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Remises à plat

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“Après les polémiques sur le renouvellement des directeurs des centres dramatiques, qui a beaucoup occupé les esprits cet été, de Strasbourg à Marseille, de Rennes à Bordeaux, Lyon, on revient aux choses sérieuses : jouer” , se réjouit Armelle Héliot dans Le Figaro . Peut-être un peu vite, car les choses pas sérieuses continuent, notamment sur la Côte d’Azur. “La proposition du maire de Nice, Christian Estrosi, de nommer Zabou Breitman à la tête du Théâtre national de Nice (TTN) « ne peut s’appliquer », selon Aurélie Filippetti, l’actrice ne s’étant pas présentée pour le poste , lit-on dans La Croix. « Elle n’a pas déposé de dossier de candidature, donc [sa candidature] ne pouvait être examinée par la commission compétente », a expliqué la ministre de la culture. Depuis plusieurs mois, la politique de renouvellement des directeurs engagée par la ministre fait polémique à Nice, Christian Estrosi ayant défendu, en vain, la candidature de Daniel Benoin à un cinquième mandat, en tandem avec Zabou Breitman. « Daniel Benoin ne pouvait pas être candidat car il est allé au bout de ses mandats », a rappelé la ministre. L’ex-ministre UMP a donc proposé la candidature de Zabou Breitman sans Daniel Benoin. Une solution rejetée par l’actrice elle-même, qui ne souhaite pas se présenter seule…”

« Les règles doivent être les mêmes pour tout le monde, a réaffirmé la ministre, interrogée par Libération . Ce n’est pas à moi ou au maire de Nice de décider de telle ou telle candidature, mais à la commission chargée de les examiner. Trois excellentes candidatures ont été retenues au mois de juin [celles du tandem Simon Abkarian-Ariel Goldenberg, d’Irina Brook et de Frédéric Bélier-Garcia , précise le journal]. Elles doivent être examinées le 10 septembre [demain]. Je pense que tout le monde se rangera à l’avis de la commission. Je note aussi que Christian Estrosi a déclaré que la mairie de Nice siègerait à cette commission du 10 septembre. Et qu’il a rappelé son attachement au label de centre dramatique national. Un label qui suppose le respect des procédures. » […] Au-delà du cas de Nice, la ministre dit souhaiter la « remise à plat de ce que doit être un centre dramatique national et du rôle de l’Etat ». Et précise que cela fera partie de la loi d’orientation sur la création artistique qu’elle espère présenter « en 2014 ».”

Une remise à plat, c’est également ce à quoi appelle Armelle Héliot, à nouveau dans Le Figaro. ”Par-delà son désir légitime de rajeunir et de donner leurs chances aux femmes, particulièrement minorées dans le monde du spectacle vivant, écrit-elle, Aurélie Filippetti aurait tout intérêt, avec le directeur de la création, Michel Orier, à réfléchir aux exigences de la décentralisation et aux besoins de ces artistes nombreux qui ne rêvent en rien de devenir les grands féodaux d’un système obsolète.”

Une remise à plat, c’est aussi le vœu d’un ancien Directeur du théâtre au ministère de la Culture, ex-directeur du Festival d’Avignon. Mais il ne s’agit pas des CDN, il s’agit de vous, chers critiques. La presse , écrit Bernard Faivre d’Arcier sur le site Internet de Télérama , a fait grand cas d’un supposé échec de la démocratisation culturelle en prenant appui sur des études menées par les services eux-mêmes du ministère de la Culture. […] Mais d’un autre côté, les mêmes médias ne cessent d’appeler à la radicalité et au renouvellement des formes. Cette radicalité devient un concept en soi. Elle est d’ailleurs typique du monde occidental et de notre époque car ce n’est pas, de loin, un concept universel. Cet appel à la radicalité fait d’ailleurs du critique le juge de celle-ci et renforce sa position et son pouvoir. Les directeurs artistiques sont alors sommés de concevoir des expositions radicales, de présenter des spectacles radicaux, de proposer des partis pris intransigeants sous peine d’être taxés d’ennui, de conservatisme, ou de « déjà vu », sentiments ressentis et exprimés par le critique. Mais quel regard peut donc porter sur une œuvre un néophyte assistant pour la première fois à la représentation d’une pièce de Shakespeare ou de Jean Genêt, et un critique qui a à son actif quelques milliers de spectacles et qui aura vu, dans l’exercice de son métier, déjà nombre de mises en scène de la même œuvre ? Comme on n’envisage pas de demander au critique de faire œuvre de vulgarisation, ce que la plupart déteste, on assiste à un phénomène un peu malsain qui conduit les nouveaux artistes (en général à peine formés) à se précipiter dans cette radicalité, animés de la seule volonté de faire différemment, quitte d’ailleurs à méconnaître ce qui s’est fait de fort radical dans les générations précédentes ! […] Cette tendance à pousser à aller toujours plus loin dans la destruction des formes (sans être sûr d’ailleurs d’en créer de nouvelles) et de se comporter en spécialiste est due au fait que la critique est une profession qui entend prescrire mais aussi qui s’observe, se combat et parfois même se déjuge sans vergogne. On n’en tirerait pas conséquence si, d’un autre côté, il n’était fait constamment cas de mesures d’audience et de reconnaissance du succès au nombre de spectateurs ou de visiteurs enregistré sans qu’on puisse juger de la satisfaction de ces derniers. Ne tirez donc pas , plaide Faivre d’Arcier, sur les pianistes qui doivent à la fois coller à l’art contemporain, rassembler des spectateurs si divers dans la formation de leur goût et enfin respecter les instructions publiques dont le renouvellement des générations et bientôt la parité hommes/femmes représenteront un cadre supplémentaire.” C’est à se demander pourquoi il y a tant de candidats pour faire le pianiste sous le feu assassin d’irresponsables critiques…

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