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Renoncements et conformisme

5 min

Une bien belle histoire, pour commencer, lue dans Le Nouvel Observateur“Sonia Bonsom, une Espagnole de Gérone, avait déposé plainte pour nuisance sonore contre une voisine, Leila Martin, 19 ans. Elle l’accusait de lui avoir provoqué des troubles psychiques en jouant des gammes pendant plus de quarante heures par semaine, entre 2003 et 2007. Sept ans de prison avaient été requis contre la jeune pianiste. Le tribunal l’a relaxée. La procédure a duré six ans. Entre-temps, Leila Martin est devenue pianiste professionnelle. Sa persévérance était justifiée.”

Il fallait être tout aussi persévérant pour suivre le feuilleton à rebondissements du remplacement, à la direction de l’Orchestre et Opéra national de Montpellier-Languedoc-Roussillon, de Jean-Paul Scarpitta, contraint de quitter son poste en raison d’un conflit avec le personnel. Dans son numéro de décembre, Diapason nous apprend que “Laurent Spielmann, actuel directeur de l’Opéra national de Lorraine, a annoncé le 28 octobre le retrait de sa candidature, « au vu des difficultés financières de la structure », qui ne lui auraient pas permis de « développer le projet artistique qu’il envisage ».” Le 22 novembre, on peut lire dans Le Monde qu’“Alain Surrans succèdera à Jean-Paul Scarpitta. Le directeur général de l’Opéra de Rennes a été préféré aux trois autres candidats restés en lice : Valérie Chevalier-Delacour, Georg-Friedrich Heckel et Eric Vigié. Cette décision , nous assurait le quotidien, [serait] ratifiée le 26 novembre par le conseil d’administration de l’établissement.” Patatras, le 5 décembre, Le Figaro annonce qu’Alain Surrans “renonce, considérant, d’après Ouest-France, qu’il n’est « pas entendu » et ne peut « pas aller jusqu’au bout de son projet dans l’Hérault ».” Le Monde peut alors annoncer que c’est finalement “Valérie Chevalier-Delacour, 49 ans, ancienne artiste lyrique, directrice de l’administration artistique de l’Opéra national de Lorraine et de l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy“ qui est nommée, et prendra ses fonctions à partir du 29 décembre, si évidemment elle ne renonce pas d’ici là !

Autre défection, celle de Pierre Boulez, on l’a appris il y a un mois dans Libération : “le compositeur et chef français, 88 ans, a dû renoncer à diriger les concerts des 17 et 18 décembre au Louvre et à Pleyel pour raisons de santé. Alain Altinoglu, 38 ans, le remplacera et l’Orchestre de Paris a modifié le programme, qui sera consacré à Berlioz, Mendelssohn et Tchaïkovski.” Initialement, c’est Anton Webern et Alban Berg qu’on aurait dû entendre, avec, entre autres, le Concerto pour violon à la mémoire d’un ange. “Un très mauvais signal , déplore Christian Merlin dans Le Figaro . On est prêt à entendre tous les arguments : il est plus important que jamais de remplir les salles, Pierre Boulez est l’un des rares à le faire avec de la musique du XXe siècle, a fortiori sous la Pyramide du Louvre où est donné le premier concert. Berlioz, Mendelssohn, Tchaïkovski : un bon vieux programme ouverture, concerto, symphonie, comme autrefois, avec ses tubes.

« Quand le chat n’est pas là, les souris dansent » : on va enfin pouvoir programmer de la vraie musique ! Nous forçons bien sûr le trait , reconnaît le critique du Figaro , d’autant plus injustement que l’Orchestre de Paris se montre aussi capable de sortir des sentiers battus. Mais les symboles sont importants. Celui-ci donne l’impression que l’on a baissé les bras face à une tendance lourde : l’appauvrissement des programmes. Rien que cette saison, entre Pleyel et le Théâtre des Champs-Elysées, on aura entendu quatre fois la Septième de Beethoven, autant pour la Deuxième de Brahms et la Pathétique de Tchaïkovski. Même phénomène pour les concertos, peu de chefs étant capable de faire salle comble sans soliste : quatre pianistes ont opté pour le Quatrième de Beethoven, trois pour le Premier de Tchaïkovski, trois pour le Deuxième de Chopin. [Christian Merlin] est le premier à dire qu’il est passionnant de comparer différentes interprétations d’une même œuvre, mais cela ne saurait suffire.

Le problème n’est pas nouveau , rappelle-t-il. Lorsque Dimitri Mitropoulos prit la direction du New York Philharmonic après-guerre, il donna en une saison trois créations mondiales, sept créations américaines et six premières new-yorkaises. C’était trop d’un coup, le public déserta. Entre ce radicalisme et le conformisme actuel, il y a un milieu. Une saison est un équilibre savant entre œuvres populaires et répertoire moins familier : lorsque Paavo Järvi dirigea l’improbable Symphonie de Hans Rott, elle était couplée avec le très populaire Concerto pour violon de Tchaïkovski, c’est de bonne politique. Nous avons appris notre Lutoslawski et notre Steve Reich grâce à Christoph von Dohnanyi, qui en plaçait toujours entre Beethoven et Dvorak. La clé : l’éducation du public. Schönberg ou Bartók font fuir les auditeurs ? C’est parce qu’ils ne les connaissent pas, au point de prendre pour de la musique moderne des œuvres composées il y a un siècle. Les musiques déprogrammées pour les concerts de décembre devraient être du répertoire, comme Beethoven ou Tchaïkovski. Mais elles ne le deviendront jamais si on ne les joue pas, cercle vicieux bien connu… Depuis septembre , conclut le critique musical du Figaro , le Philharmonique de Berlin a donné Schönberg, Berg, Stravinsky, Lutoslawski, Janacek, Penderecki, Zimmermann, Kurtag, et vient d’emmener en tournée asiatique les Notations de Boulez. Qui dit mieux ?”

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