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Pincements de nez et ronronnements

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“L’histoire est surprenante , elle est rapportée par Alexandra Michot dans Le Figaro . Samedi [26 janvier], Matthieu (le prénom a été changé), un jeune cadre bénévole du mouvement ATD (Agir tous pour la dignité), avait décidé d’accompagner une famille en situation de grande précarité visiter le Musée d’Orsay. Après les avoir emmené déjeuner au restaurant du musée, « où le personnel s’est montré charmant et prévenant », précise Matthieu, le bénévole a ensuite accompagné le couple et leur jeune garçon d’un dizaine d’années déambuler parmi les statues. C’est en sortant de la salle très prisée où sont exposées les peintures de Van Gogh, qu’un gardien les apostrophe et leur demande de bien vouloir quitter le musée, parce que « des visiteurs se sont plaints de leur odeur »… Refus du bénévole, qui objecte que leur tenue est décente, qu’ils ne gênent personne, et que rien dans le règlement intérieur du musée ne semble pouvoir les y obliger. Néanmoins, le petit groupe se dirige vers la section Art nouveau, de grandes salles peu fréquentées. C’est en sortant de ces salles que quatre agents encadrent Matthieu et la famille « nous intimant l’ordre de partir, sans ménagement ». N’en revenant pas, ce n’est qu’une fois sorti du musée que le bénévole demande des explications aux agents, exigeant de savoir qui a donné cet ordre indigne d’expulser et d’humilier cette famille, déjà éprouvée par la vie et habituée à se sentir exclue.

Contactée à ce sujet, la direction du Musée d’Orsay se dit particulièrement peinée par l’incident. « D’autant plus que l’établissement s’investit beaucoup depuis quatre ans dans le développement des publics du champ social, souligne Angelina Infanti, en charge de l’accueil des publics peu habitués à fréquenter les institutions culturelles. Nous travaillons en liens étroits avec les associations et nous avons d’ailleurs mis en place des formations et des actions de sensibilisation auprès des agents pour l’accompagnement des quelque 140 groupes que nous accueillons tous les ans. » Et d’affirmer que les agents seraient intervenus pour éviter des paroles blessantes ou un risque d’altercation de la part des visiteurs, tout en qualifiant de « maladresse » le fait d’intervenir à quatre. Colère de Mathieu : « A part les agents, qui nous ont expulsés en insistant sur le fait que c’était pour raison d’hygiène, personne ne nous a dit de paroles blessantes. » Claire Hédon, vice-présidente d’ATD a d’ores et déjà envoyé un courrier à la direction du Musée d’Orsay, mais aussi au ministère de la Culture et à la Réunion des musées nationaux.

Cet événement intervient alors que le ministère de la Culture a affiché récemment une politique d’ouverture des musées aux personnes défavorisées. Arguant que la culture est un vecteur de lutte contre les inégalités, Aurélie Filippetti avait d’ailleurs convié, le 30 décembre dernier, 400 bénéficiaires d’associations caritatives (dont Emmaüs, les Restos du cœur et le Secours populaire) à des visites commentées de grandes expositions parisiennes. Et reconduit des partenariats avec certains établissements culturels.”

Deux jours après cet article, Le Figaro – décidément enclin à défendre les salauds de pauvre, même quand ils sentent mauvais –, récidive sur l’affaire, cette fois sous la plume d’Aude Sérès. “Le ton est monté d’un cran entre le Musée d’Orsay et ATD Quart Monde au sujet de l’affaire. […] Alors que le ministère de la Culture et de la Communication a, dès mardi [de la semaine dernière], demandé au Musée d’Orsay « de bien vouloir lui fournir un rapport circonstancié » sur cette affaire, l’institution a de son côté indiqué qu’elle « regrett(ait) d’autant plus cet incident qu’elle ne ménage(ait) pas ses efforts pour développer son action dans le champ social et l’accueil du public défavorisé ». Mercredi matin, sur Radio Classique, la ministre Aurélie Filippetti a jugé « regrettable » cette affaire, tout en réfutant l’idée d’une « faute morale » du personnel. […]

Dans ce contexte, le mouvement créé par le père Joseph Wresinski et présidé par Geneviève de Gaulle-Anthonioz de 1964 à 1998 a décidé de porter l’affaire en justice. […] Le motif de la plainte devrait être la « discrimination pour origine sociale », un sujet sur lequel le mouvement se bat depuis plusieurs années. Elle pourrait également se fonder sur le respect des droits de l’homme. ATD Quart Monde assure néanmoins souhaiter continuer à travailler avec le musée dans le domaine social.”

En même temps, en renvoyant cette famille à la rue, le Musée d’Orsay voulait peut-être lui rendre service, en la forçant à s’intéresser à l’art qui s’y exprime, le street art, dont Le Parisien salue le retour d’une éminente figure. “Pour un peu, on en ronronnerait de joie, se réjouit Julie Cloris : après avoir sillonné le monde pour étendre son « réseau d’optimisme international », M. Chat, tag bien connu des Parisiens depuis 2001, est bel et bien revenu dans la capitale. Ainsi peut-on le voir rue du Chalet à côté de la place Sainte-Marthe, sur l’armoire EDF face au Café de la Comédie, rue Saint-Honoré, au-dessus du Point-Ephémère, du côté de la BNF, etc. On croise aussi parfois sa route dans le métro, avant qu’une affiche publicitaire ne vienne le recouvrir, ou aux abords de Paris, à Saint-Ouen. Recueillant toujours affection et succès, le matou se fait même caresser le poil par la belle Gwyneth Paltrow : en visite à Paris pour la Fashion Week [il y a deux semaines], l’actrice américaine oscarisée a consacré une page de son site Internet Goop aux plaisirs éphémères connus des seuls Parisiens bien informés – « au courant » en français dans le texte. Elle mentionne les apparitions de M. Chat comme l’un de ces « must » temporaires. Thomas Vuille, qui depuis 1997 le croque partout où il passe, ne se cache plus. « Ne souhaitant pas m’enfermer dans une peinture décorative ou représentative d’une période très commerciale, je préfère retourner à mes amours de jeunesse, explique ce Franco-Suisse, papa d’un chaton depuis novembre, me fondre dans la foule du Transilien et les espaces qui m’entourent pour me sentir observé par les autres humains. »

Sans compter que là, côté odeurs de nécessiteux, il doit être servi !

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