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Quand les effets spéciaux disparaissent (par Christophe Payet)

5 min

«On appelle ça le photoréalisme », écrit Frédéric Strauss dans Télérama. Le photoréalisme, c'est un « truc qui n'est pas vraiment utilisé comme un trucage. Qui ne crée rien de spécial, juste la réalité ».

Autrement dit, c'est quand les effets spéciaux sont utilisés pour être invisibles. Pour disparaître.

Les effets spéciaux, c'est normalement « le grand show. L'histoire d'une escalade sans fin vers le spectaculaire », écrit le journaliste. Mais désormais, les effets spéciaux c'est aussi un outil pour produire du réalisme. C'est pour cela que le cinéma d'auteur s'y intéresse. Et chaque exemple est plus surprenant.

Dans De rouille et d'os Marion Cotillard n'est bien évidemment pas réellement amputée. Mais pour Frédéric Strauss, « l'effet spécial disparaît presque sous l'émotion, la vérité ».

Plus étonnant , la fin de Holy Motors et son armée de limousines blanches. Et bien la plupart d'entre elles n'existent pas. Elles ont été recréées numériquement. Question de budget, précise la productrice du film, Martine Marignac : « Avoir toutes les limousines pour la scène finale représentait un coût de production impossible à tenir. Avec des effets numériques, ça devenait abordable ».

Et dans Amour de Michael Haneke : rien de spécial à priori. Et bien détrompez-vous. Le film a été tourné en studio et toute les vues de l'extérieur depuis les fenêtres ont été ajoutées numériquement.

Pour travailler sur du cinéma d'auteur, les studios d'effets spéciaux doivent s'adapter. Car c'est la mise en scène qui impose ses contraintes à la technique.

Pour Cédric Fayolle, du studio Mikros : « Les réalisateurs du cinéma d'auteur n'acceptent pas les contraintes techniques comme ceux qui tournent des films à effets spéciaux traditionnels. Ils veulent leur liberté et donc des effets qui ne se font remarquer ni à l'image, ni pendant le tournage. »

La nouvelle mission des studios est donc de rendre réalisable les fantasmes les plus fous de ces réalisateurs. Pierre Buffin, qui dirige le studio français Buf, explique à Télérama que « c'est pour l'artistique que des cinéastes comme Lars von Trier ou Pascale Ferran viennent (les) voir. Parce qu'ils ont imaginé des histoires, des images, parce qu'ils ont des idées. Et ils savent qu'aujourd'hui, avec le numérique, toutes les idées sont réalisables. »

« La seule limite de ces artistes du numérique, c'est la parole », précise Frédéric Strauss. « Comme les magiciens, ils sont tenus au secret. On ne saura donc rien de Nymphomaniac de Lars von Trier, dont on dit qu'il inventera un genre très particulier de réalité, montrant des acteurs connus jouer des scènes sexuelles explicites, mais avec des organes génitaux empruntés à des spécialistes du porno ».

Autre exploit de ces artistes : réaliser des masques qui se superpose au visage des acteurs, voire recréer complètement des visages humains. « Aujourd'hui le Graal est trouvé », s'enthousiasme Christian Guillon, un des inventeurs de ce procédé. « L'illusion peut être totale ».

Car ces magiciens du numériques sont des artistes. Et les professionnels français du secteur espèrent la création d'un César des effets spéciaux, rapporte Télérama.

« Les effets spéciaux sont donc aujourd'hui utilisés par des cinéastes qui … ne s'intéressent pas aux effets spéciaux », note avec malice Frédéric Strauss, qui conclut dans la métaphore alimentaire : « On sait vraiment de moins en moins ce qu'on mange ».

Et oui quand l'on croit regarder Paris, on regarde en fait un studio sur fond vert...

Et pourtant le fond vert est en crise.

Car dans le même temps à Hollywood, l'industrie des effets spéciaux est menacée. C'est ce que nous rapporte le site internet Atlantico.

« Les studios Rythm and Hues ont mis la clé sous la porte il y a à peine un mois ». Près d'un tiers des 700 employés de la société ont été licenciés. Alors qu'au même moment deux des films pour lesquels ils avaient réalisé les effets spéciaux – Blanche Neige et le chasseur et L'Odyssée de Pi – étaient nominés aux oscars ».

En septembre 2012, c'est la troisième entreprise du secteur, Digital Domain, qui a fait faillite avant d'être reprise par une firme chinoise, ajoute le journal Le Monde. Elle avait été fondée au début des années 90 par James Cameron.

Pour défendre leur métier, les artistes du secteur des effets spéciaux veulent montrer qu'ils sont indispensables. Ils ont notamment créé un Tumblr, baptisé « Before VCX », autrement dit « avant les effets spéciaux ». Ce site internet montre des photos de films où n'apparaissent que de « déprimants fonds bleus ou verts ».

Ils ont aussi manifesté sur Hollywood Boulevard, pour réclamer un nouveau modèle économique et évoquer l'idée de se syndiquer. Bas salaires, longues heures de travail : ils sont particulièrement touchés par la précarité.

Mais Hollywood semble ne pas vouloir les entendre. Le studio Rythm and Hues a reçu l'oscar du meilleur effet visuel pour L'Odyssée de Pi. Le superviseur des effets visuels, Bill Westenhofer a donc voulu en profiter pour évoquer la situation économique de son entreprise. Mais son micro a tout simplement été coupé. Par la musique des dents de la mer, précise Julien Dupuis, correspondant du Monde à Los Angeles. Il parle d'une « censure sans précédent aux Oscars ». Et Atlantico d'ajouter : « Hollywood n'aime pas les histoires tristes ».

Une note d'intention sur le site « Before VCX » constate que sans ces artistes, les films hollywoodiens ne seraient pas ce qu'ils sont aujourd'hui. Le cinéma d'auteur non plus, ajoute indirectement Télérama.

Mais les effets spéciaux, visibles comme invisibles, pourraient bien disparaître définitivement. Et ne laisser derrière eux qu'un triste fond vert.

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