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Recadrages muséaux

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Dans nos grands musées nationaux, l’heure est aux recadrages, et pas seulement budgétaires. On a ainsi lu dans L’Express que “le Centre Pompidou-Metz suit l’exemple du Louvre-Lens en introduisant entre ses murs une collection « permanente ». A partir de mars 2014 y seront installées, pour une durée d’au moins deux ans, une vingtaine d’œuvres monumentales, signées Picasso ou Sam Francis, provenant des collections du Centre Pompidou de Paris. La décision a été prise en réponse au récent coup de gueule d’Aurélie Filippetti. La ministre de la Culture avait pointé la déception des visiteurs venant en dehors des périodes d’expositions. Cette annonce a satisfait les élus locaux, dont certains menaçaient de revoir à la baisse leur contribution financière.

Les recadrages se font aussi par voie de presse, notamment en usant du droit de réponse. Le 14 septembre, dans son supplément « Culture & idées » , Le Monde publiait un article non signé titré « Manet a vandalisé le Palais des doges » . Citant le site Veneziatoday et le journal vénitien Il Gazzettino , la brève racontait que “l’exposition Manet. Retour à Venise, qui s’est achevée le 1er septembre, aurait gravement endommagé le Palais des doges. Un rapport de 20 pages, assorti de 80 photos pointant les dégâts, a été transmis aux inspecteurs chargés de la protection du patrimoine de Venise. Selon Franco Rocchetta, l’un des fondateurs de la Ligue vénitienne (fédérée à la Ligue du Nord), « 30 à 35 trous d’un diamètre de 6 à 7 cm » ont été creusés dans les murs d’une dizaine de salles afin d’installer la climatisation exigée par le Musée d’Orsay pour protéger l’œuvre phare de l’exposition : Olympia. Par ailleurs, selon Il Gazzettino, « les deux climatiseurs posés sur un balcon en pierre d’Istrie et les tuyaux empilés pour l’installation ont abouti à l’effondrement de la partie centrale de la salle des Ecuyers ». Le conseiller communal Marco Simone Venturini a rappelé que « le Palais des doges est un trésor que nous devons préserver et transmettre aux générations futures ». Selon Franco Rocchetta, les organisateurs de l’exposition auraient voulu « satisfaire les bailleurs de fonds ».”

On s’en doute, la direction du Musée d’Orsay a peu apprécié ce qu’elle considère comme des « accusations graves portées à [son] encontre » , et a écrit au Monde pour apporter quelques « éléments d’informations et de rectifications » . “1. Le Musée d’Orsay , explique-t-elle, a exigé du Palais des doges ce qu’il exige de tous les musées ou lieux d’exposition du monde entier où ses œuvres sont prêtées. Aucune exigence exorbitante des normes usuelles n’a été présentée au Palais des doges à l’occasion du prêt de l’ Olympia. 2. Mme Gabriella Belli, directrice de la Fondation des musées de Venise organisatrice de l’exposition, l’a indiqué clairement : les travaux de climatisation nécessaires pour mettre aux normes les structures du bâtiment ont été réalisés avec l’accord et sous le contrôle de la Surintendance des biens historiques, la plus haute autorité italienne dédiée à la conservation du patrimoine. En conséquence, le Musée d’Orsay conteste formellement la présentation des faits au sein de l’article en cause et les accusations portées à son encontre, et regrette que le journal Le Monde n’ait pas procédé à un minimum de vérifications et d’enquête avant de relayer ces accusations.”

Eh oui, il faut faire attention à ce qu’on écrit dans la presse, attention aussi à ce qu’on y dit. Qui a dit, par exemple, dans une interview au Parisien : « Quand je dirigeais le musée des Beaux-Arts de Montréal, j’avais proposé une exposition autour de l’homosexualité. On m’avais dit : “Pas question !” Rien que pour le projet d’affiche, la ville commençait à se diviser… » ? Que n’a-t-il dit là ! “Rhabillé par la critique , notamment à la Dispute, pour son exposition sur la nudité masculine, le président du Musée d’Orsay, oui, le même, Guy Cogeval, a été recadré par le musée des Beaux-Arts de Montréal pour avoir affirmé s’être heurté au conservatisme local quand il en était directeur , a-t-on lu dans Libération . Auprès des médias, il a assuré avoir voulu proposer une exposition similaire quand il dirigeait le musée (de 1998 à 2006), avant de comprendre que « c’eût été suicidaire ». « A Montréal, il n’y a rien », insistait-il sur France Musique. Le musée, prenant la mouche, a fait observer que jamais le moindre projet n’a été avancé et rappelé avoir librement exposé les œuvres érotiques de Picasso ou de Cocteau. La suspicion en homophobie a été particulièrement mal perçue dans la cité la plus libertaire d’Amérique, où le mariage gay est entré dans les mœurs depuis 2005.”

Recadrage encore, entre journalistes cette fois, ou plutôt de chroniqueur à titreurs. Delfeil de Ton juge ainsi dans Le Nouvel Observateur que la rétrospective du peintre Georges Braque au Grand-Palais a été “l’occasion pour la presse parisienne de montrer son souci culturel et de faire assaut d’intelligence. Ainsi Libération titre-t-il ses trois pages « Le Grand-Palais à Braque ouvert ». Son lecteur étant sans doute prié de sourire. Le Figaro, pour sa part, invitait à rire franchement, qui titrait « Le bric à Braque », et L’Express n’a pas voulu être en reste : « Fabrique à Braque ». Le Figaroscope, cependant, champion réfuté du test comparatif, l’emporte ici lui-même avec ce titre qui témoigne d’une profonde connaissance du destin de l’artiste : « Braque change de braquet ». C’était ma rubrique « C’est avec ça que la profession compte sauver la presse sur papier ? »” , assène le chroniqueur du Nouvel Obs’ .

Encore heureux que la précédente rétrospective des œuvres du peintre remonte à une quarantaine d’année, car en cas de lassitude de la presse, Delfeil de Ton aurait sans doute eu à déplorer des « Braque : assez » , et autres « Braque : marre ! »

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