LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Révisionnisme historique et conscience professionnelle

5 min

“Près de trente ans après le début de la perestroïka, la Russie retrouve des habitudes que l’on espérait oubliées.” Nous avons parlé ici hier soir de “la promulgation, le 5 mai, d’une loi interdisant le mat – la langue russe « parallèle », composée de mots très vulgaires qui n’ont jamais eu droit de cité dans les dictionnaires généralistes – au cinéma, au théâtre , dans les médias et lors des représentations d’art vivant, fût-ce une lecture publique.” En attendant son entrée en vigueur le 1er juillet, “les cinéastes terminant leur film sont obligés de changer les dialogues ou de mettre un bip sur les mots interdits , rapporte Marc Juin dans Le Monde. La loi concerne aussi le doublage et le sous-titrage des films étrangers – seuls les festivals auront désormais le droit de passer des films sans retouche.” Cette loi s’inscrit dans une reprise en main de la culture, dont les exemples sont nombreux. “La loi du 30 juin 2013 vise ainsi , lit-on encore dans Le Monde , à « préserver les enfants d’informations faisant la propagande du rejet des valeurs familiales traditionnelles » et punit « la propagande des rapports sexuels non traditionnels ». Le ministère de la culture n’attribue plus ses subventions qu’aux films qui correspondent à la nouvelle feuille de route : « Les fleurs peuvent pousser, mais nous n’arroserons que celles qui nous plaisent, ou bien celles que nous estimons utiles », affirme Vladimir Medinski, le ministre de la culture. Insatisfait, en 2013, par le scénario d’un film dont l’action se situe en 1040, il a instauré un comité d’historiens chargé de vérifier que les projets sont conformes à la « réalité historique » ! Les films de commande réapparaissent. Le ministère s’est ainsi déclaré prêt à financer douze sujets « importants socialement » et « correspondant aux intérêts de l’Etat », qui mettraient en avant « la gloire militaire de la Russie » ou « les valeurs éternelles comme fondement du code culturel national : famille, tradition, amour et fidélité ». Un seul manuel d’histoire figurera désormais dans toutes les écoles du pays, alors que, depuis la perestroïka, ces ouvrages avaient fleuri. Certains députés ont en outre proposé d’imposer des quotas minimaux de films russes dans les salles. Ces quotas semblent, pour le moment, écartés au profit d’une nouvelle taxation des films étrangers. Cet encadrement vise , pour Le Monde , à créer un mythe qui viendrait remplacer celui, déchu, de l’ Homo sovieticus : celui d’une nation unie, dont les habitants sont heureux et parlent une langue châtiée. Un pays, aussi, dont le passé aura été embelli. « Chez nous, même le passé est imprévisible ! », plaisantent les Russes.” En guise d’exemple, un “film, Ordre d’oublier, long métrage de Rouslan Kokanaïev, qui raconte la très meurtrière déportation vers l’Asie centrale de l’ensemble des Tchétchènes, ordonnée par Staline en 1944, [se retrouve] accusé de « falsification historique » [et] a été interdit de diffusion , rapporte Libération. Tourné en Tchétchénie, il veut commémorer le 70e anniversaire de la déportation. « Nous considérons que ce film va inciter à la haine raciale », a expliqué le ministère de la Culture. L’œuvre évoque un massacre dans un village où 700 personnes ont été brûlées vives. A priori, le film n’a rien de très subversif : il a été financé par « des investissements privés à Grozny et à Moscou » selon Kokanaïev, qui travaille à la tête d’une préfecture tchétchène, donc pour un pouvoir soutenu par Moscou. Mais la Russie de Poutine n’aime guère que l’on évoque les crimes du passé.”

Et l’Amérique d’Obama ? Elle n’aime guère les réalisateurs à forte tête. “Le cinéaste David Fincher ( Fight Club, Seven, Zodiac…), pressenti pour mettre en scène un biopic sur Steve Jobs, le fondateur d’Apple, [a été] écarté du film par Sony Pictures Entertainment, studio producteur du projet , a-t-on pu lire dans Libération. Selon le Hollywood Reporter, qui rapporte la nouvelle, cette rupture serait motivée par « les réclamations agressives de Fincher pour obtenir un contrôle total sur le film ». Adapté de la biographie best-seller de Walter Isaacson, le scénario de Steve Jobs est écrit par Aaron Sorkin. Il était déjà l’auteur du script de The Social Network, précédent film de David Fincher consacré à une autre figure dominante du monde de la High-tech, Mark Zuckerberg, créateur de Facebook. Ironie de l’affaire : on semble reprocher à Fincher de trop ressembler à Jobs lui-même, réputé perfectionniste, tyrannique et peu enclin au compromis…” Le Parisien nous apprend que c’est finalement Danny Boyle qui aurait la préférence de Sony Pictures. “Et pour interpréter le génie de l’informatique, ce ne serait plus Christian Bale, d’abord envisagé, mais Leonardo DiCaprio, selon les informations (là encore) du Hollywood Reporter. […] La production de ce long-métrage pourrait commencer dès la fin de l’année, au pire début 2015.” On souhaite en tout cas à DiCaprio de ne pas avoir la conscience professionnelle de cet acteur jordanien qui, rapporte Marianne , “s’en est allé pendant qu’il tournait la scène dans laquelle son personnage devait mourir. Mieux que Molière, décédé une heure après avoir joué le rôle du malade imaginaire. Sans compter qu’il l’avait annoncé. « Je crois que je vais vraiment partir », avait-il prévenu. Son partenaire de jeu ne l’a pas cru, mais en professionnel consciencieux, Mahmoud al-Sawalqa, 55 ans, s’est soudainement exécuté. Et s’est écroulé, en plein désert, face aux caméras de la série Frères de sang. La première prise était la bonne. Célèbre en Jordanie pour ses rôles de Bédouin, l’acteur maîtrisait son sujet. Mais, avant de mordre la poussière, il avait confié sa dernière volonté. Que son collègue l’enterre… de ses propres mains. Même si la cause de sa mort reste un mystère, l’acteur avait sûrement pris son rôle un peu trop à cœur.”

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......