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"Quand le talent est là, il est là"

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Dans sa chronique du trimestriel La Scène , Anne Quentin déplore, Fabienne Pascaud, que vous ayez “dynamité le volontarisme ministériel en matière de parité par ces mots : « Nommer des femmes encore peu préparées à diriger une maison pourrait nuire à leur carrière pour longtemps. » Eh bien que votre contemptrice se réjouisse, la parité est en marche, et peu ou bien préparées, voilà que les femmes accèdent toujours plus aux responsabilités. Une brève de Libération nous apprend ainsi que “mené d’une poigne énergique depuis 2007 par François Le Pillouër, directeur du TNB de Rennes, le Syndeac, syndicat regroupant les responsables de théâtres publics, s’est doté [le 23 septembre] d’une nouvelle équipe et a porté à sa tête Madeleine Louarn, directrice du Théâtre de l’Entresort à Morlaix” , on reste entre Bretons.

Le syndicat pourra également accueillir une nouvelle adhérente en la personne d’Irina Brook, qui “a eu raison de revenir des Etats-Unis le 10 septembre. Elle était partie , nous informe Armelle Héliot dans Le Figaro, le jour même de la délibération pour désigner la nouvelle direction du Centre dramatique de Nice. Délibération annulée , comme je l’avais raconté ici. C’est d’ailleurs le ministère de la Culture qui a dû gérer ce léger problème et « rapatrier » la fille de Peter Brook et de Natasha Parry. Après consultation, le jury, où l’Etat, la Ville, les collectivités étaient représentés comme il convient, a finalement préféré son projet à ceux de Frédéric Bélier-Garcia et du duo Ariel Goldenberg-Simon Abkarian.” “Dans le bras de fer qui opposait Aurélie Filippetti à Christian Estrosi, maire de Nice, c’est la ministre de la Culture qui a fini par gagner” , estime Libération. “Et de fait, vendredi, dans la soirée , rapporte Clarisse Fabre dans Le Monde , Michel Orier, le directeur général de la création artistique, au ministère de la Culture, se réjouissait : « La crise est derrière nous. Pour la première fois, les quatre tutelles – Etat, Ville, département, région – ont auditionné les trois candidats en lice et, après discussion le choix s’est porté à l’unanimité sur Irina Brook. C’est un retour à la normale dans le processus de désignation », a estimé l’ancien patron de la MC2 de Grenoble. […] Vendredi 4 octobre, devant le jury, dans lequel la Ville de Nice siégeait, Christian Estrosi [qui avait soutenu la candidature du directeur sortant, Daniel Benoin – nommé en 2002 – en tandem avec Zabou Breitman] a lu un texte dénonçant la « politique de rupture » de la ministre. Alors qu’Aurélie Filippetti veut rajeunir et féminiser les directions des établissements culturels, le maire a clairement pris ses distances : « Je n’adhère pas au principe même du jeunisme, de la féminisation ou même du renouvellement. Quand le talent est là, il est là : il n’a pas de genre, pas de religion, pas d’âge. » Puis, sur un air de campagne municipale, il a lâché : « J’ai beaucoup de mal à comprendre que les collectivités qui financent plus de la moitié d’un théâtre national doivent choisir dans une liste prédéfinie par le gouvernement » – la Ville finance le théâtre de Nice à hauteur de 1,6 millions d’euros, contre 1,4 million d’euros pour l’Etat. Interrogé dans Le Monde du 2 octobre, Estrosi avait certes exprimé le souhait de sortir de l’impasse : « Dépassionnons tout cela il va bien falloir que l’histoire s’achève. » Mais il avait ajouté : « Le 4 octobre, j’écouterai les candidats et j’indiquerai que la Ville fera le même effort financier, à condition qu’il y ait les mêmes résultats. Je ne vais pas fragiliser l’image culturelle de Nice sur cette affaire-là. » D’autant qu’il y tient, à cette « image culturelle ». Car , nous dévoilait ce jour-là Sandrine Blanchard, envoyée spéciale du Monde à Nice pour enquêter sur la politique culturelle du maire, Christian Estrosi a « un rêve », celui « d’être un jour ministre de la culture ». On s’étonne, pensant que son « rêve » serait plutôt celui de la place Beauvau. « Je suis sincère », insiste le député, plus remarqué pour ses invectives sur les Roms et son soutien au bijoutier de Nice que pour sa passion pour les œuvres d’art. « J’ai toujours été fasciné, sans être un expert, par tout ce qui touche à la création », insiste-t-il. Il a même un modèle : François Mitterrand. « Il a su, grâce à la pyramide du Louvre, aux colonnes de Buren et à l’arche de la Défense, qui n’étaient pas forcément admises au départ, laisser une marque de son temps, il faut lui reconnaître ça. »

Fin donc d’un feuilleton riche en rebondissements, qui aura fait quelques victimes collatérales, comme “Jacques Weber, [qui] ne cache pas sa colère à l’encontre de Daniel Benoin , nous apprend encore Sandrine Blanchard dans son enquête du Monde . Ex-directeur du Théâtre national de Nice de 1986 à 2001, le comédien n’a pas apprécié que son successeur « donne des chiffres faux » de fréquentation dans des entretiens à la presse et laisse penser que le CDN fonctionnait mal avant lui. « Le TNN compte aujourd’hui 12 000 abonnés, contre 2 700 à l’époque », déclarait Daniel Benoin en avril, dans Nice Matin, pour défendre son bilan. En septembre, dans le même quotidien, il faisait valoir que « le TNN est le premier CDN de province avec 150 000 spectateurs au cours de la dernière saison, contre 40 000 il y a douze ans ». L’actuel directeur reconnaît aujourd’hui qu’il s’est « trompé sur l’époque Weber : ce n’est pas 40 000 », s’empressant d’ajouter que « les chiffres ont leur limite ». […] « C’est incroyable d’être obligé de se justifier. J’ai été très blessé, notamment vis-à-vis de l’équipe du théâtre, et je me suis senti attaqué », explique Jacques Weber. Il rappelle que les époques « ne sont pas comparables », pas plus en termes de subventions, de nombre de représentations, que de fonctionnement. « Je suis un poète, pas un homme d’argent. On privilégiait l’adhésion et non l’abonnement, on faisait des spectacles sur la durée et on s’est bagarré pour faire respecter la parité financière entre les collectivités locales et l’Etat », liste le comédien. « Et c’est moi qui ai choisi de quitter la direction », rappelle-t-il.”

Un bien bel exemple…

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