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Punk institutionnel

5 min

L’exposition Europunk à la Cité de la musique à Paris est l’occasion, dans la presse, d’outings surprenants. Dans le très sérieux quotidien économique Les Echos , Philippe Chevilley écrit ainsi : “puisque le punk entre au musée, l’auteur de ces lignes peut vous faire un aveu. Il a été punk. Gentiment, sans excès – ni jean troué, ni épingle de nourrice dans l’oreille – mais tout de même… Toutes ces soirées électriques dans les salles parisiennes pour suivre des concerts au son pourri de The Jam, The Clash, The Stranglers. Le choc Johnny Rotten (ex-Sex Pistols) chantant-hurlant dos au public dans un halo verdâtre, salle allumée – première expérience adolescente de distanciation brechtienne. Les cheveux courts, le tee-shirt blanc et la veste badgée, on sortait trempé de ces « sets » survoltés, fier d’avoir survécu au pogo (danse bondissante épousant le rythme ultrarapide des morceaux , précise le journaliste au lecteur des Echos)… et convaincu de participer à l’histoire en marche. ”

“On ne rêve pas , se pince pour sa part Olivier Nuc dans Le Figaro . Le punk entre au musée par la grande porte. Pas rancunière, l’Institution accueille ce mouvement qui la conspuait à coup de slogans nihilistes et destructeurs à la fin des années 1970. Comment a-t-on pu passer des squats et de l’underground à cet académisme ? A croire que le mouvement a définitivement perdu son âme rebelle , regrette le critique du Figaro. Jusqu’en août dernier, le Metropolitan Museum de New York s’interrogeait sur son impact dans la mode. Peu versé dans le « fashion », Didier Wampas n’en doute pas : le genre s’embourgeoise. Invité à découvrir en avant-première Europunk, le chanteur pense qu’il n’a rien à faire dans un musée (on va y revenir). Commissaire de cette exposition à la Cité de la musique, Eric de Chassey défend forcément l’opinion inverse. Selon lui, le musée est « un des rares endroits où on puisse rendre compte de façon juste de ce qui était prévu pour être éphémère et contre l’établissement. »

Que raconte donc au Figaro le dernier des punks français encore en activité ? “ « Les Sex Pistols au musée. Quelle connerie ! Pour moi, c’était tout. Le contraire de No future . J’avais 15 ans en 1977 et c’était mon ouverture sur le monde, sur l’art, la poésie, la politique… » Le chanteur fait partie d’une génération marquée au fer rouge par le mouvement. « J’ai eu la chance d’assister à la naissance d’un truc aussi fort. Pour moi, le punk représentait un espoir énorme, qui m’a montré que l’on n’était pas obligé d’écouter de la disco et jouer au foot comme tout le monde », confie-t-il devant une vidéo de Sid Vicious. Désormais retraité de la RATP – le punk mène à tout à condition de ne pas dérailler , glisse l’air de rien Olivier Nuc –, Wampas a cumulé son emploi d’électricien pour la régie avec son groupe qu’il a fondé en 1983, avant de signer un premier album solo en 2011. « Quand toutes les semaines, tu as des singles incroyables qui révolutionnent l’histoire de la musique, c’est grand. Et je ne pense pas être un vieux con en disant que ce n’est plus le cas aujourd’hui », explique-t-il devant les artefacts de l’époque exposés dans des vitrines. En France, le genre a trouvé un écho mais « c’est le rock alternatif des années 1980 qui a fédéré les groupes comme Bérurier noir ou Parabellum ». « On ne peut pas se représenter à quel point, dans la France grise de Giscard, le punk a tout changé », insiste-t-il. Si la figure de Johnny Rotten incarne la naissance du mouvement, c’est en voyant The Clash à la télé qu’il a eu une « révélation ». « C’était un mercredi après-midi, ils ont joué trois morceaux et j’ai trouvé ce que je cherchais. Je suis passé d’Elvis au punk grâce à eux. » Au-delà de la musique, le mouvement a initié toute une génération à l’art en général. « Cela m’a donné envie de lire et de voir de la peinture », explique celui pour qui le punk est mort avec l’arrivée du premier U2. « Quand j’ai entendu Bono et ses copains, je me suis dit : “Tiens, c’est comme Genesis et Yes, il n’y a plus d’énergie. C’est mou et c’est chiant. Bref, c’était redevenu comme avant. »

Les Echos , Le Figaro , ne manque plus que Le Journal du Dimanche . Alexis Campion s’y interroge : “L’art veut-il vraiment des tee-shirts pourris et des pochettes de disque indéchiffrables des punks sous ses cimaises ? Et ces « vauriens » – sens commun du mot punk en anglais, dont l’étymologie première ramène au latin punctum, piqûre à connotation sexuelle , nous précise le critique lettré – ont-ils envie de mourir une seconde fois en entrant dans les musées ? Pas sûr. Pourtant, les chantres du no future sont entrés dans l’histoire. Et quand bien même ils auraient survécu, à l’instar de l’ex-rocker des Sex Pistols, Johnny Rotten, programmé le 23 octobre (hier soir) à la Cité de la musique avec son groupe Public Image Limited, il est peu probable qu’on les voie revenir en 2013, avec une attitude réellement nihiliste, obscène ou menaçante pour l’ordre public, avec violences et crachats à la clé. Quant aux quelques SDF qui battent encore le pavé coiffés à l’iroquoise, flanqués de rats ou de chiens pour réchauffer leurs nuits froides, aucun danger qu’ils ne perturbent des concerts à 32 € l’entrée.”

Peu probable que les punks reviennent en 2013, donc. Mais d’autres figures de la musique ne lâchent rien. « Les femmes de ma génération ne cèdent leur place à personne. […] Toutes les autres générations se seraient écartées pour faire place aux jeunes, mais nous n’abandonnons pas. » C’était, rapportée par Libération , “la chanteuse Cher, ex-égérie des années 60, en conférence de presse à Paris pour la promotion de son nouvel album.” Contrairement au punk, Cher’s not Dead !

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