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Le Louvre va restaurer le "Saint Jean-Baptiste" de Léonard de Vinci

Saint Jean-Baptiste et Saint Antoine, priez pour nous...

5 min

Le Louvre lance la restauration du "Saint Jean-Baptiste" de Léonard de Vinci, avec toutes les précautions (de com) d'usage. Mais il ne fera jamais aussi fort que les "découvreurs" de "La tentation de Saint Antoine", "attribuée" à Jérôme Bosch à quelques jours de sa grande exposition...

Le Louvre va restaurer le "Saint Jean-Baptiste" de Léonard de Vinci
Le Louvre va restaurer le "Saint Jean-Baptiste" de Léonard de Vinci

“Au XIXe siècle, le Sâr Peladan voyait en lui « le frère jumeau de La Joconde », rappelle Eric Biétry-Rivierre dans Le Figaro. Plus près de nous, l'historien d'art, professeur à Oxford et biographe de Léonard, Martin Kemp, a jugé le tableau « le plus représentatif de Vinci ». [Fin janvier], ce Saint Jean-Baptiste, joyau des collections nationales – une des trois œuvres peintes que le génie toscan avait emmenées avec lui à la cour de François Ier et au château du Clos Lucé, sa dernière demeure, [a été] décroché. Le Louvre le retire de sa Grande Galerie pour une durée indéterminée. Il l'envoie dans ses sous-sols blindés, précisément au Centre de recherche et de restauration des musées de France (le C2RMF), où il va être restauré. Charge à Regina Moreira, qui a déjà œuvré à rendre sa carnation à la Bethsabée au bain de Rembrandt et ses contrastes à L'Homme au gant de Titien – et qui est déjà intervenue sur plusieurs œuvres léonardesques – d'ôter une partie des épaisses couches de vernis déposées au fil des siècles. « Le Saint Jean-Baptiste est probablement le tableau du Louvre qui a été le plus reverni, explique Sébastien Allard, le directeur du département des peintures. À chaque fois, on passait une couche pour retrouver un peu de brillance et de profondeur, mais ça ne durait qu'un temps. » Aujourd'hui, c'est au point qu'on ne distingue plus la peau de fauve habillant le prophète ermite ni la croix qu'il désigne de l'index de la main droite. Si son visage dionysiaque et androgyne, au sourire de félicité, émeut encore, sa chevelure d'or est noyée dans la pénombre, quelques fines boucles exceptées. En 2009, le C2RMF a mesuré l'épaisseur moyenne de ces vernis empoussiérés et oxydés, cause d'un jaunissement et d'un obscurcissement importants. Résultat : 110 microns, un chiffre record. Ce voile sera progressivement aminci de moitié. « Nous procéderons lentement, en fonction des difficultés. Des études et analyses entrecouperont les interventions de Regina Moreira, choisie sur appel d'offres et placée sous notre contrôle », assure Sébastien Allard.” 

Précautions

On le voit, “à l'heure de présenter à la presse la restauration à venir du Saint Jean-Baptiste, le Louvre prend ses précautions. L'intervention sur des œuvres de Léonard de Vinci est un sujet sensible pour le musée, constate Margot Boutges dans Le Journal des Arts. « Il y a une grande pression médiatique », reconnait Sébastien Allard. Car la restauration des œuvres de celui que beaucoup reconnaissent comment le peintre le plus génial de tous les temps divise régulièrement les spécialistes, et ces débats ne manquent pas d'être relayés par la presse. En 2011-2012, la restauration de la Sainte Anne avait cristallisé les débats, opposant les partisans d'un allégement de vernis prononcé et ceux le souhaitant beaucoup plus modéré.” “Échaudé par la restauration de Sainte Anne, le peintre et historien d’art, Jacques Franck, spécialiste de la technique de Léonard, appelle [ainsi dans La Croix] à une « grande prudence. Dans cette œuvre tardive encore peu comprise, Léonard ne suggère plus la forme que par des plages d’ombre et de lumière aux frontières indiscernables. Son sfumato pourrait être composé de colorants d’origine végétale ou de vernis teintés, vulnérables en cas d’allégement poussé des vernis. »” “« Prudence et pragmatisme, c'est notre doctrine », explique [dans le Journal des Arts] Sébastien Allard, qui le 12 janvier avait convié quelques journalistes pour expliquer les tenants et les aboutissants de la restauration du Saint Jean-Baptiste. Les journalistes s'étaient engagés à ne rien divulguer de l'opération avant le 14 janvier pour ne pas troubler les discussions devant se dérouler le 13 janvier, lors de la réunion de la commission de restauration et de conservation préventive qui donne deux fois par an un avis consultatif sur les restaurations proposées par les départements du Louvre.” 

"La Tentation de Saint Antoine", attribuée à Jérôme Bosch
"La Tentation de Saint Antoine", attribuée à Jérôme Bosch Crédits : Hieronymus Bosch/AP/ - Sipa

Promotion

Eh oui, la com, c’est tout un art. Regardez Jérôme Bosch. “Des historiens de l'art, rapporte l’AFP dans une dépêche reprise avec enthousiasme par de nombreux sites, ont affirmé [le 1er février] avoir identifié une nouvelle toile du peintre néerlandais, après des années de recherches à l'approche des 500 ans de sa mort l'été prochain : la peinture, une Tentation de Saint-Antoine, attribuée jusqu'alors à un élève, se trouvait dans l'entrepôt d'un musée américain, le Nelson-Atkins, à Kansas City. […] Les résultats de la recherche ont été présentés alors que le musée de sa ville natale, Bois-le-Duc, s'apprête à ouvrir [le 13 février] une exposition exceptionnelle regroupant 20 des toiles du « peintre du diable ».” “Pour un beau coup de com, c’est un beau coup de com, saluez-vous, Harry Bellet, dans Le Monde. […] Les seuls qui pourraient s’en plaindre un peu, ce sont les responsables du service de presse des éditions Actes Sud. On ne les avait visiblement pas tenus au courant de ce que le catalogue raisonné de l’artiste, qu’ils publient à la mi-février – un effort éditorial important puisqu’il consacre 575 pages à ce maître dont il ne subsiste guère plus de 25 tableaux –, contenait huit pages sur le supposé scoop. Et pour cause : l’ouvrage a été en partie rédigé par Matthijs Ilsink, coordinateur du Bosch Research and Conservation Project, à l’origine de la redécouverte du tableau. Il avait juste, semble-t-il, préféré réserver la révélation de l’information pour la promotion de l’exposition dont il est aussi commissaire. […] Nantie d’une telle publicité, nul doute que l’œuvre sera une des vedettes de l’exposition à venir, et, lors de son retour à Kansas City à sa clôture, le 8 mai, un des clous de la collection du musée de la ville. Son directeur ne s’y est pas trompé, qui a déclaré : « C’est un peu comme si votre enfant venait de recevoir le prix Nobel. » Rappelons que saint Antoine était invoqué pour soigner les maladies provoquées par l’ergot de seigle, dont les premiers symptômes étaient le délire et l’hystérie collective. Et prions pour son intercession.”

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