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Présenter la réalité du monde, mais sans abattre le public

5 min

“Accusé d’intellectualisme, le théâtre public ne fait pas vraiment bon ménage avec l’humour , constatent Igor Hansen-Love et Laurence Liban dans L’Express. « Une enquête sur le théâtre public et le rire ? Quelle bonne idée ! » Dans le milieu, chacun a son avis sur la question. Mais le plus amusant est que, par crainte de ne « pas faire sérieux » ou d’indisposer le Prince, quelques-uns ont pris leur téléphone pour rectifier leurs propos , dévoilent les journalistes. Le rire, dont Rabelais disait qu’il était le propre de l’homme, serait-il à ce point dangereux ? Apparemment oui, puisque, en dépit de salles pleines et de kilos d’articles enthousiastes, Les Chiens de Navarre, après dix ans d’activité, en sont encore au stade de la survie. L’obtention récente de leur première subvention – 15 000 euros – octroyée par la Drac d’Île-de-France représente un espoir. Mais il n’est pas certain que leur manière de montrer la cruauté du monde en passant par l’idiotie, la nudité et le burlesque leur ouvre le porte-monnaie national. La Compagnie du Zerep, de Sophie Perez et Xavier Boussiron, n’a-t-elle pas dû aller se faire subventionner ailleurs, par les arts plastiques, au motif que son travail s’apparentait plus à des performances qu’à du théâtre pur et dur ? « Notre premier rendez-vous avec la Drac a été épique, raconte Sophie Perez. Ils voulaient des textes alors que nous étions dans le détournement. En général, l’institution préfère financer les premiers de la classe. Pas les cancres comme nous. » La raison de cette grisaille mentale, il faut , assure L’Express, la chercher dans les fondements du théâtre public. Celui-ci, dixit Olivier Py, « s’est construit contre le divertissement, jugé trop bourgeois. Ce faisant, il s’est dessaisi de la comédie. Et nous avons oublié la part de Molière en nous. » Hormis de réjouissantes parenthèses avec Labiche et Feydeau, justifiées par leur poids de critique sociale, l’esprit de sérieux (et son alter ego, l’ennui) a pris le dessus parce que la gravité, en France, est gage d’intelligence et marque de pouvoir. […] « Pour les tutelles, le rire, c’est comme la tolérance, lâche le metteur en scène et comédien Michel Fau. Il y a des maisons pour ça, et elles sont dans le privé. » Vu sous cet angle, on comprend que les aides financières soient difficiles à trouver. Mais « les soupçons d’“embarras institutionnel” sont flous, lance l’acteur et metteur en scène Dag Jeanneret. On se demande seulement pourquoi les subventions n’arrivent pas, pourquoi les tournées d’une pièce à succès ne sont pas plus nombreuses. » […] Il y a encore du chemin à faire , concluent les enquêteurs de L’Express. Dans notre époque morose, le théâtre politique et polémique ne doit plus se contenter de constater le désastre ou de s’y complaire. La moindre des politesses est de présenter la réalité du monde, certes, mais sans abattre le public, déjà suffisamment déprimé. Pour cela, le rire a toute sa place. Il soigne, il dope, il fustige, il libère, il éclaire. « Qui prête à rire n’est jamais remboursé », disait Raymond Devos. Il est grand temps qu’il le soit.”

Un qui ne trouve plus à rire, ou à faire rire, c’est Bernard-Henri Lévy. Sa pièce Hôtel Europe , a révélé en premier le site des Inrockuptibles , “ne passera pas l’hiver. Nicolas Sarkozy, François Hollande et Manuel Valls s’étaient pressés pour assister à sa représentation mais cela n’a pas suffi. Bernard-Henri Lévy avait multiplié les apparitions télévisées mais ce battage médiatique n’a pas permis de remplir le Théâtre de l’Atelier et ses 563 places. Contacté par Les Inrocks, le Théâtre [les] informe que la représentation de la pièce s’arrêtera brutalement le 16 novembre, au lieu du 3 janvier, comme c’était initialement prévu. « La pièce s’arrêtera plus tôt que prévu, confie-t-on à l’accueil du théâtre. Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est très calme au niveau des réservations. » La pièce racontait, avec le lyrisme et la modestie que l’on connaît au philosophe et écrivain, l’histoire d’un homme qu’on devine être BHL, enfermé dans une chambre de l’Hôtel Europe, à Sarajevo. Son sort est digne de Jack Bauer dans 24h chrono. Il a très précisément deux heures pour rédiger un discours solennel sur l’Europe et son futur. « Mais au moment de prendre la plume, il se perd et se retrouve aux prises avec les contradictions de sa mémoire et de ce continent à la dérive », précise le Théâtre de l’Atelier dans son synopsis. Au moment de la première de la pièce, Jacques Weber avait confié au Figaro qu’il « avait perdu 30 kilos » pour interpréter ce rôle. Ce régime de spartiate n’aura donc servi à rien , persiflent Les Inrocks. BHL ne fait plus recette.” Eh bien pas du tout, s’insurge le site du Figaro , qui dénonce “une rumeur qui circule sur le Web depuis mardi” et note que “cette nouvelle a été tout de suite démentie par le Théâtre de l’Atelier, qui certifie dans un communiqué que la pièce ne « s’arrête pas brutalement », mais continue jusqu’au 16 novembre, après 60 représentations. Pourtant, s’indigne lefigaro.fr , le phénomène de mimétisme et de reprise d’informations a fait que, partie d’une simple rumeur, l’information erronée fait actuellement beaucoup de bruit pour rien dans la presse et sur les réseaux sociaux. Le Théâtre de l’Atelier et sa directrice, Laura Pels, déclarent être honorés par le choix de présenter le spectacle de BHL, lequel aborde des questions politiques essentielles. Ils remercient l’intellectuel et écrivain français, ainsi que son acteur Jacques Weber, de « défendre Hôtel Europe avec panache et enthousiasme en dépit des attaques d’une rare virulence dont la pièce fait l’objet ». Liliane Lazar, écrivain et fidèle amie du philosophe s’exprime sur le site de ce dernier mercredi : « Bien sûr que la pièce de Bernard-Henri Lévy continue ! Je suis horrifiée par cette tentative d’assassiner la pièce de mon ami […]. Je suis horrifiée par cette manœuvre qui n’a, à l’évidence, qu’un but : vider les salles, décourager les spectateurs ».” Dommage, pour une fois qu’on pouvait s’ennuyer aussi dans le privé…

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