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Restitutions

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“La date a finalement été fixée : les sept tableaux soustraits à des familles juives pendant la guerre et actuellement conservés dans des musées français seront restitués le 19 mars , nous apprend Nathaniel Herzberg dans Le Monde. A cette occasion, Tom Selldorff, 82 ans, petit-fils de l’industriel autrichien Richard Neumann, reverra pour la première fois les six œuvres de Longhi, Ricci, Diziani, Fontebasso, Gandolfi et Palko qui étaient accrochées sur les murs de l’appartement de son grand-père à Vienne. Richard Neumann avait pu emporter les tableaux lors de sa fuite à Paris, en 1939, mais il avait dû les abandonner en quittant la France en 1942. Retrouvées en Allemagne après-guerre, renvoyées à Paris, les œuvres avaient été placées en dépôt au Louvre et dans plusieurs musées de province en attendant l’identification des propriétaires. Le septième tableau, signé du Hollandais Pieter van Asch, avait été rendu par erreur à la France. Son propriétaire était un banquier tchèque, Josef Wiener, assassiné au camp de Theresienstadt. Son plus proche descendant viendra de Londres récupérer son bien.”

Près de soixante-dix ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, beaucoup reste donc encore à faire. “La Staatsgalerie de Stuttgart a restitué à l’université Concordia de Montréal un tableau spolié par les nazis dans les années 1930 , lit-on ainsi dans une brève de La Croix . La toile, La Vierge à l’Enfant, est une peinture de la première Renaissance attribuée au peintre flamand Robert Campin (1375-1444). Elle était à l’époque la propriété de Max Stern, un marchant d’art juif allemand. L’homme avait fui l’Allemagne en 1937 pour l’Angleterre avant de s’installer au Canada. A sa mort en 1987, l’université québécoise Concordia était devenue son exécuteur testamentaire. Elle s’emploie depuis, grâce à l’aide de détectives, à retrouver les 400 œuvres ayant appartenu à Max Stern, dispersées aujourd’hui. Selon Clarence Epstein, directeur du projet de restitution des œuvres de Stern, « il y a de fortes chances de retrouver des œuvres spoliées dans pratiquement tous les musées en Allemagne. Nous avons environ 40 toiles sur notre radar. »

Il faut dire qu’on trouve de tout en Allemagne, côté œuvres d’art volées, dont certaines fort anciennes. “L’honneur turc est désormais lavé , écrit ainsi dans Le Monde Nathaniel Herzberg, encore lui, c’est décidément son grand sujet. Le ministre de la culture et du tourisme, Omer Celik, a annoncé, jeudi 7 mars, que la pièce maîtresse du trésor de Crésus venait de retrouver la « terre natale ». Sept ans après sa disparition, la broche hippocampe, somptueux bijou en or vieux de 2 600 ans, a été remise, mercredi 6 mars, par les autorités allemandes au directeur des musées turcs lors d’une cérémonie à l’ambassade de Turquie à Berlin. Après une nuit passée dans l’enceinte diplomatique, elle a pris jeudi le chemin d’Ankara, a ajouté le ministre. Les deux pays n’ont pas précisé les conditions dans lesquelles l’objet avait été retrouvé, ni si des arrestations avaient accompagné sa découverte. Ainsi s’achève l’une des affaires de vol d’œuvre d’art les plus emblématiques et les plus rocambolesques de ces dernières décennies. L’objet incriminé, il est vrai, n’est pas commun. La finesse des traits de cette créature ailée, à tête de cheval et à queue de poisson, la beauté des ornements, la qualité de l’or massif employé en font une pièce unique. Surtout, il constitue l’élément phare de ce que la Turquie a baptisé le trésor de Karun (Crésus) : quelque 363 objets en or, argent et verre exhumés dans les années 1960 d’un tumulus funéraire près d’Usak, dans l’ouest du pays.

Ce trésor, la Turquie en découvre l’existence en 1985, lorsque le Metropolitan Museum de New York organise une exposition largement médiatisée des merveilles archéologiques dont elle a récemment fait l’acquisition. Immédiatement, Ankara dénonce un pillage. Pour accéder aux bijoux, les malfaiteurs ont fait sauter la chambre qui abritait la sépulture d’une princesse lydienne où ils étaient entreposés. Ils ont ensuite fait illégalement sortir les pièces du pays. L’affaire prend statut de symbole. Dans la presse turque, on y voit la preuve de la nécessité pour les pays de culture ancienne de combattre les grandes puissances occidentales alliées aux trafiquants internationaux. Les Grecs ont les frises du Parthénon, exposées au British Museum les Turcs auront le trésor de Crésus. Manque de chance pour les Américains, leur dossier est autrement plus fragile que celui des Anglais. La Turquie attaque devant le tribunal fédéral de New York. Aux juges, les responsables du Met finissent par admettre qu’ils n’ont pas pris toutes les précautions nécessaires. Si bien que, en 1993, au terme d’un long processus juridique, l’ensemble de la collection est rendue à la Turquie. En échange, Ankara doit s’acquitter du paiement de 40 millions de dollars.

La Turquie triomphe. Le trésor est installé, en 1996, au Musée d’Usak. Fort de ce premier succès dans sa politique de réappropriation de son patrimoine, le pays se lance dans une série de réclamations en direction des grands musées occidentaux. Le bonheur dure dix ans, avant que la fierté ne se transforme en honte. Alertées par une lettre anonyme et après vérification, les autorités turques sont contraintes d’annoncer que plusieurs pièces de la collection sont des copies. Et parmi elles, le clou de la collection, celle que tout le pays venait admirer à Usak : la broche hippocampe. L’enquête aboutit rapidement à l’arrestation du directeur du musée. Kazim Akbiyikioglu reconnaît avoir organisé le vol et opéré les permutations. Son motif : le paiement de dettes de jeu. Au terme de trois ans de procédure, le conservateur est condamné, en février 2009, par le tribunal d’Usak, à douze ans et onze mois de prison. Neuf autres membres de son équipe doivent purger des peines d’emprisonnement.

Restait à retrouver la broche. Les Allemands ont percé le mystère à l’automne 2012. Le bijou a été retrouvé en novembre à Halle, dans l’est du pays. Comment ? Pour l’heure, les deux polices n’ont rien voulu dire. On sait juste que, en attendant la restitution, le joyau a été stocké dans un coffre de la banque centrale. Et qu’il ira rejoindre le reste de la collection dans le nouveau Musée archéologique, qui devrait ouvrir ses portes à Usak en 2014.” En attendant d’autres éventuelles restitutions : rappelons, j’en avais parlé ici début novembre, que la Turquie réclame au Louvre quelques pièces exposées dans son tout nouveau département des arts de l’Islam…

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