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Provincialisme académique

5 min

Comment va Philip Roth, depuis qu’en octobre, il a annoncé qu’il arrêtait d’écrire ? Si vous vous posiez la question, Les Inrockuptibles ont la réponse, trouvée dans une interview récente de la chaîne américaine PBS. “L’écrivain ne regrette rien : « C’est génial. Le matin, je me lève, je bois un grand verre de jus d’orange et je lis pendant une heure et demie. » Il a aussi taclé le jury du prix Nobel, « un peu provincial », qui ne l’a jamais récompensé.”

Provincial, le jury du prix Nobel ? C’est sans doute aussi ce que se sont dit ceux qui ont ouvert les archives 1962 du comité Nobel (restées secrètes pendant cinquante ans). Elles ont révélé, nous apprend un entrefilet de Libération , que “John Steinbeck avait été bien chanceux de décrocher le prix Nobel de littérature cette année-là. Il y avait du beau monde dans la dernière short list : Lawrence Durrell, Karen Blixen, Jean Anouilh et quelques autres. Or, l’un des membres du comité notait : « Il n’y a aucun candidat évident pour le prix et le comité se retrouve dans une situation peu enviable. » Bref, Steinbeck s’est avéré le moins pire du lot. Blixen ? Elle a eu le mauvais goût de mourir quelques semaines avant la remise du prix. Durrell ? En 1961, son nom avait été rejeté parce que l’auteur laissait un « arrière-goût douteux » en raison de sa « préoccupation monomaniaque pour les développements érotiques ». Alors pourquoi pas Steinbeck. Celui-ci, à qui l’on demandait s’il pensait avoir mérité son Nobel, avait répondu : « Franchement, non. » Mais qu’aurait pu répondre d’autre l’auteur de Des souris et des hommes et des Raisins de la colère ?”

Que révéleront dans cinquante ans l’éventuelle ouverture des archives de l’Académie française ? Pour la troisième fois, les immortels ne sont pas parvenus à trouver un successeur au fauteuil de Pierre-Jean Rémy, et pour Mohammed Aïssaoui, dans Le Figaro , “l’Académie française ne peut faire l’économie d’un examen de conscience. Le jeudi 24 janvier, une nouvelle élection a débouché sur aucun élu, une « élection blanche » comme on dit sous la Coupole, alors qu’il reste cinq fauteuils à pourvoir après les décès de Jean Dutourd, Pierre-Jean Rémy, Hector Bianciotti, Félicien Marceau et Michel Mohrt. Lors de la séance visant à remplacer Pierre-Jean Rémy (fauteuil n° 40), six candidats avaient postulé : deux personnalités de renom, Sylvie Germain et Alain-Gérard Slama, ainsi que quatre inconnus (Linda Bastide, Michel Borel, Michel Carassou et Yves-Denis Delaporte). Lors du vote du jeudi 24 janvier 2013, il a fallu quatre tours de scrutin, mais les immortels n’ont pas pu départager l’écrivain Sylvie Germain et l’historien Alain-Gérard Slama, par ailleurs éditorialiste au Figaro. La romancière a pourtant obtenu jusqu’à treize voix (quinze suffisaient pour la majorité, ils étaient vingt-neuf à voter) : onze voix au premier et deuxième tour, treize au troisième et douze au quatrième. Tandis qu’Alain-Gérard Slama a rassemblé jusqu’à neuf voix : neuf aux deux premiers tours, sept au troisième et cinq au dernier. Le problème est qu’à ce dernier tour, les académiciens ont coché onze bulletins d’une croix, bloquant ainsi le vote. Le fauteuil de Pierre-Jean Rémy est décidément maudit , constate le journaliste du Figaro : c’est la troisième fois qu’il ne trouve pas de successeur. Une nouvelle élection aura donc lieu prochainement. Ce résultat constitue un double camouflet : d’abord, pour les postulants sérieux que sont Sylvie Germain et Alain-Gérard Slama, tous deux ayant en effet le profil pour appartenir à l’illustre compagnie. D’ailleurs, les deux personnalités, aux talents multiples, auraient toutes les raisons de présenter à nouveau leur candidature. Un camouflet, aussi et surtout, pour l’Académie elle-même. On peut parler d’une crise sous la Coupole, avec ces élections blanches à répétition. Les immortels font la fine bouche face à ceux qui postulent, mais ils n’arrivent pas à attirer ceux qu’ils souhaitent recevoir quai de Conti. Le phénomène n’est malheureusement pas nouveau. Ainsi, ces dernières années, alors que six fauteuils restaient à pourvoir, la romancière et biographe a raté de justesse l’élection. On peut évoquer d’autres « recalés » de renom : Michel Schneider, François Sureau, Didier van Cauwelaert, François Taillandier, ou encore Paule Constant, qui, aujourd’hui, siège… (nous allons y revenir). Aujourd’hui, il semble que les immortels soient plus prompts à voter contre qu’à se rassembler autour d’un nom. Ne dit-on pas qu’une élection blanche est souvent le signe d’une mauvaise humeur d’une partie de l’assemblée ? Rappelons, enfin, que les quarante ne sont plus que trente-cinq. Or, l’académie a besoin plus que jamais de cerveaux pour accomplir sa mission originale : la défense de la langue française. Il reste encore cinq fauteuils à pourvoir. Prochain rendez-vous, le jeudi 21 février, pour remplacer, cette fois, Jean Dutourd.”

Et pendant ce temps, note Le Figaro , toujours lui, “le jury Goncourt continue d’opérer sa mue. En moins de deux ans, quatre membres ont été élus. Après Régis Debray, Pierre Assouline et Philippe Claudel, c’est au tour de Paule Constant (nous y voilà) de rejoindre l’illustre société littéraire, présidée par l’infatigable Edmonde Charles-Roux. Paule Constant, choisie à l’unanimité [le 15 janvier], quittera par conséquent le jury du prix Femina où elle siégeait depuis 2007. Elle succède à Robert Sabatier, décédé en juin dernier. La romancière a reçu le prix Goncourt en 1998 pour Confidence pour confidence (Gallimard). On a longtemps accusé les membres du Goncourt, qui tous publient des livres, de voter pour leur éditeur. Certaines mauvais langues – ou mauvais perdants – n’hésitant pas à parler de collusion. Avec l’entrée de Paule Constant au Goncourt, Gallimard est sans conteste l’éditeur le mieux représenté au sein du jury : quatre écrivains sur les dix que compte l’académie sont des auteurs réguliers de la maison dirigée par Antoine Gallimard.”

Avec un jury aussi germanopratin, on ne pourra en tout cas pas les accuser de provincialisme…

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