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Quand la musique défie la politique

6 min

(Par Claire Mayot)

« La politique peut être renforcée par la musique, mais la musique a une puissance qui défie la politique » c’est Nelson Mandela qui le disait et la presse qui l’illustre cette semaine avec d’abord la victoire au concours ô combien politique de l’Eurovision de l’autrichien drag queen Conchita Wurz. Merci chérie, titrait au lendemain de son triomphe le quotidien berlinois Die Welt ! dans lequel on pouvait lire : « L’Europe montre son bon goût à l’Eurovision et les Etats de l’Est s’avèrent plus tolérants qu’on ne le pensait et votent pour un homme habillé en femme. La Géorgie, La Lituanie, la Hongrie et même la Russie ont donné beaucoup de points à l’Autriche. Même les commentateurs de la chaîne de télévision russe Rossia 1 ont accueilli avec amusement et sympathie la performance de Conchita Wurst, a-t-on lu dans le Monde. Est-ce la fatigue provoquée par ce marathon télévisé qu’est l’Eurovision ? Ou bien l’euphorie ambiante, le strass et les paillettes, qui font oublier l’atmosphère délétère du pays ? s’interroge Piot Similar dans le quotidien. En laissant échapper un bravo ! bravo ! C’est le choix de l’Europe !, ils avaient oublié le script idéologique que les télévisions russes relaient et alimentent avec une ferveur inouie depuis plusieurs mois : l’Europe est corrompue moralement, la Russie doit se protéger de cette décadence. Le symbole absolu en est le mariage gay, écrit le journaliste avant de nous faire vivre la scène une fois les caméras éteintes : Dès la fin de la retransmission, des insultes fusent, plusieurs personnes hurlent en même temps : le premier est Vladimir Jirinovski, le bouffon ultranationaliste, marionnette du pouvoir depuis toujours. C’est la fin de l’Europe, crie-t-il. Ils n’ont plus d’hommes ou de femmes ! Un autre lance encore quelques provocations, regrettant que les troupes soviétiques aient libéré l’Autriche. Conchita Wurst aurait alors été estampillé not recommanded…

Une déduction que l’on peut faire après lecture d’un vrai/faux document du KGB, on ne sait pas, relayé par plusieurs magazines de musique en ligne, par l’écrivaine finlandaise Sofi Oksannen, et puis par vous aussi je crois Christophe Conte sur un célèbre réseau social. Que dévoile cette archive censée être exposée au musée du KGB à Tulinn en Estonie ? Une liste de musiciens dangereux pour le régime communiste. Et Julio Eglesias d’être taxé de néo fasciste et les Village People de trop violents…

Autre artiste dans le collimateur du pouvoir, en Turquie cette fois, c’est Ahmet Muhsin Tüzer, un imam glam comme le titre M, le magazine du Monde. Il se réfère autant à Allah qu’à Georges Michael dont il affiche la photo sur son smartphone. Ses Sources d’inspiration sont à la fois théologiques, tel le poète soufi Mevlana et musicales-Leds Zeppelin, Queen, Pink Floyd. Sa voix cristalline avec laquelle il appelle à la prière depuis sa mosquée de Pinarbasi, un tout petit village situé sur la côte touristique du sud ouest de la Turquie, lui permet aussi de s’imposer comme le leader d’un groupe de rock psychédélique, écrit Guillaume Perrier dans l’hebdomadaire. Or cette double activité n’est pas du goût de l’administration turque. Placée sous l’autorité du premier ministre Erdogan, la direction des affaires religieuses, le puissant Diyanet, vient d’ouvrir une enquête afin de se prononcer sur la compatibilité des deux passions de l’imam… Les autorités religieuses ont convoqué les théologiens pour vérifier que la musique d’Ahmet Muhsin Tüzer est bien conforme aux préceptes islamiques. La Turquie est un Etat laïc, explique le journaliste, mais les dignitaires religieux qui administrent les 80 000 mosquées du pays sont fonctionnaires et donc tenus à un devoir de réserve. Or l’imam n’a demandé aucune autorisation avant de se lancer sur scène. Réaction de l’intéressé : « Je veux montrer qu’on peut à la fois être musulman, écouter de la musique rock et être moderne. Je prêche la parole de Dieu et personne ne peut me critiquer pour cela ».

Au contraire, en Chine, la scène indépendante reçoit très peu d’attention de la part des autorités, les genres musicaux qu’elle incarne n’étant pas considérés comme de la culture, apprend-on dans une longue enquête de la revue Mouvement sur l’effervescence du rock en Chine.

Aux yeux du reste du monde écrit la journaliste, Caroline Aim, être chinois et artiste implique avant tout de scander des messages politiques et de dénoncer les travers du communisme d’Etat. Pourtant, La jeunesse des années 2000 se préoccupe peu des questions politiques et le rock actuel, ajoute-t-elle, ne fait pas de la contestation sa première force de combustion-loin de là. L’atmosphère exubérante d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celle des années 90, durant lesquelles des rockers tels que He Yong et Dou Wei auraient pu brûler des voitures ou s’immoler pour protester contre un Etat tyrannique.

Même si le mécontentement est croissant, la nouvelle vague ne creuse pas les problèmes de la société actuelle. Pour éviter la confrontation avec les autorités chinoises, de nombreux groupes font passer des messages en écrivant des paroles allusives ou à double sens. Ainsi la célèbre chanson de Carsick Cars « Zhong Nan Haï » se réfère à une marque de cigarettes vendue dans tout le pays ainsi qu’au siège du parti unique. Ce trio formé en 2005 est le groupe le plus prolifique et caractéristique de la scène indépendante pékinoise. Quant à Yang Hai Song, leader du groupe PK14, il entretient un rapport distancié au gouvernement : « Si le groupe vit encore, c’est qu’il y a peu de risques que le gouvernement nous éradique de la scène rock. Nous ne comprenons pas vraiment ce qu’ils font et cela me préoccupe assez peu. », confie-t-il à la journaliste de la revue Mouvement. Ces deux groupes ont été signés sous le label Maybe Mars créé en 2007 par un ancien financier à Wall Street, Michael Pettis. Il a choisi de s’installer à Pékin, fasciné et impressionné par le rythme du changement.

Pour lui « Depuis une dizaine d’années, l’évolution en musique et en art a été fulgurante. Il y a encore quelques années, le public n’avait aucun respect pour les artistes locaux. De nouvelles scènes musicales sont apparues et ne cessent de se renouveler. Pékin fait partie des villes les plus passionnantes dans le monde actuellement sur le plan de la créativité musicale mais l’Occident ne s’en rend pas compte. IL faudra encore du temps, conclut-il …Pour vous forger une opinion, quittons nous donc avec les Carsick Cars et leur morceau Zhong Nan Haï…

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