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Prolonger la magie de l'éphémère

5 min

Pour les amateurs de ballets, les représentations ces deux dernières semaines à Paris d’Onéguine , le héros de Pouchkine mis en musique par Tchaïkovski et chorégraphié par John Cranko était the place to be . Dans le rôle de Tatiana, une étoile est partie, une autre est née. Le départ, c’était, le 28 février, celui d’Isabelle Ciaravola, à 42 ans, comme le veut la règle. Parmi les 2 000 spectateurs pour l’acclamer aux saluts, ce soir-là au Palais Garnier, Marie-Valentine Chaudon, qui a relevé pour La Croix la présence de “ses parents et l’un de ses premiers professeurs de danse, Patricia Portal, venus de Corse, Elisabeth Platel, sa « petite mère » à l’Opéra, des légendes de la danse comme Cyril Atanassoff et Michaël Denard, les chorégraphes qui ont aimé la faire danser, Pierre Lacotte, José Martinez… Et les admirateurs, dont les lettres et les présents – fleurs, bijoux, ours en peluche – se sont accumulés dans sa loge. Lorsque la ballerine réapparaît, les applaudissements redoublent, les « bravos » fusent. Des bouquets, jetés depuis la salle, atterrissent sur le plateau. Selon la tradition, une pluie d’étoiles et de paillettes jaillit des cintres. L’ovation dure trente minutes ! Les coulisses aussi se sont remplies. Des dernières recrues aux solistes les plus aguerris, comme Marie-Agnès Gillot et Aurélie Dupont, qui fera elle aussi ses adieux dans un an, la compagnie fait corps autour de son étoile sur le départ. Lorsque le rideau tombe enfin, selon un rituel bien établi, tous l’entourent pour lui offrir une ultime ovation et un cadeau d’adieu. Pour la romantique Isabelle, un buste du XIXe siècle. En avril 2009, à l’issue d’une représentation de ce même Onéguine du chorégraphe John Cranko, Isabelle Ciaravola était nommée étoile. « L’émotion que j’ai ressentie ce jour-là était intacte, confiait-elle, la veille de ses adieux. Devenir étoile était la quête de toute ma vie. » La ballerine a déjà 37 ans, de nombreuses années passées dans le corps de ballet et six avec le statut de première danseuse, lorsqu’elle atteint ce but. Il ne lui reste que cinq saisons dont l’une écourtée, en 2010, par une grave blessure à la cheville. « Mes années d’étoile ont passé très vite, reconnaît-elle. Mais cette chance, je l’ai goûtée à chaque instant. Grâce à la danse, j’ai incarné des femmes qui m’ont bouleversée : Marguerite dans La Dame aux camélias , Juliette, Manon… » [Le 28 février], sa propre destinée a fait vibrer d’émotion le Palais Garnier. La danse toujours s’incline devant la force du temps , écrit joliment la critique de La Croix. Le public, pourtant, donnerait tant pour prolonger la magie de l’éphémère.”

Heureusement pour le public chagriné, à peine une étoile partie qu’une autre arrive, et à toute vitesse. “Vite, tout va très vite, pour Amandine Albisson , écrit Rosita Boisseau dans Le Monde. Trois mois après avoir remporté le concours de première danseuse du Ballet de l’Opéra national de Paris, la voilà promue étoile de la compagnie. De quoi lui donner envie de se pincer pour vérifier qu’elle ne rêve pas. Rarement les interprètes gagnent leurs galons aussi rapidement. « Je vais mettre pas mal de temps à réaliser la chose », confie tout sourire cette jeune femme de 25 ans, directe et franche. Le lendemain de sa nomination, mercredi 5 mars, dans le rôle de Tatiana du ballet Onéguine[encore lui !] – un redoutable examen de passage exigeant maturité, tempérament d’actrice et outillage technique , selon la critique du Monde –, Amandine Albisson s’est réveillée en se demandant quel diadème lui était tombé sur la tête. Elle a regardé l’heure sur son téléphone portable et découvert tous les messages de félicitation. « J’ai compris que c’était vraiment arrivé, que ce n’était pas une blague ou un rêve », s’amuse-t-elle, en savourant encore cette matinée si extraordinaire. Le passage en revue de son parcours depuis son entrée dans le corps de ballet, à l’âge de 17 ans, se résume de façon cocasse. « J’ai mis quatre ans et passé quatre fois le concours pour devenir première danseuse et trois mois seulement pour accéder au rang d’étoile, s’exclame-t-elle, presque épatée par ce qu’elle dit. C’est incroyable, mais ça me donne finalement plus de responsabilité et me met plus de pression. » Mais rien qui ne semble bouleverser le calme de cette danseuse dont l’ascension artistique s’est effectuée sans anicroche ni obstacle. « J’ai eu de la chance aussi », insiste-t-elle. […] Dans la dream team féminine du Ballet de l’Opéra de Paris, Amandine Albisson cite Aurélie Dupont comme « modèle ». « Je l’ai vue sur scène pour la première fois il y a une dizaine d’années et j’ai immédiatement aimé sa qualité de danse et l’intelligence avec laquelle elle a construit ses rôles. » Depuis, avec Aurélie Dupont comme coach, elle a préparé de nombreux concours internes pour grimper dans la hiérarchie. « Sa façon naturelle d’aborder la danse m’aide beaucoup, ajoute-t-elle . Sers-toi de ton instinct, me répète-t-elle souvent. » Si elle ne compte que trois grands ballets classiques pour le moment à son actif, La Sylphide et La Belle au bois dormant, ainsi qu’ Onéguine, Amandine Albisson a le temps de se rattraper. Elle entend aussi continuer à interpréter des pièces contemporaines. En mai, elle sera dans la version de Daphnis et Chloé signée par Benjamin Millepied. Après la nomination d’Alice Renavand, en décembre 2013 , conclut Le Monde , Amandine Albisson devient la plus jeune étoile de la compagnie.” Ce qui lui laisse 17 ans avant le couperet fatal des 42 ans, de quoi, encore quelques années, « prolonger la magie de l’éphémère »…

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