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Repli sur soi

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“La ville de Grenoble envisage de retirer la subvention de 438 000 € dont bénéficient les Musiciens du Louvre, l’ensemble fondé en 1982 par Marc Minkowski et toujours dirigé par lui depuis , a-t-on lu entre autres dans La Croix. Basée dans le chef-lieu de l’Isère, la formation rayonne en France et dans le monde entier grâce à la personnalité entreprenante de son chef. Même si, selon la municipalité, « il n’y a rien d’acté », les Musiciens du Louvre voient dans cette perte financière annoncée une menace directe sur « l’emploi des cinq musiciens permanents, des 11 salariés de l’équipe artistique et administrative, ainsi que l’activité de 220 musiciens intermittents. »” “Face à la baisse des dotations de l’Etat , rappelle Libération, les municipalités cherchent à réduire leurs dépenses en ciblant la culture, tant il est vrai que l’ignorance, c’est mieux.” Libération a consacré un reportage à cette affaire, au sein du dossier déjà cité ici lundi, celui annoncé en une par le titre « Gauche et culture, le malaise » . « Incrédule, halluciné, en colère » : Mark Minkowski, le chef de l’orchestre baroque des Musiciens du Louvre, acclamé dans toute l’Europe, et directeur artistique de la Mozartwoche de Salzbourg, fustige la décision « indécente, irréfléchie et inacceptable » prise par la municipalité grenobloise, une coalition Europe Ecologie-les Verts-Parti de Gauche-Réseau Citoyen menée par Eric Piolle , rapporte le correspondant local de Libé , François Carrel. […] Les Musiciens du Louvre conservant jusqu’à nouvel ordre leurs autres subventions (877 000 euros de la Drac, de la région Rhône-Alpes et du conseil général de l’Isère), leur budget, avec un pourcentage élevé de fonds propres, recettes et mécénat, devrait passer de près de 3,7 millions à 3,2 millions d’euros en 2015. « Bien sûr, nous avons beaucoup de recettes propres, mais notre fonctionnement nous coûte très cher, explique Marc Minkowski. C’est indécent de nous tuer comme ça, surtout après avoir renoncé aux recettes des panneaux publicitaires en ville. Je suis loyal depuis dix-huit ans, nous sommes très présents à Grenoble et je contribue à son rayonnement international. C’est une ingratitude et une injustice incompréhensibles, notamment pour le public qui a besoin de nous. » La priorité, assume le maire Eric Piolle, c’est « la culture, pour et par les Grenoblois. Nous préférons ne pas arroser les oasis déjà bien vertes, mais multiplier les oasis. » “Les Musiciens du Louvre recevaient 17,99 % des 3 millions de subventions de la ville, en numéraire et en nature, aux associations culturelles, hors établissements publics comme la Maison de la culture, etc. Pressé déjà par l’ex-municipalité de s’investir, l’orchestre a certes multiplié les concerts locaux ces dernières années (43 concerts à Grenoble la saison dernière dont la moitié gratuits), mais pour beaucoup d’acteurs locaux , constate Libération, « le compte n’y était pas » au regard de la subvention… et de l’investissement à Paris et à l’international de Minkowski. La réaction de Pascal Lamy, président des Musiciens du Louvre et ex-directeur de l’Organisation mondiale du commerce, « le peuple a droit à l’excellence ! », a heurté. Salvatore Origlio, président du Jazz club de Grenoble (35 concerts par an, un festival mêlant têtes d’affiches nationales et musiciens locaux pour 8 000 euros de subvention municipale) assume : « Personne ne peut se réjouir qu’on diminue les subventions à un artiste. C’est brutal, excessif peut-être… mais Minkowski s’est-il jamais posé la question de savoir si ce n’était pas brutal que les petites structures se battent depuis des décennies pour essayer de payer les musiciens tandis que d’autres se gavent ? A Grenoble, c’était le fait du prince, on dépensait des millions pour aller chercher des stars… » Et le rayonnement international de Grenoble, dans tout ça, qu’en pense-t-il, le maire ? « Le talent de Minkowski n’est pas attaché à Grenoble et conserver un orchestre national dont l’objet est le rayonnement de notre ville ne nous concerne plus » , répond-il. Dans un point de vue publié par Les Echos , titré « Il faut résister au nationalisme artistique » , et reprenant pour beaucoup une tribune publiée peu avant dans Le Monde , le directeur de l’Opéra national de Paris, Stéphane Lissner, écrit ceci : “La particularité inquiétante de la période actuelle est que [les] tentations suicidaires [du repli sur soi] se retrouvent dans le domaine de la création artistique. Le monde de la culture est confronté à une impressionnante vague réactionnaire. […] Aujourd’hui en Italie, la programmation des théâtres lyriques privilégie le répertoire national : au San Carlo de Naples, sur neuf opéras donnés cette saison, un seul titre étranger en France, il y a quelques années, le débat sur le rétablissement d’une troupe dans les théâtres lyriques pouvait laisser à penser que seuls les chanteurs français pouvaient interpréter Bizet ou Berlioz. Comme si les plus grands artistes n’étaient pas capables d’interpréter le répertoire musical de l’humanité entière. Même dans l’art, la mémoire est courte. Karajan l’Autrichien à la Scala, Abbado l’Italien à Berlin, Strehler à l’Odéon ont aboli les frontières. […] Contre toute forme de capitulation, il faut résister , appelle Lissner. Je suis solidaire de tous ceux qui se battent au quotidien pour maintenir leurs activités, dans les théâtres, dans les Opéras et les orchestres, en régions – à Montpellier, Caen, Dijon entre autres… – comme à l’étranger. Mais la réponse est pour une bonne part entre les mains des acteurs culturels eux-mêmes qui ont la responsabilité de construire de véritables projets. Cela suppose une réflexion approfondie, un cap, une démarche qui embarque le public. Comment parler aux spectateurs, et notamment aux plus jeunes ? Quels sont les artistes qui vont trouver, sans tabou, les questions qui dérangent et les angles les plus pertinents ? Il faut, pour cela, conclut Stéphane Lissner, un peu de courage, sans doute, face aux risques de débordements médiatiques, face aux institutions, notamment locales, toujours tentées de couper dans les budgets et de céder aux pressions. Face au conformisme, en somme.” Allez, courage !

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