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Qui pour diriger le Français rénové ?

7 min

C’est un spot publicitaire, tourné par le réalisateur Etienne Chatiliez, et qui sera diffusé au cinéma à partir du 7 février. Qu’y verra-t-on ? “Muriel Mayette, administratrice générale de la Comédie-Française, passer l’aspirateur en escarpins entre les fauteuils de la salle Richelieu avant d’épousseter les dorures, juchée sur un escabeau , nous dévoile en avant-première Philippe Baverel dans Le Parisien . Comment mieux signifier que la salle Richelieu a retrouvé ses superbes décors ?”

En attendant de voir le film en question, les spectateurs du Français peuvent constater sur pièce depuis une semaine, puisque, raconte dans Le Monde Fabienne Darge, qui y était, “la Comédie-Française bruissait de l’excitation des petits événements artistico-mondains, lundi 28 janvier au soir. La salle Richelieu rouvrait après un an de travaux de rénovation, pendant lesquels la troupe a joué dans le Théâtre éphémère installé dans les jardins du Palais-Royal. Vers 20h30, Muriel Mayette est montée sur la scène pour dire sa « fierté et sa joie » de réintégrer la salle historique de la maison, devant un parterre d’hommes politiques, d’écrivains, de comédiens ou de journalistes, dominé à la corbeille par la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti. Trois heures plus tard, à l’issue de la présentation du spectacle d’ouverture – Troïlus et Cressida, de Shakespeare, mis en scène par Jean-Yves Ruf (et dont nous parlerons dans deux semaines à La Dispute) –, le sentiment général était net , estime la critique du Monde : la rénovation de la salle était une vraie réussite. Mais le spectacle était raté : laborieux, poussif, lourd comme un gros pudding à l’ancienne. La maison de Molière, qui devait effectuer des travaux de mise aux normes de ses équipements techniques et d’accessibilité, et mener à bien un désamiantage, a profité de la fermeture du théâtre pour en rénover l’acoustique et l’esthétique. En ce qui concerne l’acoustique, le résultat est spectaculaire, dans cette salle où la réverbération vocale était mauvaise, et où existaient de véritables « trous » phoniques” ,je vous en avais parlé l’année dernière dans cette revue de presse. Quant à la rénovation des décors, “pour le dire simplement : c’est beau , applaudit Fabienne Darge. On se réjouissait donc de retrouver la troupe dans son biotope, continue-t-elle. Mais si Troïlus et Cressida est bien un spectacle de troupe, c’est uniquement, ou presque, dans sa composante masculine. On s’interroge sur cette décision, qui prive à ce point les actrices de la maison de participer à la fête.” S’ensuit une féroce critique du spectacle, dont ni le texte, “difficile, opaque, touffu” , ni la mise en scène de Jean-Yves Ruf, pas assez “costaud pour s’y attaquer” ne trouvent grâce aux yeux de la critique du Monde (je ne développe pas ses arguments, pour ne pas couper l’herbe sous les pieds de nos critiques dans deux semaines). “Dans un si bel écrin , conclut-elle, on aimerait maintenant que la programmation suive : des choix un peu mieux pensés, des metteurs en scène de haut niveau. Théâtre-Français, encore un effort si tu veux redevenir digne de l’histoire qui est la tienne…”

Pas démontée par le « sentiment général » dont se fait l’écho Fabienne Darge, Muriel Mayette, “à la tête de la Comédie-Française depuis le 4 août 2006, en remplacement de Marcel Bozonnet, s’est dite prête à assurer un mandat supplémentaire , nous apprend Nathalie Simon sur lefigaro.fr . « J’adore mon travail et je n’ai pas l’ambition de m’arrêter là, mais je suis dans l’art du présent, de la réouverture de la salle Richelieu, et de la programmation », souligne la patronne de la prestigieuse maison, dont le mandat a été renouvelé en 2011 et court jusqu’en juillet 2014. Elle a été la première femme à avoir été nommée à ce poste sur la proposition du ministre de la Culture d’alors, Renaud Donnedieu de Vabres. Née en 1964, Muriel Mayette, qui est entrée dans la troupe en 1985, rappelle qu’elle a mis sa carrière de comédienne « entre parenthèses » pour se consacrer entièrement à sa tâche. Au sein du Français, les avis sont très partagés , croit savoir la journaliste. « On souhaiterait quelqu’un de l’intérieur, comme Eric Ruf ou Guillaume Gallienne, Denis Podalydès était aussi tenté à un moment, disent plusieurs comédiens de la troupe . Il faut un grand monsieur ou une grande dame à ce poste. Nous ne sommes pas satisfaits de la programmation actuelle et pas très favorables à la réélection de Muriel Mayette, mais sa politique a l’air de fonctionner », reconnaissent-ils.”

“Pour la remplacer à la tête de la Comédie-Française dès juillet 2014 , poursuit Nathalie Simon dans un autre article du site Internet du Figaro , certains noms circulent déjà. Parmi eux, celui de Christian Schiaretti, patron du Théâtre national populaire de Villeurbanne depuis 2002, circule depuis quelques mois. Pour sa part, Jean-Marie Besset, directeur du Théâtre des 13 Vents à Montpellier, ne cache pas qu’il est fortement intéressé par le poste : « Il y a longtemps, j’avais déjà écrit à Jacques Chirac pour proposer ma candidature. J’ai fait mes débuts à la Comédie-Française dans Marie Tudor , mise en scène par Jean-Luc Bouttet en 1982. C’est moi qui ai apporté Arcadia de Tom Stoppard à l’ancien administrateur, Jean-Pierre Miquel, qui l’a fait entrer au répertoire en 1998. Depuis ses successeurs, Marcel Bozonnet et Muriel Mayette, m’ont tenu à l’écart… Je fais partie des auteurs en souffrance. Muriel Mayette n’a jamais programmé une de mes pièces. A ce stade de ma vie et de ma carrière, avec ma connaissance du répertoire, je pourrais apporter quelque chose de nouveau. Diriger un théâtre, c’est surtout imposer un répertoire. Ce serait un déchirement de quitter le Théâtre des 13 Vents, mais la Comédie-Française ne se refuse pas ! » Apparemment si. Jean-Louis Martinelli, directeur du Théâtre Nanterre-Amandiers, qui a le plus grand respect pour la troupe et le travail qu’a accompli Muriel Mayette, est très clair : « Une maison de cette nature nécessite d’avoir une connaissance de l’intérieur, souligne-t-il . Il y a suffisamment de talents au sein du Français. J’estime que j’ai commencé un chantier à Nanterre et ne l’ai pas achevé. Certains pourraient être flattés par des positions de prestige, ce n’est pas mon cas. » Même avis auprès de Macha Makeïeff à la tête du théâtre de La Criée, à Marseille, qui ne se sent pas « légitime » et souhaite quelqu’un issu de la troupe, qui mette son « ego » de côté et de « belle humeur ». Enfin, Stéphane Braunschweig, le directeur du Théâtre de la Colline, Julie Brochen, à la tête du Théâtre National de Strasbourg, et Emmanuel Demarcy-Mota, celui du Théâtre de la Ville, à Paris, se disent occupés par leur travail de mise en scène et préfèrent ne pas s’exprimer” auprès de l’enquêtrice du Figaro .

Mesdames, Messieurs, les paris sont ouverts…

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