LE DIRECT

Puces, cheveu et rivière baladeuse

5 min

On pensait que ça ne pouvait plus arriver, mais si ! “Une Américaine a peut-être fait l’affaire de l’année sur un marché aux puces de Virginie en dégotant, pour la modique somme de 7 $ (soit 5,45 €), ce qui semble être un tableau de Pierre-Auguste Renoir , raconte Grégory Plesse dans Le Parisien . Selon une maison d’enchères américaine, Potomack Company, il pourrait s’agir d’une toile intitulée Paysages bords de Seine, dont la valeur est estimée entre 60 000 et 80 000 € ! Au-delà du style, typique du peintre du XIXe siècle, la maison d’enchères a remarqué une étiquette au dos du tableau mentionnant « un marchand d’art français typique », le titre du tableau et le nom de son auteur. Ces informations ont ensuite été recoupées avec le catalogue raisonné, dans lequel apparaît un tableau peint en 1879 identique à celui trouvé par cette femme, qui se fait depuis appeler « the Renoir Girl ». Anne Norton Craner, la spécialiste de la Potomack Company, a confié au Huffington Post que c’est un collectionneur américain réputé, Herbert May, qui aurait rapporté le tableau aux Etats-Unis après l’avoir acheté à Paris à la galerie Bernheim-Jeune. On en avait perdu la trace depuis 1926 et, pour l’instant, personne ne sait comment il a pu se retrouver sur un marché aux puces de Virginie…

La « Renoir Girl » était loin de penser avoir mis la main sur un tel trésor. Elle a confié à la presse que plus que le tableau, ce sont la poupée de Paul Bunyan (un bûcheron géant ancré dans le folklore américain) et une vache en plastique vendues avec le tableau qui l’ont convaincue de l’acquérir. Elle avait aussi craqué sur le cadre très rococo du tableau, qu’elle prévoyait de réutiliser. Mais pas pour la toile de Renoir qu’elle est toutefois aujourd’hui « heureuse de ne pas voir vendue sur un vide-grenier ». Si la peinture est bien un Renoir et que la vente aux enchères, prévue les 29 et 30 septembre, s’avère fructueuse, elle offrira à sa mère un voyage à Paris.”

Rappelons que ce présumé Renoir est estimé entre 60 000 et 80 000 €, ce qui est ridicule par rapport à ce qu’espère le collectionneur allemand Markus Roubrocks, dont la fortune, rapporte un entrefilet de L’Express , “tient à un cheveu : celui qu’on a retrouvé sur l’un de ses tableaux, une Nature morte avec pivoines attribuée à Van Gogh. Depuis la découverte de la toile, en 1977, son authenticité fait polémique. Pour résoudre le mystère, le musée Van-Gogh d’Amsterdam va réaliser un test ADN, en comparant l’empreinte génétique du cheveu avec celle de descendants vivants du peintre hollandais. La valeur de la nature morte pourrait s’élever à une cinquantaine de millions d’euros.”

C’était « les Experts à Amsterdam ». Sauf que les experts peuvent parfois gravement se planter, et c’est ainsi qu’un tableau volé peut être vendu trois fois, comme le raconte Harry Bellet dans Le Monde . “Quand on se fait voler son vélo, on va le lendemain le rechercher au marché aux puces, dit-on. Quand on vous fauche un Picabia, c’est un peu plus long. Celui que la maison de vente Sotheby’s a restitué, mercredi 5 septembre, au Musée de Nevers est dans la nature depuis près de quarante ans.

Dans la nuit du vendredi au samedi 12 janvier 1974, un ou plusieurs malfrats dérobent, au Musée de la faïence de Nevers, Le Châtaignier à Ségalas, peint par Suzanne Valadon, et La Rivière : bord de la Douceline à Munot près de la Charité-sur-Loire, un paysage de la première manière de Francis Picabia, réalisé en 1906, à l’époque où il était encore marqué par le travail de Sisley et Pissarro. Les limiers de la police judiciaire parisienne retrouvent le Valadon en moins de six mois, et le tableau regagne, en novembre 1974, ses cimaises neversoises. Pas le Picabia. Disparu ? Pas tout à fait, et c’est bien là le pire : en 1987, le 1er juillet, il est vendu sous le titre Le Paysage par Sotheby’s, à Londres, avec toute la publicité d’usage. Personne ne bronche. Un an plus tard, il repasse en vente, chez Christie’s cette fois. Toujours aucune réaction.

En 2008, il est proposé de nouveau chez Sotheby’s, mais à New York. La maison procède aux vérifications d’usage, consultant notamment le fichier Art Loss Register, créé en 1991, qui répertorie les œuvres volées. Le Picabia n’y figure pas… Le comité Picabia, mis en place pour juger de l’authenticité des œuvres de l’artiste, n’est pas plus au courant du vol à l’époque, puisqu’il délivre à cette occasion un certificat d’authenticité.

Cédé à un collectionneur privé, il refait surface en 2011. Cette fois-ci, le comité Picabia réagit, et reconnaît le tableau dérobé à Nevers. Informée, Sotheby’s le retire immédiatement de la vente, et, comme il est heureusement d’usage, se propose de servir de truchement entre son possesseur – de bonne foi, et pour cause – et la ville de Nevers en vue de la restitution.

Guillaume Cerutti, le PDG de Sotheby’s France, a donc remis mercredi le tableau au maire de Nevers. Et publié dans Le Quotidien de l’art de ce jour une tribune dans laquelle il regrette que les différents fichiers de police concernant les œuvres volées ne soient ni croisées, ni rétrospectifs, ni, pour certains, accessibles aux professionnels, et plaide pour un partage de l’information en temps réel. Pas à quarante ans d’intervalle…”

“Un peu piqué au vif , rapporte Claire Bommelaer dans Le Figaro , le ministère de la Culture a fait savoir que la banque d’Interpol « était en cours de modernisation » et que les œuvres volées avant 1985 étaient petit à petit intégrées dans le fichier Treima de l’Office central des biens culturels.”

S’il y a parmi nos auditeurs des malfrats retraités spécialisés dans le vol d’objets d’art, un conseil : ne tardez pas à fourguer vos vieux larcins !

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......