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Quel avenir pour le Tanztheater de Pina Bausch ?

6 min

La reprise, à guichets fermés, de Kontakthof au Théâtre de la Ville, dont nous parlions ici lundi dernier, a suscité plusieurs articles s’inquiétant du devenir du Tanztheater Wuppertal, dont celui de Philippe Noisette dans Les Inrockuptibles. “Depuis la disparition brutale en 2009 de sa chorégraphe, Pina Bausch, on scrute avec attention le moindre signe , écrit-il. Annoncé avec éclat, le quarantième anniversaire de la compagnie, qui débutera par une programmation d’envergure en septembre, est assombri par des rumeurs alarmantes sur le futur de la troupe. En quelques mois, on a appris la nomination de Lutz Förster à la direction artistique du Tanztheater, puis la possibilité de nouvelles créations à l’horizon 2015.

La situation de la compagnie allemande, qui n’a que des pièces de Pina Bausch à son répertoire, est paradoxale. En l’absence d’un testament qui aurait énoncé les volontés de la chorégraphe quant au suivi de son œuvre, les danseurs ont continué à honorer des engagements toujours plus nombreux : une série de dix spectacles donnés sur un mois à Londres l’été dernier en marge des JO, une présence multiple, à Paris comme ailleurs, durant la célébration des 100 ans du Sacre du printemps, des tournées toujours aussi fructueuses. Mais une institution de création se doit… de créer. Alors qu’un Merce Cunningham avait décidé avant sa disparition de la marche à suivre – arrêt de la compagnie après une tournée d’adieu, création de capsules de danse pour remonter, à la demande, ses pièces –, rien de tel du côté de Wuppertal.

Après le décès de la créatrice, Dominique Mercy, un de ses danseurs fétiches, et Robert Sturm, son assistant personnel, ont ainsi pris les rênes, tandis qu’une Fondation Pina Bausch, sous la houlette de son fils et héritier, s’attachait à penser la mise en valeur du fonds chorégraphique. Dominique Mercy a jeté l’éponge en ce début d’année, préférant se consacrer aux ballets à remonter. Et danser. « Avec le répertoire de Pina, chacun a la possibilité de grandir ensemble, d’avancer en âge avec ce que l’on a fait. On se porte mutuellement – les pièces et les danseurs », déclarait-il [aux Inrockuptibles ] il y a peu.

Outre les représentations, un documentaire en 3D, Pina, a été tourné par Wim Wenders, qui l’avait pensé avec la chorégraphe. A sa mort, le réalisateur a choisi une autre direction. Le succès sera au rendez-vous dans le monde entier. Wenders a également filmé certains des chefs-d’œuvre de Pina Bausch : Le Sacre du printemps, Café Müller ou Vollmond, qu’Arte diffusera à la fin du mois avec Pina. Sans oublier Kontakthof au Théâtre de la Ville.

Mais alors, qu’est-ce qui coince ? , s’interroge Philippe Noisette. Il y a bien sûr des questions d’argent. Wuppertal n’est pas Munich ou Francfort. La culture y compte ses sous. La mairie aussi. Et même si la renommée du Tanztheater est mondiale, cela ne pèse pas lourd dans la balance. Trente danseurs salariés, des guests, mais aussi une particularité allemande : après quinze ans dans une compagnie, un interprète ne peut plus être renvoyé d’un théâtre. Mais cette sécurité est aussi un blocage : le Tanztheater aurait en effet besoin de jeunes danseurs pour reprendre les rôles – souvent physiquement exigeants – des grandes créations de Pina Bausch.

Le budget maison n’est pas extensible, on l’aura compris. Seul le départ de certains membres pourrait alléger les charges. Surtout, Lutz Förster, autre figure historique du Tanztheater, pense à l’avenir : dans un entretien au Figaro, il lève un presque tabou, ne voyant d’autres solutions que de donner des spectacles en collaboration avec d’autres lieux et, surtout, de confier certaines pièces à d’autres compagnies. Pour l’instant, seul le Ballet de l’Opéra de Paris danse Le Sacre du printemps et Orphée et Eurydice. Brigitte Lefèvre, la directrice de la maison parisienne jusqu’en 2014, avait trouvé les mots pour convaincre Pina Bausch.

Mais ce qui est possible à Garnier – moyens, danseurs, répétiteurs – ne le sera pas partout. Il est question d’envisager de nouvelles pièces pour la compagnie de Wuppertal. De tous bords, les avis sont venus, partagés pour beaucoup. Qui pour remplacer Pina ? Ou simplement pour donner un second souffle ? La compagnie devrait exister sous sa forme actuelle jusqu’en juin 2015. Une personnalité devrait d’ici peu être engagée pour aider le Tanztheater à imaginer la suite. Mais des quinze pièces actuellement au répertoire maison, on passera sans doute à quelques chorégraphies. Et pourquoi pas des nouveautés ? Ce n’est pas le moins attendu des virages.

Ce que les compagnies de Cunningham ou de Trisha Brown n’ont pas voulu envisager, les Allemands orphelins de Pina vont-ils le réussir ?” , interroge encore Philippe Noisette dans Les Inrockuptibles.

Oui, si on en croit Ariane Bavelier dans Le Figaro. “Toutes les pièces de Pina Bausch ne survivront pas , estime-t-elle toutefois. Le temps fera son tri, la passion des danseurs aussi. La compagnie en possède un vivier très particulier, alimenté par l’école d’Essen qui, selon le vœu de son fondateur Kurt Joos, maître de Pina Bausch, forme des êtres humains qui dansent plutôt que des techniciens. Tant que l’œuvre de Pina résonnera, et elle résonnera longtemps, gageons qu’elle trouvera des gens de danse pour la mettre en mouvement.”

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