LE DIRECT

Retours d'Avignon

5 min

Nettement moins attaqué par certains que l’an dernier, le Festival d’Avignon, pour sa 66e édition, a cependant, à en croire la presse, laissé un souvenir pour le moins mitigé. Fabienne Darge a ainsi parlé dans Le Monde d’un “Festival apaisé, qui a semblé déposer les armes après les batailles des années précédentes. Sur le plan de la fréquentation, c’est, comme toujours depuis quelques années, un incontestable succès, avec un taux de remplissage de 93%. Sur certains spectacles – ceux de Simon McBurney, de Christoph Marthaler ou de Thomas Ostermaier, notamment –, les places se sont littéralement arrachées. Le bilan artistique de cette édition 2012 n’en est pas moins contrasté , note toutefois la critique du Monde, pour ne pas dire décevant par certains aspects. Le sentiment général est celui d’un Festival à deux vitesses. Les grands artistes étrangers ont rempli leur contrat, en présentant d’excellents spectacles. […] En contraste, le théâtre français a semblé bien à la peine.” Même sentiment pour Didier Méreuze dans la Croix . Constatant que les directeurs du Festival, lors de la conférence de presse finale, “n’avaient pas de mal à se montrer satisfaits des promesses tenues par les grands habitués du festival” (les Marthaler, Castellucci et autres Ostermeier), il nuançait immédiatement : “Certes, il s’agit de metteurs en scène reconnus de stature internationale. Leur valeur n’est plus à découvrir. Sans vouloir gâcher son bonheur (réel !) de spectateur, leurs réussites demeurent, d’une certaine façon, sans surprises !” Et de poursuivre : “On en regrette d’autant plus la faiblesse des propositions de la « jeune création » française, manifestement plus obsédée par un intime incapable d’atteindre à l’universel, plus « tendance » que profonde. Qu’il s’agisse de Séverine Chavrier, Guillaume Vincent, Christophe Honoré, etc., la déception aura été au rendez-vous, au fil de spectacles noyés sous les références, piégés par la sur-utilisation des ordinateurs et de la vidéo (ah, la poésie de la flamme d’une bougie !).” Fabienne Darge, toujours elle, développait cette analyse dans Le Monde en parlant d’un “Festival qui a donné l’impression de vouloir faire le grand écart entre des propositions consensuelles et des formes expérimentales limites ou ratées […]. La course à la découverte que se livrent les programmateurs fait parfois des ravages. Si l’on peut avoir la sensation d’un Festival sans grand éclat, c’est sans doute aussi parce que n’a pas vraiment émergé, cette année, un de ces spectacles chocs, une de ces découvertes qui deviennent soudain l’objet de toutes les conversations avignonnaises, comme ce fut le cas en 2012 avec La Casa de la Fuerza, d’Angelica Liddell, ou en 2011 avec Au moins j’aurai laissé un beau cadavre…, de Vincent Macaigne.”

Une dont l’enthousiasme n’est modéré d’aucune réserve, sauf peut-être pour La Mouette , c’est notre consœur en Dispute Fabienne Pascaud, qui profita de son papier de bilan dans Télérama pour remettre sur le tapis LA question qui fâche. “Oh ! le beau festival encore que ça aura été ! , s’enthousiasma-t-elle. A l’heure où s’estompent les frontières entre les disciplines artistiques, où le théâtre s’enrichit de mille croisements avec le roman, la danse, les arts plastiques et numériques, la musique, le voyage à Avignon est expérience rare. Si l’ouverture au monde, l’interrogation sur ce qui fait théâtre sont des constantes de travail des directeurs Hortense Archambault et Vincent Baudriller, leur volonté d’explorer des territoires autres avec des artistes associés, chaque année différents, ouvre chaque été des horizons neufs. Et l’affluence du public prouve à l’envie qu’on peut – comme ils y incitent – conjuguer débat esthétique et démocratisation culturelle. Alors, devant bilan si riche (avec les ratages qu’implique toute politique de création), on s’interroge , estime la directrice de la rédaction de l’hebdomadaire culturel. Pourquoi n’a-t-on pas prolongé l’exemplaire duo, dont l’ultime projet, la FabricA, lieu de répétitions, de résidence d’artistes et même de spectacles, ne sera achevé qu’à l’heure de leur départ, après l’édition 2013 ? Face à une échéance politique majeure (présidentielle et législatives), comment le ministre de la Culture d’alors a-t-il eu la légèreté de nommer si vite, et contre toute jurisprudence – deux ans à l’avance ! –, un patron de festival que le prochain gouvernement devrait « gérer » ? Candidat obstiné depuis 2002, Olivier Py [puisqu’il s’agit de lui] ne semblait-il pas assez légitime pour affronter les procédures régulières (appel à candidatures, remise d’un projet, dialogue avec les autorités territoriales, nomination à l’automne 2012) ? Alors que le gouvernement actuel revient sur certaines décisions du précédent, alors qu’en mai 2000 Catherine Tasca n’hésita pas à annuler le choix – à la tête du Théâtre de Chaillot – de sa devancière au ministère, Catherine Trautmann, pourquoi ne pas revenir sur pareilles manipulations politico-culturelles ? Le plus grand festival de théâtre du monde mérite mieux. En respecter les modes de nominations serait la meilleure manière de rester fidèle au grand démocrate qui l’a fondé, Jean Vilar, dont le président François Hollande est venu en personne célébrer [à Avignon] les 100 ans” , conclut d’un furieux tintement de bracelets notre consœur de Télérama .

En attendant de se pencher, éventuellement, sur la question d’Avignon, le gouvernement a déjà procédé à une première nomination, qui devrait réjouir le petit monde du spectacle vivant. On a pu lire en effet, notamment dans Libération , qu’un “communiqué du ministère de la Culture a fait état [jeudi] de la nomination de Michel Orier au poste de directeur général de la création artistique. Ancien membre du cabinet de Catherine Tasca au ministère de la Culture et de la Communication, puis directeur de la MC2, la maison de la culture de Grenoble, il sera chargé de « la mise en œuvre de la politique du ministère pour le théâtre, la musique, la danse et l’ensemble des disciplines du spectacle vivant et pour les arts plastiques ». Michel Orier succède à Georges-François Hirsch, qui, lui, « continuera à servir le monde de la culture dans le cadre de nouvelles missions. »

A la tête d’une scène, ou d’un festival ? Allez savoir…

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......