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Prix des tickets et âge des artères

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« Le rock a toujours été pour le peuple, et ça veut dire pour tous. » Ce crédo est signé “Bon Jovi, chanteur de rock FM américain, vantant sa ligne de prix réduit (de 18 à 39 euros) pour les billets de sa tournée « Because We Can » en cours en Espagne, avec concert gratuit à Madrid le 27 juin , nous apprend une brève de Libération . Avis aux amateurs.” “A l’heure où le prix des tickets de concert vire au délire (249 euros pour Elton John en décembre à l’Olympia) , relevait François-Xavier Gomez il y a 9 jours toujours dans Libération , on ne peut que louer les organisateurs français des concerts de Sixto Rodriguez, le tourneur lyonnais Loud Booking et l’agence Roy Music, pour leur modération : 25 euros à la Cigale, 35 au Zénith. Revers de la médaille : les billets pour les trois shows parisiens (les 3 et 4 juin au Zénith, le lendemain à la Cigale) se sont arrachés sitôt mis en vente, et la quête d’un sésame a tourné à l’obsession pour des milliers de fans.”

Milliers de fans qui, à en croire Gilles Dhers, le journaliste de Libération qui est allé au concert de Sugar Man, “n’ont eu à se coller sur les rétines que le spectacle d’une tristesse insondable d’un homme usé, condamné, malgré les ravages de l’âge, malgré la quasi-cécité, à un cabotinage dérisoire. Sixto Rodriguez sur scène, c’est un registre vocal qui se balade entre celui d’une Zaza Napoli enrouée et celui d’un Edouard Balladur énervé. […] Au bout du compte, même pas le sentiment d’une arnaque. Juste celui que ce type-là mérite plein de choses, notamment de récupérer les royalties dont il a été spolié pendant des années, mais pas cette exhibition du genre pathétique.”

Pour revenir à la question du prix des places de concert, Thomas Sotinel y a consacré un long article dans le cahier Economie du Monde. “Dans la région de Los Angeles , note-t-il, 20 000 consommateurs ont payé 600 dollars (464 euros) chacun pour voir et entendre quatre musiciens septuagénaires ou presque qui n’ont pas produit de nouvelle musique depuis des décennies. La tournée « 50 & Counting » des Rolling Stones qui se terminera les 6 et 13 juillet à Londres, sous les frondaisons de Hyde Park, a porté à des hauteurs sans précédent le prix d’une place de concert. […] On serait à bon droit tenté d’établir une corrélation entre la valeur d’une place de concert et le nombre des années qu’atteignent les musiciens. Une tentation encore accrue par le tableau du classement des recettes de concerts que publie l’hebdomadaire professionnel Billboard. En tête, et de très loin, les Stones, un groupe qui célèbre donc son demi-siècle d’existence, Bruce Springsteen, né en 1949, d’à peine dix ans leur cadet, Paul McCartney, qui se contente de demander 250 dollars pour les meilleurs places de ses concerts américains, Black Sabbath, groupe qui connut son premier succès en 1969.

Il faut descendre assez bas dans le classement pour trouver une artiste que les lois sociales françaises ne condamneraient pas à la retraite. Rihanna remplit d’immenses arènes, sans que le prix d’une place excède la somme de 150 dollars, les moins chères se payant environ 30 dollars, des prix plus en rapport avec les revenus d’un public plus jeune, urbain – pour utiliser l’euphémisme en usage aux Etats-Unis qui désigne les minorités.

La tournée des Rolling Stones avait commencé par quatre concerts, à Londres et à Newark, dans le New Jersey, en décembre 2012. C’est à ce moment que les prix faramineux ont fait leur apparition. A l’époque, Mick Jagger, chanteur et gestionnaire du groupe, les avait ainsi justifiés : « C’est un spectacle très coûteux à monter, surtout pour ne donner que quatre concerts. On a les mêmes dépenses que lorsqu’on en donne cent. »

La tournée de l’été 2013 n’avait pas encore été annoncée et les fans des Stones n’ont pas voulu rater l’occasion de célébrer les 50 ans du groupe par des concerts qui auraient pu être les derniers. Cette illusion de rareté a garanti que les deux arènes choisies, l’O2 de Londres et le Prudential Center de Newark ont été remplies bien avant le soir des concerts, et a provoqué une flambée des prix sur le marché noir. On a signalé sur le Net une proposition de billet à 600 000 dollars.

Vieille comme le spectacle vivant, la revente de billets a longtemps été une activité artisanale. La vente en ligne en a fait une industrie aux Etats-Unis, plusieurs sociétés comme Ticketliquidator ont pignon sur la Toile. On trouve sur ce site des places à 14 000 dollars pour le concert des Stones à Philadelphie, le 18 juin, tandis qu’il « suffit » de 1 394 dollars pour être devant la scène, à Minneapolis, le soir du concert des Eagles (plus jeunes que les Stones) en septembre. Les revendeurs (les scalpers, en argot du show-biz américain) ont mis au point des applications capables d’acheter les billets par centaines dès leur mise en vente afin de les revendre au plus offrant. […] Les sites officiels de vente en ligne ont multiplié les mesures de sécurité pour désarmer les logiciels des revendeurs. Impossible d’acheter un ticket sans avoir franchi au moins un « captcha » (test d’identification). Bruce Springsteen, lui, vend une partie des places de ses concerts sous la forme de billets dématérialisés et nominatifs, impossibles à transférer. […]

En matière de spectacle , conclut Thomas Sotinel dans Le Monde , la loi de la valeur obéit à des variables moins faciles à mesurer que la rareté. Même l’âge de l’artiste n’est pas un indicateur certain. Sur la Toile, on trouve encore le tarif du concert que devaient donner Robbie Krieger et Ray Manzarek, musiciens des Doors. Les places sont à moins de 40 dollars. De toute façon, Manzarek n’en profitera pas, il est mort, le 20 mai, à 74 ans, presque cinquante ans après avoir commencé sa carrière de musicien.”

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