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Poutine, homophobe et icône gay

5 min

“Une poitrine pulpeuse siliconée, des dessous féminins affriolants et un ventre plat pour Dmitri Medvedev. Une nuisette en polyester et des bourrelets pour Vladimir Poutine. Dans ce tableau , juge en experte notre consœur en Dispute Yasmine Youssi dans Télérama, le Russe Konstantin Altunin – qui est à la peinture ce que Zahia est à la haute couture – semble hésiter entre l’expressionisme allemand de Beckmann et la période rose de Picasso . Les autorités russes n’ont pas été sensibles à son talent. La toile, présentée au musée du Pouvoir de Saint-Pétersbourg, a été censurée, et l’institution, fermée. Non parce qu’il s’agit d’une innommable croûtasse, mais parce que ce portrait de couple tomberait sous le coup d’une loi interdisant toute « propagande » homosexuelle auprès de mineurs. Selon un sondage cité par Le Monde, ce texte controversé est approuvé par 88% de la population. C’est dire le climat d’homophobie qui règne en Russie, où l’on ne compte plus les crimes commis contre de jeunes gays. […] Vladimir P. devrait faire attention, prévient Télérama . Il pourrait être arrêté pour avoir posé torse nu sur un cheval : une image dont l’esthétique reprend tous les codes de l’iconographie gay. Quant à Altunin, il profitera de son exil parisien pour méditer sur les chefs-d’œuvre du nu masculin présentés à Orsay dès le 24 septembre.”

Une brève de Libération nous apprenait le même jour que “Tatiana Titova, la directrice du musée privé ayant accroché [cette] toile peignant les gangsters d’Etat Poutine et Medvedev travestis en soutien-gorge et jarretelles, a été appréhendée [la veille] à 2 heures du matin dans sa galerie, puis relâchée quatre heures plus tard, sans la moindre explication. Averti par la directrice, le fondateur du musée, Alexandre Donskoï, a relayé l’info par tweet. L’alerte a immédiatement fait le tour de la Toile et suscité l’indignation dans les milieux culturels.” Et que le même jour, toujours selon Libération , “la police de Saint-Pétersbourg a saisi une toile représentant Vladimir Poutine et Barack Obama nus en érection. Le « musée de l’érotisme » qui exposait la chose à la veille du sommet du G20 a été fermé, sans préjuger des suites.”

Cette homophobie officielle en Russie atteint aussi le cinéma, comme le raconte Marianne : un futur biopic consacré à Tchaïkovski, qui notoirement préférait les garçons, fait maintenant du compositeur « quelqu’un qui ne s’est jamais marié, mais a beaucoup souffert des “rumeurs” qui le disaient homosexuel » . Dès lors, c’est le sort de nombreuses manifestations artistiques qui se pose. “Où ira Manifesta 10 en juin 2014 ? , se demande ainsi le Service Culture de Libération . La presque célèbre biennale d’art contemporain européenne, dont la particularité est d’être itinérante, de changer de dates annuellement, et de choisir des lieux un peu inattendus mais historiquement hybrides (par exemple le Trentin-Haut-Adige en 2008, dans le sud Tyrol, ou les mines de Genk, en Belgique, en 2012), est programmée pour sa prochaine édition à Saint-Pétersbourg, en Russie, au musée de l’Ermitage, un lieu pas franchement hors norme, et dans un pays pas officiellement modernité- friendly. A l’annonce du choix de la ville russe par Hedwig Fijen, la directrice de Manifesta (la France avait été un temps pressentie pour 2014), une pétition a été lancée en ligne début août sur Change.org, par le curateur irlandais Noel Kelly. Il y indique qu’étant donné l’homophobie officielle du Kremlin (les touristes suspectés d’homosexualité pouvant être arrêtés et détenus deux semaines), Manifesta lancerait un signe positif à la communauté LGBT en boycottant la Russie. Plus avant, si l’on se rappelle que toute « propagande homosexuelle » (on imagine volontiers le nombre d’œuvres d’art possiblement concernées par cette loi vague) tombe sous le coup d’une censure pour pornographie, on est fondé à craindre pour la liberté de l’exposition.

La réponse de Manifesta, sur son site, le 30 août, fait le pari de l’ouverture : tout en admettant les manquements de la Russie aux droits de l’homme (surtout s’il est gay ou lesbienne), le conseil d’administration de l’événement a réaffirmé la nécessité de continuer son travail de « dialogue, débat et éducation », en mettant en avant sa mission documentaire : « Manifesta est une entité artistique adaptative et discursive créée en réponse aux nouvelles réalités sociales, culturelles et politiques qui ont émergé après la fin de la guerre froide. Manifesta 10 examinera ces vingt-cinq années de changement et de vécus en ce qu’elles ont transformé l’ordre du nouveau monde globalisé. » Et de citer pour sa défense le groupe LGBT pétersbourgeois Coming Out, qui remercie Manifesta de fournir une ouverture au sein de l’étau. Le groupe préconise en revanche le boycott des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, qui n’est pourtant pas d’actualité, ni pour les Etats-Unis, ni pour le Royaume-Uni.

A la question de savoir si Manifesta, sous le commissariat de Kasper König, ex-directeur du Museum Ludwig de Cologne, saura résister aux pressions ambiantes, il faut savoir que malgré son affirmation d’indépendance, la manifestation reste soutenue, financièrement et pour sa logistique, en partie par la ville et la région où elle s’installe. Quant au thème choisi pour 2014, « Repenser l’histoire d’un point de vue transversal et non linéaire plutôt que celui de l’histoire de l’art » en s’appuyant sur la collection de l’ Encyclopédie de Diderot et d’Alembert déposée par Catherine II au musée, il se présente a priori pépère : « Le moment-clé de Manifesta sera pour nous, ajoute le directeur du musée , le thème de l’Ermitage dans le contexte d’aujourd’hui.” »

C’est certes moins excitant que Poutine en nuisette…

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