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Prétendantes et démissionnaires

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“Suivant les recommandations d’une étude accablante rédigée par [la cheffe d’orchestre] Laurence Equilbey, écrit Paule Meunière dans Diapason , Mme Filippetti a fait de la féminisation de son champ de compétence une priorité : « Je propose que les établissements culturels s’engagent sur des initiatives qui permettront de donner une place plus équitable aux femmes, dans la programmation comme dans la répartition des moyens de production », déclarait-elle il y a quelques semaines lors de ses vœux à la presse. Du coup, la ministre aurait semble-t-il piqué une grosse colère en découvrant, avant qu’elle soit publiée, la prochaine saison de l’Opéra de Paris, tel qu’en témoigne une note interne que [le mensuel s’est ] procurée : « Qu’aucune cheffe d’orchestre ni metteure en scène ne soit invitée par un théâtre national constitue une atteinte au principe élémentaire d’égalité des sexes à laquelle il convient de remédier », lit-on dans ce document.

In extremis, Nicolas Joel a pu rectifier le tir après la défection d’une baguette mâle prévue pour L’Affaire Makropoulos, aussitôt remplacé par Susanna Mälkki. Mais l’actuel patron de la Grande Boutique, comme son successeur désigné Stéphane Lissner, est prié de ne pas en rester là : des contacts ont déjà été pris afin de féminiser les prochaines saisons. Selon des sources non officielles, Claire Gibault serait pressentie pour diriger une Femme sans ombre sertie par Irina Brook le pupitre pourrait être confié à Nathalie Stutzmann pour Le Viol de Lucrèce, dont elle interprétait aussi le rôle-titre dans un spectacle signé Mireille Delunsch quant à Emmanuelle Haïm, après de rudes négociations avec les représentants de l’orchestre, elle devrait faire son retour dans la fosse de Garnier pour une nouvelle production de La Fiancée vendue réglée par Julie Depardieu.

Au-delà, la ministre ne cache pas son désir d’instaurer davantage de parité dans la répartition des postes à responsabilité : « Il est urgent qu’une directeure soit nommée à la tête d’une des grandes institutions musicales », précise la note sus citée. En haut lieu, il se murmure que Laurence Equilbey pourrait se voir confier les rênes d’un des orchestres de Radio France, voire prendre la suite de Laurent Bayle à la tête de la Philharmonie de Paris avant son ouverture, ce qui constituerait à n’en point douter un symbole fort pour le sexe dit faible.

Tous les regards se tournent aussi vers l’Opéra-Comique, où il faudra bientôt trouver un successeur – ou, plus probablement, une successeure – à Jérôme Deschamps. A l’heure où [Diapason mettait] sous presse, les noms de Corinne Benizio ( alias Shirley dans le célèbre duo Shirley et Dino) et de l’actrice et cinéaste Agnès Jaoui étaient ceux qui circulaient avec le plus d’insistance – le comédien et metteur en scène Didier Sandre, un temps donné favori, a donc désormais peu de chance d’être repêché. Ne reste plus qu’à étendre ces belles intentions à tous les domaines : n’est-ce pas messieurs de la critique musicale ?” , interroge pour conclure Paule Meunière, dont il faut préciser que son prénom se termine par un « e ». Message transmis à monsieur le directeur de la rédaction de son mensuel.

Qu’elles sachent cependant, toutes ces prétendantes à la direction d’institutions lyriques, que l’exercice n’est pas de tout repos, particulièrement à cause des chanteurs. “Les jeunes chanteurs d’opéra ont trop tendance à se retirer des productions en raison de « faiblesse » physique ou de tempérament, selon Antonio Pappano, le chef d’orchestre et directeur musical internationalement reconnu du Royal Opera House de Covent Garden , écrit Maev Kennedy dans un article du Guardian aimablement signalé à notre attention par Vincent Huguet. « Ça arrive de plus en plus, se plaint Pappano. Il y a quelque chose avec cette génération de chanteurs, ils sont plus faibles physiquement ou ils s’en fichent. Je ne sais pas ce que c’est, mais c’est quelque chose qui est très, très frustrant pour moi, personnellement. » Pour Pappano, il faudrait que le ténor espagnol Placido Domingo « soit sur son lit de mort » avant d’annuler. Bien qu’il ait pris garde de ne pas citer de nom, Pappano répondait à des questions – lors de l’annonce du programme des nouvelles saisons du ballet et de l’opéra de Covent Garden – à propos de la production à gros casting de l’opéra l’an dernier, Robert le diable. Après une série de substitutions, dont le ténor Juan Diego Florez pour qui la production avait été conçue à l’origine, la soprano, Jennifer Rowley, était retirée à quelques jours de la première. Pappano a expliqué que la rare recréation de l’opéra de Meyerbeer avait été retardée d’un an pour que la star péruvienne Juan Diego Florez puisse chanter le rôle – mais celui-ci finit par dire à Pappano que ce n’était pas bon pour sa voix de l’étendre à un répertoire « plus lourd ». Pappano distribue alors l’américain Bryan Hymel – qui fila de Covent Garden faire ses débuts au Met à New York à deux jours de la représentation quand leur propre star se retira – et la soprano allemande Diana Damrau. Celle-ci tomba enceinte, et la suivante fut la soprano américaine Jennifer Rowley. Une semaine avant la première, on la retire de l’affiche : Pappano dit qu’il l’avait personnellement auditionnée et estimait qu’elle était juste pour le rôle, mais au fur et à mesure des répétitions, ils convinrent qu’elle n’y arriverait pas. « Ce n’était pas assez bon », dit-il. « Pas assez bon pour Covent Garden. » Le rôle fut finalement chanté par Patrizia Ciofi. Pappano insiste que l’opéra mouvementé, tel que finalement présenté, était de bonne qualité. « Le show business, c’est ce qu’on montre sur scène, pas ce qui s’est passé avant. » […] Le critique musical et blogueur Norman Lebrecht désapprouve avec véhémence. « Je suis surpris de ce qu’il raconte, dit-il. Je n’ai jamais vu des jeunes chanteurs aussi travailleurs que ceux-ci. S’ils annulent, c’est dû à de vraies maladies ou à un stress physique sans précédent imposé par des metteurs en scène contorsionnistes. Les artistes qui annulent par caprice ont tendance à être les grands noms, dont quelques chefs d’orchestre – Pappano honorablement excepté. » Côté recettes , précise The Guardian , Covent Garden fait un carton, toutes les performances du Royal Opera and Ballet, ou presque, affichant complet.” Ce qui est la seule loi qui compte pour le « show business » , comme dirait Antonio Pappano…

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