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Politique de la mémoire

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“Alain Resnais est mort au lendemain de la cérémonie des Césars et à la veille de celle des Oscars , notent Alain Grasset et Hubert Lizé dans Le Parisien. Drôle de hasard pour un cinéaste si souvent récompensé au fil d’une carrière exceptionnellement longue.” “Manière de couper la poire en deux pour ce grand farceur devant l’Eternel, et de ménager chacune des nations se disputant l’invention du cinématographe ? , s’interroge Aureliano Tonet dans Le Monde. De fait, le Dolby Theatre de Los Angeles comptait probablement, dimanche soir, autant d’admirateurs du cinéaste que le Théâtre du Châtelet n’en recensait, deux jours plus tôt, à Paris. […] D’autant que, d’un côté à l’autre de l’Océan, ce n’est pas le même Resnais que l’on révère. […] Aux Etats-Unis , nous apprend Le Monde, l’on chérit plus aisément des pans méconnus de sa filmographie, dont deux titres sortent du lot : Muriel ou le Temps d’un retour et surtout Je t’aime, je t’aime. Relatifs échecs commerciaux à leur sortie en France, avec un peu moins de 500 000 entrées chacun, ces films font l’objet, de New York à Hollywood, d’une dévotion grandissante. […] Alfonso Cuaron, dont le septième long métrage, Gravity, a récolté sept statuettes dimanche, n’a jamais caché son admiration pour Je t’aime, je t’aime. Le 24 septembre 2013, lors d’une avant-première au Pathé Wepler, à Paris, le cinéaste mexicain déclarait qu’il voyait dans ce film « une combinaison idéale de formalisme et de sensibilité, où se mêlent l’intime et le spectaculaire ». […] Solaris, de Steven Soderbergh, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, de Michel Gondry, (500) jours ensemble, de Marc Webb, Inception, de Christopher Nolan, Looper, de Rian Johnson : on ne dénombre plus les œuvres [de la production hollywoodienne contemporaine] citant, plus ou moins explicitement, l’envoûtant voyage temporel de Resnais. « C’est un film qui a longtemps été invisible ici, il n’existait ni en VHS ni en DVD, précise Richard Brody, critique au New Yorker. Moi-même, je ne l’ai découvert qu’il y a trois ans. Sa popularité à Hollywood ne peut être que pirate. La connexion entre Je t’aime, je t’aime et Inception est patente. C’est une pure coïncidence, mais il y a en ce moment sur mon bureau un livre de Raul Hilberg qui s’appelle La Politique de la mémoire . Cette formule pourrait résumer l’œuvre entière de Resnais en tout cas, c’est exactement ce qu’en ont retenu les cinéastes qui l’ont popularisée ici. »

Et que retiendra-t-on de la cuvée 2014 des Oscars et des Césars ? Pour les premiers, sans doute que, comme le constate Pauline Le Gall dans Le Figaro, “l’académie a parcouru un long chemin depuis la cérémonie de 1939, durant laquelle Autant en emporte le vent rafla tous les prix, dont celui de meilleur second rôle pour Hattie McDaniel. […] Steve McQueen est [ainsi] le premier réalisateur Noir à remporter la statuette de meilleur film aux Oscars. Un moment historique , salue Le Figaro, à ranger non loin de la victoire de Kathryn Bigelow en 2009. Elle devenait alors la première femme à recevoir l’Oscar, pour son film Démineurs. Les Oscars, temple du classicisme et réfractaire aux changement ? Au vu du palmarès de cette année, rien n’est moins sûr.”

Et celle des Césars ? Faut-il déplorer, comme Jean-Marc Lalanne dans Les Inrockuptibles, “l’euphorie pro-Guillaume” qui a vu les votants décerner 5 trophées à une “pochade sous-filmée” , symptomatique, avec “l’autre comédie qu i a tiré son épingle du jeu”, Neuf mois ferme d’Albert Dupontel, d’un “cinéma d’auteur-acteur mi-personnel, mi-formaté, militant chevronné pour une LOL-attitude” ? Ou trouver difficile, avec Didier Péron et Bruno Icher dans Libération , “de ne pas voir dans cette histoire de coming out paradoxal – un garçon efféminé qui finit par révéler son hétérosexualité – une bonne occasion de réconciliation nationale” ? “Le film parvient, en plein débat sur le mariage pour tous, la question gay, les théories du genre et la remise en question de la famille, à surmonter tous les désordres et fractures contemporains en les traitant au plus près d’une expérience intime par le biais de la comédie. Le succès (plus de 2 millions d’entrées, et les césars vont relancer la machine) ayant eu le [bon] goût de précéder la consécration professionnelle.” Une consécration qui aura échappé aux “deux gestes artistiques forts de l’année” , selon Les Inrockuptibles : L’inconnu du lac , d’Alain Guiraudie, et La Vie d’Adèle , d’Abdellatif Kechiche. “Les polémiques sur les conditions de tournage imposées par Kechiche ont manifestement laissé des traces parmi les techniciens” , analyse Le Parisien. “Il faut dire que Kechiche n’a pas raté une occasion d’endosser le costume du maudit qu’il n’est pas , note Libération. Son appel à voter Estrosi à Nice, au grand embarras dudit, à l’heure où les votants de l’académie remplissaient les bulletins, était la meilleure stratégie pour achever de se saborder. Dans son naufrage, il entraîne Léa Seydoux, celle qui a mis le feu aux poudres en faisant sauter le couvercle de la confidentialité du tournage.” “Depuis que les César existent, note encore Jean-Marc Lalanne dans Les Inrocks, seulement trois films français ont remporté la Palme d’or à Cannes. Mais seul Amour a réalisé le doublé Palme César. Mais comme Entre les murs et surtout Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat, La Vie d’Adèle appartient à la liste des films français ayant décroché la Palme mais pas le César du meilleur film. L’ascendance devrait consoler un peu Abdellatif Kechiche” , espère le critique, qui veut retenir surtout de la soirée ce “beau moment le léger tremblé vocal, tout en sanglots ravalés, d’Adèle Haenel, justement récompensée du César de la Meilleure actrice dans un second rôle pour Suzanne, remerciant « Céline… parce que je l’aime ». Faute d’avoir vu couronné La Vie d’Adèle, on se souviendra ce soir-là de la voix d’Adèle. L’autre. Tout aussi émouvante en amoureuse.”

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