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Qui a vraiment lu les Misérables ?

7 min

Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau, je ne suis pas notaire, c’est la faute à Voltaire, je suis petit oiseau c’est la faute à Rousseau… ces paroles chantées sont bien évidemment vous l’aurez reconnu – celles de Gavroche dans les Misérables…

Cette saga d’environ 1500 pages a été écrite, comme chacun sait par le grand Victor Hugo qui a mis près de 17 ans pour la terminer… Commencée en 1845, à Paris, elle a été achevée en 1862 sur l’île de Guernesey, (dépendance de la couronne britannique dans la Manche au large des côtes françaises), où l’écrivain s’était exilé volontairement...

Et si je vous parle aujourd’hui des Misérables, c’est parce que nous fêtons cette année les 150 ans de sa parution…

« La première partie des Misérables paraît le 30 mars 1862 à Bruxelles, sous l’enseigne de Lacroix et Verboeckhoven, et le 3 avril à Paris, chez Pagnerre. Il est simultanément diffusé dans une douzaine de capitales – Lisbonne, Rome, Londres, Moscou, Rio… - en français. 15 jours après la sortie, on compte déjà cinq éditions pirates… En quelques mois, malgré un prix élevé, il se vend 100 000 exemplaires, du livre à travers le monde, chiffre considérable pour l’époque » nous précise Jérôme Dupuis dans l’Express daté du 1er février

Si c’est un succès retentissant de librairie, les critiques de ses compères écrivains sont-elles, assassines…

François Busnel écrit dans son édito du magazine Lire de février « les écrivains qui tenaient le haut de l’affiche à l’époque n’étaient pas en reste :

Et de citer « un livre immonde et inepte, écrit Baudelaire à sa mère il n’y a là ni vérité, ni grandeur, fustige Flaubert dans sa correspondance et Lamartine, toujours aussi peu lucide sur la marche du siècle, a lu un livre dangereux de deux manières : non seulement parce qu’il fait trop craindre aux heureux mais parce qu’il fait trop espérer aux malheureux » .

Pour François Busnel toujours , « Tout est là, dans cette remarque du pusillanime Lamartine : la littérature, pour ceux qui n’ont pas rompu avec un romantisme plus ou moins geignard, doit être une consolation. Vision naïve de l’existence contre laquelle, précisément, se dresse Victor Hugo. Au point d’en faire parfois beaucoup trop et de verser dans ce réalisme social dont Les Misérables restent l’emblème. »

150 ans après, si tout le monde connaît les Misérables comme la saga du peuple de Paris et des pauvres gens du 19e siècle, ce n’est pas parce qu’ils en ont lu les 5 tomes, mais bien plutôt parce qu’ils ont, selon les générations, vu Bourvil ou Christian Clavier en Thénardier, Gabin, Lino Ventura ou Gérard Depardieu en Jean Valjean, ou parce qu’ils l’ont lu dans Super Picsou Géant…

« C’est là tout le paradoxe des Misérables », nous explique Jérôme Dupuis dans l’Express « sans doute le plus grand roman français, dont tant de personnages – Jean Valjean, Javert, Gavroche… - imprègnent profondément l’inconscient collectif (combien de fois n’a-t-on pas entendu que les époux Balkany étaient les Thénardier des Hauts-de-Seine ?) : on croit l’avoir lu (bien souvent ce n’était qu’une version abrégée), on en a vu (ou subi) nombre d’adaptations sur grand et petit écran »

François Busnel dans son édito, de Lire, confirme « Depuis un siècle et demi les adaptations n’ont jamais cessé : au cinéma (on recense à ce jour 35 films, de toutes nationalités), à la télévision (11séries), en dessin animé (il en existe 6), au théâtre (2 pièces), et aujourd’hui encore à New York, Londres ou Paris, dans une kitschissime comédie musicale qui se joue à guichets fermés depuis 32 ans. »

Enfin, l’éditorialiste nous rappelle également « que le plus grand écrivain de son temps » était jugé « immoral », « prorévolutionnaire », « scandaleux », par les journaux de son époque.

C’est là encore un des paradoxes de Victor Hugo. Aujourd’hui il est considéré comme un visionnaire et cité à tour de bras, à droite comme à gauche : « Une campagne électorale ne commence vraiment que lorsque les candidats se mettent à piocher dans les œuvres complètes de Victor Hugo… L’auteur de Napoléon le Petit a écrit mieux qu’une œuvre : une grammaire du langage politique » nous souligne Edouard Launet dans Libération du 2 février dernier.

Plus d’un siècle après la mort de l’écrivain, son œuvre nourrit encore l’imaginaire, des citations politiques aux poèmes en chansons…

Alors que Victor Hugo écrivait dans Faits et croyances « Les maîtres d'école sont des jardiniers en intelligences humaines », Mohammed Aïssaoui nous apprend d ans le Figaro littéraire du 26 janvier dernier qu’ « Une agence de soutien scolaire et une maison de disques lancent un album de poèmes classiques mis en musique par des vedettes ».

Parmi ces poèmes, on retrouve le célèbre « Demain dès l’aube… » de Victor Hugo -- que nombre d’écoliers apprennent par cœur… chanté par l’humoriste… Elie Semoun… et ce dernier de déclarer « N’hésitez pas à lire les classiques, c’est pas la honte ! » Et ça, ce n’est pas une blague !!!…

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