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Questions fraîches et troublantes sur la salle de cinéma

6 min

“Pour se remettre d’aplomb, rien ne vaut une grande question catégorique : le cinéma, c’est quoi ?” Cette « grande question catégorique » , c’est Olivier Séguret qui la pose, dans le cahier Cinéma de Libération. “Depuis plus d’un siècle, écrit-il, nous avons tous naïvement pensé que le cinéma était l’endroit où l’on montrait des films. Mais depuis quelques années, une philosophie nouvelle s’est développée, qui ne cesse depuis de croître et prospérer : la salle de cinéma est potentiellement un tas d’autres choses. Cela a commencé avec les retransmissions en direct depuis le Metropolitan Opera de New York et cela se poursuit, depuis, sous la forme de déclinaisons infinies. Ces derniers temps, le cinéma est devenu l’endroit où l’on pouvait découvrir le dernier ballet du Bolchoï, le nouveau spectacle de Matt Pokora, la méga-party de Florence Foresti à Bercy ou la retransmission live et en 3D d’une finale de basket américain. Dans un registre comparable, la compagnie Disney a récemment fait savoir qu’elle rendait une partie de son catalogue accessible pour les cinémas proposant une formule club, où les salles peuvent être louées par des groupes d’amis qui y programment leurs films préférés pour des soirées privées. La transmutation des salles de cinéma s’effectue donc selon deux tendances , constate le critique de Libération . Dans un cas, elles sont des annexes à des événements non cinématographiques et extérieurs qu’elles prolongent dans leurs enceintes : elles font alors office de Bercy ou de Bolchoï déterritorialisés. Dans un second cas, elles restent cinéphiles mais abandonnent leur nature de brasseur social et public pour devenir le temple de célébrations privées, où l’exploitant ne propose pas un programme mais un service et où le spectateur devient le programmateur. Rendue possible par la numérisation, cette évolution de la salle dite de cinéma pose certainement des questions, autant économiques que politiques : de telles pratiques, si elles font les affaires des exploitants, ne profitent pas à l’industrie du cinéma. Or, c’est le Centre national de la cinématographie (le CNC) qui a piloté le plan de numérisation et les subventions afférentes… Mais la mutation de la salle ouvre aussi des questions fraîches et troublantes, comme si l’on redécouvrait un vieil ami qui aurait subi une opération discrète et que l’on regarderait du jour au lendemain d’un œil neuf, incrédule devant son inattendu et pimpant éclectisme transgenre.”

Une nouvelle mode, qui ne manquera certainement pas d’ouvrir des « questions fraiches et troublantes » à Olivier Séguret, c’est le « ciné-restau ». “Le hamburger – saignant – arrive juste au moment où Django fait sauter sa première cervelle, mais cela ne coupe pas l’appétit à Brian Johnson . Il est venu au cinéma précisément pour manger pendant le film de Quentin Tarantino. Le New-Yorkais a invité sa petite amie pour la première fois au « ciné-restau », un concept de plus en plus en vogue aux Etats-Unis , raconte la correspondante à New York du Figaro , Adèle Smith. A New York, un seul cinéma offre ce service, le Nitehawk, à Brooklyn, mais un autre doit ouvrir l’an prochain à Manhattan. Les restaurants-cinémas sont déjà très populaires au Texas et près d’une dizaine de nouvelles salles doivent ouvrir dans le reste du pays en 2013. Au Nitehawk, qui compte 180 couverts dans trois salles différentes, on dîne à deux sur des petites tables en demi-cercle de belle facture, confortablement installés dans des sièges vintage. Comme il faut éviter de parler pour profiter du film, on passe commande sur un papier, éclairé par une petite lampe très discrète. Lorsque la serveuse passe le ramasser, puis apporte les plats, les boissons, et la facture, on se dit tout de même qu’un personnel de toute petite taille serait parfait. Pendant que Brian dévore allègrement son bifteck-frites au rythme des giclées sanguinolentes, sa compagne, Kristin, déguste le menu spécialement concocté pour le film : des crevettes « dynamite » en hommage à la scène explosive de Tarantino, avec de la sauce pimentée et des galettes de semoule typiques du Sud. Ce n’est qu’à la scène des coups de fouet que Brian avouera s’être senti « bizarre ». « J’étais arrivé au dessert et j’ai découvert à ce moment-là que la glace et les coups de fouet, ça ne faisait pas très bon ménage », confie-t-il. « Heureusement qu’on a pas mal bu », renchérit la jeune femme. Une bière et deux Bloody mary chacun, à l’heure du déjeuner. La prochaine fois, ils pensent aller plutôt voir un film… romantique. Pour Patrick Corcoran, directeur média de l’Association nationale de propriétaires de cinéma, joint à Los Angeles [par la correspondante du Figaro ], le concept qui existe dans une poignée d’autres pays a du potentiel dans ceux « où l’on aime la cuisine et le cinéma ». « Ça devrait très bien marcher chez vous en France ! », assure le propriétaire du Nitehawk, Matthew Viragh. « Ce n’est peut-être pas pour les puristes mais le plaisir est tel qu’on oublie vite le bruit des couverts et l’odeur de la nourriture. » Lui invite régulièrement des chefs cuisiniers pour des séances spéciales. Pour la prochaine, les spectateurs auront droit à un menu français avec absinthe en accompagnement du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, au tarif de 95 dollars par personne. Un sacré défi en cuisine puisque les cinq plats du menu devront correspondre à des scènes particulières du film. Au Texas, un fan de Godard a poussé le concept encore plus loin lorsqu’il a proposé aux spectateurs de fumer pendant une projection d’ A bout de souffle. Les puristes ont adoré” , conclut Adèle Smith.

Ou alors, vous pouvez aussi installer le cinéma chez vous. “Comptez 35 000 dollars l’installation puis ajoutez-en 500 pour le film et 600 pour la 3D. C’est la somme déboursée par de riches Américains qui souhaitent assister à une séance de cinéma sans sortir de chez eux, explique le Los Angeles Times, cité par Courrier International . La firme Prima Cinema Inc., installée près de San Diego, propose ainsi aux amateurs du grand écran de découvrir les films qui sortent en salle depuis leur salon. Ou, bien souvent, de leur propre salle de cinéma, pour ceux qui ont déjà dépensé 500 000 dollars pour en installer une dans leur villa. Les clients ne manquent pas dans cette région huppée de la Californie. « Nous avons trouvé la recette pour faire des milliardaires de vrais gamins », sourit Jason Pang, le directeur de la société. Le prix du pop-corn, lui, n’est pas indiqué.”

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