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Prudence, expansion, et abandon

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“Interpellée à l’Assemblée nationale par le député et maire UMP de Versailles François de Mazières, la ministre de la culture Fleur Pellerin s’est exprimée prudemment sur la question de l’ouverture 7 jours sur 7 des musées du Louvre et d’Orsay, ainsi que du château de Versailles , lit-on dans La Croix. Annoncée au début du mois d’octobre, la mesure a soulevé des inquiétudes. La ministre a assuré que cette « expérimentation » était envisagée avec beaucoup de précautions, afin de « garantir à la fois de meilleures conditions de visite pour le public et de meilleures conditions de travail pour les agents ».” C’est beaucoup plus sûre d’elle que Fleur Pellerin s’est rendue le 4 novembre à Abu Dhabi, un an tout juste avant l’ouverture du musée du Louvre-Abu Dhabi. Elle était accompagné de l’architecte Jean Nouvel et du directeur du Louvre, Jean-Luc Martinez. “Avec une idée derrière la tête , selon Le Journal du Dimanche : réitérer l’opération dans d’autres villes, avec d’autres musées français, pour faire jouer à plein le « soft power » tricolore… « Il faut aller au-devant de la demande et systématiser l’approche, précise-t-on à son cabinet. On ne va pas se mentir : il y a derrière cette volonté la question de ce que cela peut rapporter, autant en termes financiers que d’image. » L’ « artketing » en action” , conclut le JDD. Et pendant ce temps, à Reims, “la nouvelle municipalité UMP a décidé l’abandon du grand musée prévu place du Boulingrin et votée par la précédente équipe socialiste , nous apprend à nouveau La Croix. Ce bâtiment de 11 000 m2 dessiné par le célèbre architecte David Chipperfield devait abriter les collections du musée des beaux-arts trop à l’étroit dans ses locaux actuels, notamment pour accueillir la récente donation de 663 œuvres du fonds d’atelier de Foujita et le legs de la collection Pommery de céramiques. Le projet était évalué à 55 millions d’euros financés principalement par la ville, l’Etat et la région apportant chacun 7,95 millions d’euros. Le nouveau maire, Arnaud Robinet, qui avait fait campagne contre ce projet jugé dispendieux dans la conjoncture actuelle, préfère donner la priorité à la réalisation d’un nouveau complexe sportif, le Nautilud (patinoire et piscine) d’ici à 2018. Devant les protestations de l’opposition qui dénonce le coût d’un tel abandon et l’obligation d’offrir à la donation Foujita des salles ad hoc, il a annoncé vouloir « en fonction de notre capacité financière, lancer un nouveau musée ailleurs avant la fin du mandat […]. L’idée est de conserver le concept culturel et scientifique tel qu’il avait été établi. »” “L’annulation du projet du Boulingrin , développe David Robert dans Le Journal des Arts, peut être vu comme un gâchis certain, en premier lieu financier : si l’actuelle municipalité parle d’un million d’euros dépensés, l’ancienne majorité, factures à l’appui, en compte près de cinq, détail fourni lors d’un conseil municipal de février. 5 millions qu’il convient de mettre en regard des 6,4 prévus pour toute la phase d’études de maîtrise d’œuvre, afin d’évaluer le degré d’avancement du projet. […] L’autre débat porte sur le manque à gagner, plus difficilement chiffrable. L’association Grand Musée Boulingrin l’estime à près de 30 millions d’euros, entre la voilure réduite du projet Agora (un complexe immobilier – financé par une filiale de Vinci – comprenant des bureaux, des commerces et un grand hôtel à proximité du futur musée) et les donations prévues (les legs du fonds Foujita et de la collection Pommery, estimés autour de 7 millions d’euros, sont conditionnés à l’existence de salles dédiées dans le nouveau musée). Le manque à gagner total est sans doute moindre : le projet Agora est, dans son cahier des charges, indépendant du musée, a confirmé au Journal des Arts un des architectes concernés. Mais l’on voit mal le projet hôtelier et commercial maintenu à l’identique si le voisinage d’un musée à 200 000 visiteurs par an est remplacé par celui d’une piscine municipale, même olympique. Quand aux donations, la mairie dispose d’encore quatre ans, jusqu’en 2018, pour proposer une solution. Face aux nouvelles directions, l’opposition déplore le manque de concertation et de vision : « Le Nautilud est une priorité, c’est vrai, reconnaît le conseiller municipal radical de gauche Frédéric Bardoux. Mais si un équipement touristique comme le musée est logique dans l’hyper-centre, la piscine aurait été plus légitime en proche périphérie avec un transport en commun dédié. Et le problème reste entier pour le musée. » La nouvelle équipe semble ne pas réussir à rassurer les parties prenantes. Pour le musée, dix ans de revirements successifs ont pénalisé les personnels avec des conditions de travail dégradées, tandis que la collection a rencontré des problèmes de conservation. On estime à 7 % du total le fonds exposé. Les expositions temporaires ne sont permises que par le décrochage régulier de la collection permanente. Pour un musée censé abriter l’une des plus riches collections de France, la situation est difficile.” “Après l’abandon de la Maison de l’image à Toulouse et du musée de l’Histoire de la France et de l’Algérie à Montpellier, rappelle Marine Relinger dans Télérama, Reims allonge la liste des projets culturels plombés par l’alternance politique.”

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