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Public / privé : un mur à abattre ?

5 min

On commence par un codicille à la revue de presse du 17 décembre, où nous évoquions la tenue, deux jours après, de la revue annuelle de la troupe de la Comédie-Française, où les sociétaires devaient décider du devenir des pensionnaires. La presse n’a pas fait mention d’éventuels virés, en revanche, côté promus, ils sont trois pensionnaires à être passés sociétaires, apprend-on dans Le Figaro : “il s’agit de Bakary Sangaré, Christian Hecq et de Pierre Louis-Calixte.”

Et puisqu’on parle de la maison de Molière, “après une éclipse en 2012, due à la rébellion d’une trentaine de théâtres, les Molières vont revenir en avril prochain sur France 2, dans une formule renouvelée , nous informe une brève du Parisien . L’émission récompensera toujours les stars des planches, mais elle ne sera plus en direct, histoire de couper les longueurs au montage, et c’est un jury de personnalités, un peu comme à Cannes, qui désignera les gagnants. Plus qu’une cérémonie, ces Molières new-look se veulent une « fête du théâtre », cornaquée par Pierre Lescure. Bernard Murat, président du Syndicat des théâtres privés, a également révélé [le 8 janvier] que France Télévisions allait diffuser deux autres soirées consacrées à la scène, l’une au mois de septembre et l’autre en janvier, pour présenter les nouvelles pièces à l’affiche.”

Ces nouveaux Molières contribueront-ils à apaiser les relations entre théâtres public et privé ? Le contexte semble favorable, si on en croit cet article du Figaro cosigné par Armelle Héliot et Nathalie Simon. “Public/Privé : il n’est sans doute pas un domaine en France où l’opposition soit plus souvent avancée , écrivent-elles. « Théâtre public et théâtre privé » a souvent signifié théâtre public contre théâtre privé. Et inversement. On ne refera pas ici une histoire complète, mais la reprise de Fin de partie, de Beckett, mis en scène par Alain Françon, à l’Odéon, après avoir été créé au Théâtre de la Madeleine, est peut-être le signe d’une tentative de rapprochement des deux camps. C’est l’une des rares fois où une production à 100% privée est reprise par le théâtre public.

« Pour moi, le théâtre est un, déclare Frédéric Franck, directeur du Théâtre de l’œuvre , ce n’est par l’argent qui fait le théâtre, mais les artistes. Je n’ai jamais accepté ce clivage qui fait beaucoup de tort aux artistes. La représentation de Fin de partie à l’Odéon fait jaser, je ne vois pas pourquoi. Le théâtre privé et le théâtre public ont appris à dialoguer, mais pas encore à travailler ensemble, ni à se comprendre. Le théâtre public a manqué – ce qui aurait pu être une de ses missions – de renouveler esthétiquement le théâtre privé, il aurait fallu de véritables passerelles… Privé, public, c’est la caricature d’une économie mixte comme un mur de Berlin, il faudrait l’abattre et inventer ensemble… »

Deux « enfants » du public ne disent pas autre chose. D’abord, Julie Brochen, directrice du Théâtre national de Strasbourg : « C’est un faux débat, on ne doit pas cultiver la séparation entre les deux. L’exigence, la poésie, l’ennui et la vulgarité peuvent être présents dans les deux. Le talent, la liberté, l’indépendance ne sont ni privés ni publics. Les deux s’enrichissent réciproquement. » Jean-Pierre Vincent, qui met en scène Iphis et Iante, au Théâtre du Gymnase, à Marseille, et dirigea et la Comédie-Française et le Théâtre Nanterre-Amandiers, ajoute : « Privé, public, c’est une vieille question ! Quelle est la différence, à part le prix des places et le salaire de certains directeurs ? Qu’est-ce que le public vient chercher ? », s’interroge-t-il. La question du budget revient sans cesse entre privé et public. « Le théâtre public n’a pas l’obligation de résultat, mais avoir moins d’argent n’est pas forcément un désavantage, cela nous oblige à être plus créatifs et audacieux, juge Marie-France Mignal, présidente de l’Association pour le soutien au théâtre privé, qui assure qu’il n’y a pas de « guéguerre entre les deux. La preuve : les deux s’allient pour recréer la cérémonie des Molières. » « Depuis dix ans, le coût de la marge des théâtres a continué à progresser, mais les subventions n’ont pas bougé », rappelle Jean-Pierre Vincent.

Bernard Murat, président, donc, du Syndicat du théâtre privé, défend le « mélange original d’indépendance et de solidarité, unique au monde, du privé », mais les chiffres – la baisse de 10% des recettes et de la fréquentation en 2012 – l’incitent à demander « plus d’efforts » aux théâtres, à Paris et en région. Stéphane Hillel, à la tête du Théâtre de Paris, espère aussi plus de « débouchés en régions » et réfléchit à un avenir commun : « Que pouvons-nous faire ensemble ? Où peut-il y avoir des synergies ? Le théâtre public est émaillé sur tout le territoire, mais parfois les spectacles ne sont pas présentés à Paris. » « Alain Françon ne pourrait plus monter un Bond aujourd’hui, personne n’aurait les moyens de le produire », regrette Jean-Pierre Vincent.

Longtemps, les notions de privé et public furent moins tranchées , rappellent nos consœurs du Figaro : parce que la décentralisation dramatique ne s’était pas encore complètement développée, parce que le ministère de la Culture n’existait pas tel qu’il est depuis cinquante ans. Les spectacles de la première Semaine d’art en Avignon, en 1947, furent présentés au Théâtre des Champs-Elysées… et l’on pourrait égrener nombre d’exemples en ce sens. En 1981, Robert Abirached, directeur du théâtre et des spectacles, avait appelé de ses vœux passerelles et collaborations. Il eut un peu de mal. Mais certains ponts sont jetés de nos jours. Ainsi, entre le Théâtre du Rond-Point et le Théâtre Marigny, qui a déjà accueilli trois Feydeau d’Alain Françon, créés au Théâtre national de Strasbourg. « L’essentiel est que la culture soit accessible au plus grand nombre », prône [en conclusion de l’article] Julie Brochen, dont 50% des abonnés ont moins de 26 ans.”

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