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Pop machines

5 min

L’événement pop de la semaine dernière, c’étaient les deux concerts au Stade de France de Beyoncé et son Jay-Z de mari. « De baby doll à mamma dollars, mais que cache-t-elle sous son trône ? » , cette Beyoncé, se demande en couverture le mensuel Snatch. Il a fallu pas moins de 5 pages « Evènement » à Libération pour répondre à la question et décrire comment la « pop machine », « icône douceâtre, postraciale et mondialisée, règne sur la musique. » “Elle est Queen B, la reine de la pop, comme jadis Michael en était le roi , écrit Elisabeth Franck-Dumas en éditorial. Tranquillement, en maîtrise presque parfaite de son image, Beyoncé s’est imposée au sommet de l’entertainment de son époque, jouant avec les codes établis, se payant le luxe d’en inventer de nouveaux. « Célébrité la plus puissante du monde », selon le magazine Forbes. « La plus influente », selon son confrère Time. « I’m the shit », selon l’intéressée elle-même. Ce qui, en français poli, donnerait quelque chose comme : « Je suis l’alpha et l’oméga. » Et, en effet, de quoi Beyoncé ne serait-elle pas le nom ?” “L’idole de Beyoncé, son modèle définitif, « c’est Michael Jackson. Celui des Jackson 5 chez Motown comme celui de Thriller, analyse (toujours dans Libération ) Frank Freitas, doctorant en sciences politiques, qui travaille sur les questions de genre, de race et de classe dans la société américaine au sein de l’université Paris-VIII. Par contre, elle n’est jamais aussi marquante que lui. Pour faire une analogie, si Jackson était Apple, Beyoncé est Samsung : elle imite très bien mais ne dépasse pas ». Beyoncé est davantage le réceptacle d’un demi-siècle de musique populaire américaine, qui fusionne aussi Stevie Wonder, Madonna ou Macy Gray… Logiquement, sa musique n’appartient à aucun style. Elle est ainsi passée par le r’n’b funky de Dangerously in Love, avec force clins d’œil à Donna Summer, le rhythm and blues et la soul de B’Day, les beats électroniques d’ I Am Sasha Fierce et la pop Disneyland de 4. C’est une carrière McDonald , résume Sophian Fanen, où chacun peut composer son menu selon ses goûts en essayant d’éviter les mauvaises frites.”

L’autre événement de la semaine passée, non sans lien avec le précédent, c’était bien sûr “U2 et Apple [qui] ont joué aux Pères Noël avant l’heure, dans la soirée du mardi 9 septembre, en livrant gratuitement le 13e album des Irlandais , Songs of Innocence, aux quelque 500 millions de clients de iTunes, la plate-forme de vente numérique de la firme créée par Steve Jobs , comme le raconte Stéphane Davet dans Le Monde. Les onze chansons seront disponibles jusqu’au 13 octobre, date de la sortie physique du disque, dont une édition « Deluxe » contiendra quatre inédits. Quelque mois après l’album de Jay-Z, Magna Carta Holy Grail, offert à 1 million d’utilisateurs du téléphone Samsung Galaxy, puis la sortie inopinée de celui de son épouse, Beyoncé, le 13 décembre 2013, sur iTunes, la publication surprise du nouveau U2 confirme le goût des stars de la musique pour les lancements numériques préparés dans le secret.” ”Le coup ne vient pas de nulle part , rappelle Laurent Rigoulet dans Télérama. U2 et Apple avaient déjà commercialisé ensemble un iPod aux couleurs du groupe. Bono, le chanteur-bonimenteur de U2 s’est toujours targué d’être à l’avant-garde du commerce artistique, récitant son Warhol à la perfection. Mais Bono n’est pas Bowie – un artiste en la matière ! Et son nouveau coup, où le groupe sert de faire-valoir à l’iPhone 6, surligne une fois de plus la voracité anxieuse d’une industrie musicale aux abois et d’un groupe sans ressort. U2 vend de moins en moins de disques et peine à retrouver son élan. Le deal avec Apple devrait lui rapporter 100 millions de dollars et lancer sa prochaine tournée. […] Et dire , se désole Télérama , que le nouveau U2 rend hommage aux défunts Ramones, les punks new-yorkais à la ligne 100% rock’n’roll !” “Que cache l’initiative de ces deux mastodontes du rock et de la technologie ? , s’interroge pour sa part Emmanuel Marolle dans Le Parisien. D’un côté, U2 cultive sa cool attitude auprès d’un public Web toujours friand de gratuité. Pour un peu, les Irlandais passeraient pour des philanthropes. L’investissement est calculé pour Apple, qui compte attirer ainsi de nouveaux clients, même gratuitement dans un premier temps, alors que le téléchargement payant connaît un petit coup de mou. « iTunes a été longtemps en situation de monopole sur la musique numérique, analyse un professionnel du disque. Mais, depuis quelques mois, la plate-forme souffre de la concurrence des sites de streaming qui permettent d’écouter toute la musique que l’on veut moyennant un abonnement mensuel. Et Apple est à la traîne sur ce nouveau mode de consommation de la musique en pleine expansion. » Pas de pression, en revanche, pour U2 , estime Le Parisien. Le risque de se priver de ventes est limité pour un groupe qui désormais gagne énormément d’argent sur ses gigantesques tournées de stades. La dernière qui s’est terminée en juillet 2011, a rapporté 736 millions de dollars pour 7,6 millions de spectateurs, et reste la plus lucrative de l’histoire.” “L’apparition surprise mais forcée du nouvel album de U2 dans la bibliothèque iTunes d’un demi-milliard d’utilisateurs, la semaine dernière, n’a pas fait que des heureux , rappellent toutefois Les Inrockuptibles : ceux qui n’aiment pas le groupe, ou plus généralement ceux qui ne désirent pas se voir imposer de la sorte la présence d’un album-spam dans leur précieuse library, ont été nombreux à hurler leur ire, notamment sur les réseaux sociaux, ou dans cet article très acide du Guardian nommé « 10 choses à faire avec un album non désiré de U2. » […] La grogne a été telle qu’Apple, [lundi], s’est finalement senti obligé d’offrir à tous le moyen d’effacer pour de bon Songs of Innocence de leur bibliothèque [en mettant en ligne un site dédié]. Il suffit de s’y connecter avec ses identifiants Apple et Songs of Innocence disparaîtra de votre vue.” Et rassurez-vous, l’opération est gratuite, elle aussi…

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