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Polémiques par anticipation

7 min

Ce sont deux polémiques dont le journal Le Monde s’est fait l’écho ces derniers jours, qui ont peu de choses en commun, si ce n’est d’anticiper largement leur objet. « Plus de trois mois avant son inauguration, le 27 avril, la 7e Biennale d’art contemporain de Berlin fait déjà polémique , écrit ainsi le correspondant à Berlin du quotidien du soir, une sorte d’enfant du paradis, puisqu’il s’appelle Frédéric Lemaître. Jeudi 12 janvier, un des artistes invités, le Tchèque Martin Zet, lançait un appel au peuple : faites-moi parvenir un exemplaire du livre de Thilo Sarrazin, Deutschland schafft sich ab (qui signifie en français, comme vous l’aurez compris Arnaud : « L’Allemagne court à sa perte »), et nous le recyclerons sous une forme à définir. Pour le lui envoyer, il suffit de le déposer dans une galerie participant à l’opération. Douze se sont déjà déclarées partantes à Berlin, huit dans d’autres villes allemandes. Publié en septembre 2010, ce livre avait provoqué un immense débat dans le pays, nous explique le correspondant du Monde . L’auteur, un élu social-démocrate, membre du directoire de la Bundesbank, expliquait que l’Allemagne, envahie par des immigrés musulmans pauvres, donc moins formés, donc moins intelligents, allait irrémédiablement décliner. Le livre fut critiqué par la quasi-totalité de la classe politique et par une grande partie de l’intelligentsia. Mais, devant son succès – 1,3 millions d’exemplaires vendus, du jamais-vu pour un essai depuis la seconde guerre mondiale –, les critiques se sont atténuées. Pour nombre de commentateurs, Thilo Sarrazin n’apportait pas les bonnes réponses mais posait de vraies questions (ça nous rappelle quelque chose !) Martin Zet, qui espère collecter 60 000 exemplaires du livre, n’est pas de cet avis : « A partir d’un certain moment, c’est moins la qualité du livre ou les intentions de l’auteur qui comptent que l’effet qu’il produit sur la société allemande. Ce livre a éveillé et nourri des tendances anti-immigrés, notamment anti-Turcs. Je suggère d’utiliser ce livre comme un instrument permettant de manifester son opinion personnelle. » Sa proposition de recycler (détruire ?) le livre a ravivé le spectre des autodafés nazis. « C’est un acte pénible qu’il faut éviter », a condamné Julius H. Schoeps, directeur du Centre Moses-Mendelssohn pour les études juives européennes, de Potsdam. C’est « une bêtise », ajoute la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le journal explique : « Ce qui effraie le plus chez cet artiste qui, avec les galeries participantes, se targue d’avoir une intention politique, c’est la bêtise incommensurable de celui qui parle d’effets produits par le livre sans voir l’effet de sa propre action : rendre encore plus stupide le débat sur l’immigration, la démographie et l’éducation et apporter de l’eau au moulin de ceux qui, précisément, « manifestent leur opinion personnelle » parce qu’ils n’ont pas matière à penser. » Martin Zet, 52 ans, n’est pas naïf. Dans un entretien au quotidien conservateur Die Welt, il reconnaît « évidemment avoir pensé » aux autodafés. « Mais je croyais aussi que l’Allemagne avait dépassé ça. Je ne savais pas que ce pays était encore si traumatisé. Je m’attendais à des réactions virulentes, mais plutôt en lien avec le présent et avec l’avenir. » Devant les réactions, des galeries prestigieuses ont annoncé, dès le 13 janvier, se retirer du projet. C’est le cas de la galerie Ifa, subventionnée par le ministère des affaires étrangères, l’Etat-région du Bade-Wurtemberg et la ville de Stuttgart pour promouvoir les échanges culturels internationaux. D’autres demandent des éclaircissements à l’artiste. Du coup, la biennale a publié, vendredi 13 janvier, un communiqué défendant Martin Zet. « Le projet artistique n’a pas pour but de détruire des livres. Mais l’artiste considère le don et la transformation des livres comme un acte de résistance artistique face à un livre qui est contre les immigrés et les stigmatise. » Cette polémique n’empêche pas Thilo Sarrazin de rédiger un deuxième essai – sur l’euro – qui doit paraître en juin. En pleine biennale » , note pour finir Frédéric Lemaître.

Polémique très allemande, donc, comme est très française l’autre que relate Le Monde , sous la plume de Nathaniel Herzberg. « Le Centre Pompidou voguera-t-il bientôt sans capitaine ? , écrit-il. Le bruit agite le monde des musées depuis le 11 janvier. Lors de ses vœux aux parlementaires, Nicolas Sarkozy a annoncé, ce jour-là, que « les postes vacants d’ici la prochaine élection présidentielle ne seront pas pourvus s’il s’agit de responsables d’établissements publics qui jouent un rôle essentiel dans la mise en œuvre de la politique économique et sociale de la nation. » Un rôle essentiel ? Peu d’établissements culturels risquaient de se sentir concernés. Une poignée, parmi lesquels le Centre Pompidou. Or son directeur, Alain Seban, 48 ans, voit son premier mandat arriver à son terme début avril. Nommé en 2007, il attend de savoir s’il sera reconduit. Jusqu’au 11 janvier, le petit jeu des pronostics semblait des plus classiques. Les uns constataient que le sortant avait pour lui un bilan flatteur, tant en termes des fréquentation que d’initiatives nouvelles (Centre Pompidou Metz, Centre Pompidou mobile, projet de centre virtuel), ce que Frédéric Mitterrand a une nouvelle fois souligné, mardi 17 janvier, lors de ses vœux à la presse. Les autres faisaient valoir un calendrier défavorable : à quelques semaines des élections, le pouvoir ne manque jamais de bons serviteurs à placer (même si aucun n’a jusqu’ici fait acte de candidature). Alain Seban, nommé à deux mois de la précédente présidentielle par Jacques Chirac, dont il était conseiller chargé de la culture, en sait quelque chose. L’annonce du 11 janvier a-t-elle changé les paramètres ? Le choix pour Beaubourg pourrait-il revenir au prochain président ? Au ministère de la culture, personne ne veut croire à une vacance du pouvoir au centre. Mais à l’Elysée, même, on semblait hésiter, mardi 17 janvier. Pas essentiel, Pompidou ? L’article 13 de la Constitution donne un indice : il dresse la liste des postes qui, en raison de leur importance dans « la vie économique et sociale de la nation » imposent au président une consultation du Parlement avant toute nomination. Du patron d’Aéroports de Paris à celui des voies navigables, ils sont 47. Aucun établissement culturel n’y figure. » Le lendemain, le Monde nous apprenait que l’Elysée, réagissant à son article, précisait que « les postes de direction dans le secteur culturel ne sont pas concernés par le gel des nominations à la tête des établissement publics jusqu’à l’élection présidentielle. » Alors, un article et une polémique pour rien ? Non, dans la mesure où cela aura confirmé que le Centre Pompidou, et la culture derrière lui, ne joue pas un rôle si essentiel que ça, apparemment…

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