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Pop-corn, nostalgie et méchants nazis

5 min

Une précédente revue de presse ayant pu laisser croire que le cinéma français se préoccupait plus des Chinois que des enfants, rectification : “qu’est-ce qui sera [bientôt] moins cher que le pop-corn ? , nous demande Mathilde Blottière dans Télérama. Le ticket de cinéma pour les moins de 14 ans. Dès le 1er janvier, quels que soient la salle, la séance et le film, enfants et préados paieront leur billet 4 euros (contre 5,20 ou 6,50 aujourd’hui selon les circuits). Pour leurs chaperons – aînés, parents ou copains plus âgés –, pas de rabais. Rendu possible par la baisse de la TVA sur les entrées, ce tarif unique vise à endiguer la récente chute de fréquentation tout en assurant la relève. En réalité , juge la journaliste, la Fédération nationale des cinémas français prêche surtout pour sa paroisse : ou comment faire un peu plus encore du film un produit d’appel pour vendre le reste (la confiserie) en jouant avec la part de recette des autres – distributeurs et producteurs de films… Lesquels, syndicat des producteurs de films d’animation en tête, dénoncent un manque de concertation et s’inquiètent des conséquences de l’opération sur le financement du cinéma. Car s’il est gagnant à court terme, le jeune public pourrait se retrouver après-demain condamné, faute d’une offre variée, à choisir entre un Disney ou un Pixar.”

L’étendue de choix offerte au grand public un peu moins jeune n’est pas beaucoup plus variée, il faut dire. “Il flotte, en cette fin d’année, un petit parfum années 60 , note ainsi Florence Colombani dans Le Point. Ambiance yé-yé ? Mode colorée ? Libération sexuelle ? Si seulement ! Car ce n’est pas au meilleur des Trente Glorieuses qu’a droit le Français de 2013, mais à un choix qui s’offrait déjà au spectateur il y a cinquante ans. Alors, préférez-vous une séance de rêverie érotico-historique avec Angélique, la marquise des Anges du best-seller d’Anne Golon, qui revient au cinéma réinventée par Ariel Zeïtoun ? Ou un moment de grand air et de saine camaraderie avec Belle et Sébastien, le duo chien-enfant le plus célèbre de la télévision, filmé par Nicolas Vannier ? Vous ne serez pas dépaysés, car ces films de Noël ont un petit air de déjà-vu… Et, à bien y réfléchir, ce n’est pas la première fois qu’on nous fait le coup, rappelle la critique cinéma du Point. Au cours des quinze dernières années, le cinéma français n’a pas cessé de revisiter ses classiques, au point qu’une liste de titres fait l’effet d’un voyage dans la première moitié du XXe siècle. Jugez plutôt : Belphégor, Le Schpountz, Le Bossu, Fanfan la Tulipe, Boudu sauvé des eaux, L’Auberge rouge, La Guerre des boutons (deux fois), Marius et Fanny… Et, en 2014, c’est parti pour continuer : La Belle et la Bête, de Christophe Gans, s’annonce dès le 12 février, avec Léa Seydoux et Vincent Cassel dans les rôles que tenaient Josette Day et Jean Marais chez Cocteau. Autant dire qu’une question s’impose : le cinéma français manquerait-il d’imagination ?

Pourquoi, par exemple, refaire Angélique, sommet du kitsch bon enfant de la France du général de Gaulle, dont le souvenir a été généreusement entretenu par des rediffusions régulières ? Est-ce vraiment, comme l’explique bravement la comédienne Nora Arnezeder (qui reprend le rôle créé par Michèle Mercier), parce que « le combat d’Angélique, qui refuse d’être mariée contre son gré, puis de consommer une union qui lui a été imposée par la force, fait très fortement écho avec celui que mènent aujourd’hui les femmes africaines et les femmes du monde en général » ? Pourtant, juge encore Florence Colombani, la vision du film ne convainc pas de son actualité brûlante : costumes somptueux, étreintes à la bougie et coups de théâtre à n’en plus finir, cette Angélique est fidèle à son modèle. Ne serait-ce pas, tout simplement, qu’il paraît plus aisé d’attirer le spectateur vers un titre qu’il connaît déjà ? Les grands studios américains appliquent cette technique depuis des années en alignant les films de superhéros : Angélique et Batman, même combat.

Quant à Belle et Sébastien, l’affaire est entendue : il s’agit de faire un film que les parents auront plaisir à voir en souvenir de leur enfance… Nicolas Vanier parle d’un défi – « remettre cette histoire au goût du jour » –, mais il a transposé l’action pendant la Seconde Guerre Mondiale. Une façon, explique-t-il, de renouer avec une dimension essentielle de la série : l’aventure, le voyage et la notion de passage. La guerre et la fuite des juifs vers la Suisse s’inscrivent parfaitement dans cette continuité ». L’explication n’est qu’à demi convaincante. Le choix de la période la plus tragique de l’histoire française est surtout un procédé commode pour créer des enjeux dramatiques : qui mieux qu’un nazi dans le rôle du méchant ? Vanier n’est du reste pas le premier à avoir eu l’idée puisque La nouvelle guerre des boutons – signée Christophe Barratier, avec Guillaume Canet – se passait comme par hasard en 1944…”

Un goût pour une période et une fringale de remakes qui n’est pas limité au duel cinéma français / Hollywood : une brève du Parisien nous apprend le retour d’Anne Frank au cinéma. “Ce n’est pas la première fois que le célèbre journal intime de cette adolescente juive pendant la Seconde Guerre mondiale fait l’objet d’une adaptation. Pourtant, le réalisateur israélien Ari Folman, révélé avec Valse avec Bachir, a décidé de s’attaquer à une nouvelle version, dont le tournage pourrait débuter au cours du second semestre 2014, nouvelle version qu’il souhaiterait « grand public, voire familiale ».”

Idéale donc pour les billets à 4 euros, pour le pop-corn, peut-être un peu moins…

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