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Prix littéraires : des lauréats unanimement salués, ou presque...

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Prix Goncourt : Pas pleurer , de Lydie Salvayre (Seuil)

“On l’espérait, on ne l’attendait pas , se réjouit Alain Nicolas dans L’Humanité. La raison raisonnable inclinait à faire peu de cas des chances de Lydie Salvayre pour ce Goncourt 2014. […] Parce que les choix antérieurs du jury pouvaient faire craindre qu’il ne cherche un roman très vendeur. Les pronostiqueurs en ont été pour leurs frais, et le prix phare de la rentrée est allé au meilleur livre de sa sélection, Pas pleurer, de Lydie Salvayre. Son plus grand livre et un grand Goncourt. Un choix logique, qui aurait pu, qui aurait dû, venir plus tôt, [tant] Lydie Salvayre, au fil des années, a construit une œuvre considérable.” La presse dans son ensemble salue ce Goncourt inattendu, relatant les longues discussions qui ont finalement évincé les favoris, David Foenkinos et Kamel Daoud. « Nous avons d’abord couronné un roman d’une grande qualité littéraire, déclare au Point Bernard Pivot, un livre à l’écriture très originale, même si je regrette qu’il y ait parfois trop d’espagnol » . Comme le rappelait Thierry Gandillot dans sa critique des Echos , paru opportunément deux jours avant l’annonce du prix, “père andalou, mère catalane, Lydie Salvayre est fille de républicains espagnols. Pas pleurer est l’histoire de sa mère, Montse, qui avait quinze ans en 1936. […] En contre-point du récit de Montse, Lydie Salvayre fait entendre la voix de Georges Bernanos, l’auteur des Grands Cimetières sous la lune, ce pamphlet antifranquiste, inattendu, et ravageur pour l’Eglise catholique.” Et précisément, pour Sébastien Lapaque dans Le Figaro , “dans Pas pleurer, le mérite de la romancière est de faire converger deux fidélités et deux mémoires héritées de la guerre d’Espagne, celles de ceux qui croyaient au Ciel et celles de ceux qui n’y croyaient pas. Au passage, elle pose des questions dérangeantes sur le silence des démocraties bourgeoises et sur le rôle équivoque des staliniens dans les lignes arrières du camp républicain. Un Goncourt poignant et inattendu.” L’Express salue la “profondeur historique que l’auteur donne à son livre, un livre fort utile pour relire ces pages sombres et méconnues de l’histoire récente.” Parmi les plus enthousiastes, il y a vous, Emily Barnett, qui louez dans Les Inrockuptibles “une réflexion sensible sur les révolutions de l’histoire mêlées à nos origines” , “une fresque familiale épique et brûlante.” Valérie Marin La Meslée, du Point , raconte comment elle a “tremblé d’émotion en refermant ce livre, acte d’amour filial, digne et beau, Pas pleurer, dont seul le titre [la] chiffonne.” Elle aime “ce « fragnol », mélange de français et d’espagnol d’une saveur extrême” , et “la joyeuse ironie de Salvayre, sa distance saine [qui] donnent le ton qu’il fallait à cette fresque enlevée.” Sous un titre dans la grande tradition de Libération , « Un Goncourt Salvayre mais juste ? » , Philippe Lançon émet les seuls bémols de ce concert de louanges. Il trouve Pas pleurer “moyen, attachant, d’une fermeté didactique et sans humour. […] De livre en livre, Lydie Salvayre a développé une colère sonore, stylistiquement surjouée, à la fois raide et enivrée par l’excès de fioritures. Pas pleurer est le livre et l’hommage d’une pasionaria. […] Si le Goncourt de Lydie Salvayre a un mérite , estime-t-il en coup de pied de l’âne, c’est de faire lire [Georges Bernanos,] cet écrivain qui ne l’obtint jamais.” Et aussi, comme le note Pierre Vavasseur dans Le Parisien, de mettre fin à vingt-cinq ans de déception pour les Editions du Seuil. “Il faut en effet remonter à L’Exposition coloniale d’Erik Orsenna, en 1988, pour trouver la maison lauréate du Goncourt.”

Prix Médicis : Terminus radieux , d'Antoine Volodine (Seuil)

“L’auteur de Terminus Radieux serait-il enfin pris au sérieux ? , se demande L’Obs. C’est incontestablement une bonne nouvelle pour tous ceux qui, depuis des années, admirent la puissance hypnotique de son écriture, l’humour ravagé qui la traverse, et la façon dont il raconte ce vaste chaos post-nucléaire que finira, un beau matin, par devenir le monde.” Car oui, “la réjouissante actualité estivale l’a-t-elle assez montré ? Le monde postsoviétique est en marche, et il ressemble à un roman d’Antoine Volodine. C’est Volodine le visionnaire” , écrit Grégoire Leménager, qui salue le “puissant western futuriste” d’un “des meilleurs scénographes de notre littérature.” Qu’y a-t-il dans ce Terminus radieux ? “Un train fou sur fond de steppe, des sovkhozes et des kolkhozes perdus dans la taïga, une grand-mère atomique, un sorcier délirant, des corbeaux et rossignols échappés d’un conte russe… Bienvenue camarade ! , s’exclame Jean-Didier Wagneur dans Libération, tu es bien dans un roman de Volodine. […] On lit Volodine comme une lecture d’enfance, comme du Stevenson ou du Curwood et on passe immédiatement de l’autre côté de nombreux miroirs : l’exotisme littéraire, le réalisme romanesque ou l’ « universel reportage ». Meurent ici d’inanition les conventions littéraires, noms et pronoms, scénographies auctoriales, principe de non-contradiction et nombre de dogmes du même acabit. Le lecteur est emporté ailleurs, dans un espace paramnésique où il n’y a plus l’épaisseur d’une feuille de papier entre Volodine et ses personnages, ni entre son monde et le nôtre.” “Un enchanteur, à sa façon, héroïque et sombre” , pour Nathalie Crom dans Télérama. “Du grand art” , renchérit Nils C. Ahl dans Le Monde. “Comme irradié, ce roman mêle paysages et personnages, sujets et objets dans un même récit apparemment classique, où les frontières de la logique et de la perception sont peu à peu abandonnées. […] L’immense talent d’écrivain d’Antoine Volodine est d’en faire un chemin romanesque aux pierres plates, jointes au millimètre, rectiligne et presque facile. Le grand art donne toujours une impression de facilité et de sobriété.”

