrait être prochainement remplacée , assure alors le quotidien. Une fusion du Musée Picasso et du Centre Pompidou pourrait intervenir ultérieurement. Laurence Engel, la directrice de cabinet d’Aurélie Filippetti, qui est aussi la compagne [de l’alors encore] conseiller politique de François Hollande, Aquilino Morelle, est candidate à sa succession.” Une semaine plus tard, le même Figaro rétropédale et assure que “contrairement à ce qui se murmurait ici ou là, le Musée Picasso va continuer à vivre sa vie de son côté. Aucune perspective de fusion avec le Centre Pompidou n’est à l’étude. Et l’arrivée de Laurence Engel n’est pas, non plus, à l’ordre du jour.” “Démentie officiellement, la rumeur est de fait bien fantaisiste , note Vincent Noce dans Libération : statutairement, ce poste est réservé à un conservateur.” Toujours est-il, assure Harry Bellet dans Le Monde, qu’Anne Baldassari “devait se voir signifier sa révocation, [aujourd’hui] mercredi 7 mai, par les services du ministère de la culture. Ce renvoi ne semble plus d’actualité : un communiqué du ministère réaffirme, dimanche 4 mai, que le projet est placé « sous l’autorité de la présidente, Anne Baldassari ». Mais l’alerte a été chaude.” En effet, “depuis plusieurs mois, la crise est ouverte entre la Rue de Valois et Anne Baldassari , observe Claire Bommelaer dans Le Figaro. Les tensions sont telles que chaque partie semble presque dépassée, s’accusant à mots couverts de tous les maux. Le conflit est parvenu jusqu’à l’Elysée, avec montée au créneau des héritiers Picasso, effrayés à l’idée que le musée n’ouvre pas, ou dans de mauvaises conditions. Quarante ans après sa mort, le peintre et son œuvre prolifique génèrent un intérêt mondial du public mais aussi du marché de l’art. Dans ce contexte, l’avenir du musée parisien est une affaire d’Etat , assure la critique. Pour elle, “après avoir été annoncé, le recul de la réouverture du musée – attendue par les touristes du monde entier – va créer une onde de choc. Et faire douter de la capacité de Paris à jouer dans la cour des grands autour du nom de Picasso.” Que dit donc Claude Picasso au Figaro ? Que pour lui, « la vérité, c’est qu’il n’y a aucune envie positive d’ouvrir le musée. Je me fais balader, j’ai l’impression que la France se fout de mon père et aussi de ma tête ! » Le représentant de la famille au conseil d’administration du Musée menace : « Si la dation à l’origine de l’ouverture de l’hôtel Salé est irrévocable, les donations intervenues depuis, notamment celle de la collection d’œuvres primitives et d’artistes (Cézanne, Le Nain, Degas, Braque, Matisse, Miro, Derain…) que mon père collectionnait, pourraient être annulées. Si le ministère est énervé par Mme Baldassari, je le suis par Mme Filippetti ! Je devais la voir mardi [29 avril], elle s’est décommandée à la dernière minute sans me donner d’autre rendez-vous. Maintenant, elle est prise par le Festival de Cannes. Elle a raison, c’est plus amusant ! Je me demande si elle a conscience de son rôle. […] Quand on est ministre, on est là pour trouver des solutions, pas pour créer des problèmes. » Alors que lundi, la polémique montait à Matignon, Manuel Valls ayant prié Claude Picasso de venir le voir (“entre deux fils de peintres espagnols, on aura peut-être des relations plus apaisées” , s’amuse Le Monde ), le ministère de la Culture maintenait la date de mi-septembre pour l’ouverture. “Dans ce débat , relevait le même jour à nouveau Le Figaro , Aurélie Filippetti a invité « chacun à dépasser les intérêts personnels et à partager cet enthousiasme et cette sérénité qui permettront l’achèvement du projet ». Claude Picasso a confié, lui, envisager de démissionner du conseil d’administration « si on prend n’importe qui pour réaliser l’accrochage qu’Anne Baldassari avait prévu ». Selon plusieurs sources, le gouvernement serait en négociation avec cette dernière afin d’organiser son départ anticipé. Le ministère proposerait de rémunérer la conservatrice jusqu’à sa retraite. D’ici à septembre, un successeur serait désigné. Le nom de Laurent Le Bon, actuel directeur du Centre Pompidou-Metz, circule. « Mon mandat court jusqu’en 2016 et, à ma connaissance, le poste n’est pas vacant », a-t-il réagi [dimanche].” Ce qui s’appelle ne pas insulter l’avenir… Et Harry Bellet de conclure dans Le Monde : “Au-delà des péripéties de cette affaire, il serait peut-être bon de se demander pourquoi ce qui aurait pu être une fête, avec la réouverture de la plus grande collection de Picasso au monde, est devenu une histoire de cornecul.”

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