Prix Femina : Bain de lune , de Yanick Lahens (Sabine Wespieser)

“N’en déplaise aux esprits confinés de Saint-Germain-des-Prés et à ceux qu’effraierait le métissage littéraire, les jurées du Femina , se réjouit Sabine Audrerie dans La Croix, confirment leur intérêt pour une francophonie venue d’horizons lointains en couronnant cette année, après la Camerounaise Leona Miano en 2013, la romancière haïtienne Yanick Lahens […]. Et, à nouveau, n’est pas récompensée une littérature conformiste mais bien un flamboyant « grand roman de la terre haïtienne », fruit de plusieurs années de travail, inspiré à l’auteur par l’histoire chaotique de son pays, baignée de multiples spiritualités et meurtrie par les combats politiques. […] Un ample roman familial que l’on aurait pu qualifier de « gothique » sous d’autres cieux.” “ Bain de lune, un joli nom pour un livre épique, qui raconte une saga familiale tourmentée sur fond de tumultes politiques , salue Philippe Chevilley dans Les Echos. Tout y est, le fond, puissant, et la forme, poétique.” “Beau et poétique” , estime de même L’Express, que ce roman “qui nous fait comprendre, mieux qu’une foule de traités, l’incroyable ressort du peuple haïtien face aux colères de la nature et à la folie des hommes.” “C’est avec beaucoup de talent, de délicatesse et d’ambition que Yanick Lahens est parvenue à incarner par les mots le destin d’un peuple, vu de sa humble fenêtre : un endroit perdu du fond de l’île, une poignée de villages tenus à l’écart du mouvement du monde, ne recevant que les ondes de choc de sa violence” , écrit dans La Vie Marie Chaudey, qui aime cette “langue poétique somptueuse, matinée des couleurs du créole et portée par les élans mystérieux de la culture vaudoue. Aux bonnes volontés qui s’interrogent depuis des décennies sur la difficulté à sortir Haïti de sa lourde misère, la romancière donne plus de clefs que n’importe quel traité de développement. Car elle éclaire l’âme des hommes qui y habitent.” “Mais la victoire de Lahens signifie autre chose encore , note L’Obs : avec elle, ce sont aussi les Editions Sabine Wespieser qui se trouvent récompensées. Là où les grands prix littéraires s’obstinent généralement à couronner toujours les mêmes maisons, le détail a son importance.”

Prix Renaudot : Charlotte , de David Foenkinos (Gallimard)

Foenkinos, donné favori du Goncourt avec Kamel Daoud, n’a eu « que » le Renaudot. Déçu, Le Parisien lui donnait hier la vedette. “Pourquoi lui donner la primeur sur le sacro-saint Goncourt ? , écrit Pierre Vavasseur. Parce que cet écrivain à succès, propulsé du jour au lendemain best-seller en 2009 avec La Délicatesse, vient d’enfoncer la porte d’un château fort. Être populaire et adoubé par un grand prix n’arrive pas tous les jours. Dans les salons huppés de Saint-Germain-des-Prés, ils doivent être quelques-uns à manger leur rond de serviette.” Jérôme Béglé, directeur adjoint de la rédaction du Point , et ami du lauréat, le félicite : “Tu es au-dessus du lot de ta génération, n’en déplaise aux pisse-froid et pisse-copie qui croient détenir la vérité.” Sont ainsi sans doute visés Raphaëlle Leyris, qui, sans mettre en doute la sincérité de Foenkinos dans son évocation de l’artiste Charlotte Salomon, assassinée à Auschwitz en 1943, déplore dans Le Monde sa “sobriété grandiloquente à force de démonstrativité”, qui “ne parvient pas à lui faire éviter le kitsch” . Ou Elisabeth Philippe, qui y voit dans Les Inrocks une “fausse simplicité de l’écriture, mais [une] vraie naïveté” , et le symptôme “d’une maladie assez répandue : « le roman de la maturité ». […] On peut penser qu’en s’emparant d’un sujet aussi tragique que la Shoah, Foenkinos cherche à s’acheter un « brevet de profondeur », pour reprendre une expression de l’écrivain Yannick Haenel.” Et pourtant, le Renaudot 2014 ne manque pas de thuriféraires. “Très bel hommage” et “pari réussi” pour Le Figaro , « long poème scandé” pour Les Echos. ”Récit très maîtrisé” qui ”pulse comme un cœur qui bat. Belle audace” , pour La Vie. “Longue quête poétique” pour Le Journal du Dimanche , qui salue “l’épure du style, la concision des phrases, la sobriété du ton [qui] rendent supportables la lecture des atrocités commises et palpables les sentiments d’une toute jeune femme.” David Foenkinos a beau être, comme l’écrit Alexis Ferenczi dans le Huffington Post, “la tête de turc d’une partie de la critique” , il ne manque pas d’alliés…

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