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Rupture, altérité et dérangement

8 min

Mai-Thu Perret, "The Adding Machine"

Peu d’articles, et encore moins de critiques, sur votre travail, Mai-Thu Perret, dans la presse généraliste française (il faudrait sans doute aller voir du côté de la Suisse), à l’exception notable des Inrockuptibles , qui suit votre travail depuis de nombreuses années en la personne de Claire Moulène. Dès 2007, à l’occasion d’une exposition collective au Centre Culturel Suisse à Paris, elle écrivait : « L’artiste, sous couvert d’une œuvre aux accents formalistes ou symbolistes, est surtout à l’origine d’une entreprise gargantuesque qui consiste à produire un ensemble de preuves et de fantômes, d’objets et de textes, soit-disant élaborés par une colonie socialiste et féministe venue d’une contrée mentale et donc totalement fictive : le New Penderosa. » Entreprise gargantuesque que Claire Moulène vous avait invité à expliciter dans un long entretien paru fin août, toujours dans Les Inrockuptibles , à propos de vos expositions de la rentrée à Zurich et au Centre d’art contemporain de Grenoble, le Magasin. A propos de cette dernière exposition, "The Adding Machine", on a pu lire un papier assez fouillé, même si parfois un peu abscons, comme souvent dans la critique d’art contemporain, de Romaric Gergorin sur le site artnet.fr. Depuis "Crystal Frontier", le travail décrit précédemment par Claire Moulène, il écrit : « toute l’œuvre de Maï-Thu Perret peut être vue comme un développement et une montée en puissance de cette matrice d’utopies féminines, qui évoque autant les strates narratives d’Antoine Volodine que les communautés de garçons sauvages du Burroughs des "Terres Occidentales", mais cette fois-ci portant sur l’autre sexe. William Burroughs, influence très prégnante chez Mai-Thu Perret et pas seulement par le nom de l’exposition, "The Adding Machine", titre d’un recueil d’essais de l’écrivain. L’effectuation tranchante des blocs narratifs en cut-up chez l’Américain fait aussi écho chez la jeune artiste. Tout comme Burroughs utilise la combinaison de phrases selon un ordre aléatoire comme méthode pour créer un nouveau sens qui échapperait à tout langage autoritaire pour aller vers une poésie de la rupture et un réseau de nouvelles interprétations cognitives, Mai-Thu Perret organise l’espace de ses expositions par des ruptures de sens entre les pièces qui cassent toute possibilité de lecture monolithique. Plus largement même, elle étend ce mouvement de l’éclatement des formes en effectuant à travers ces fragments un retour sur l’Histoire, une libération du passé. […] Toute l’œuvre de Mai-Thu Perret semble constituer une caisse de résonnance aux utopies et révolutions qui sortent du sommeil de l’Histoire pour apparaître sous un nouveau visage imaginé par l’artiste, créant ainsi une métafiction ouverte où chacun trouve sa liberté. »

Jean-Luc Verna, "Vous n'êtes pas un peu beaucoup maquillé ? Non"

Ce qui frappe avant tout les critiques qui se confrontent à votre travail, ou qui vous rencontrent, Jean-Luc Verna, c’est votre corps. « Son corps ? , écrivait Bérénice Bailly du Monde dans une version précédente de votre exposition, "Vous n’êtes pas un peu beaucoup maquillé ? Non", en 2007. Des pieds à la tête, il est couvert d’étoiles tatouées. Exubérantes ou minimalistes, elles le constellent. Ses yeux, souvent, sont ornés d’une lentille jaune spiralée qui lui donne l’air d’un beau diable. Mais pourquoi parler de lui, pourquoi évoquer, d’abord, son étrange silhouette chauve et musculeuse ? Parce que Jean-Luc Verna est avant tout un corps, qu’il se plaît à exhiber comme la première de ses œuvres d’art. » De votre travail protéiforme, Bérénice Bailly apprécie particulièrement vos dessins. « C’est surtout dans les dessins de Jean-Luc Verna que se déploie toute la poésie de son univers des plus gothiques. Evanescents de graphite, comme évanouis dans la matière, ses croquis ont l’élégance paradoxale du désir et des courbes obscures. Parfois, une tache de couleur vient les vivifier, mais c’est pour mettre en valeur toute leur obscurité. » C’est encore sur Internet que j’ai trouvé une critique enthousiaste et lyrique de votre travail, signée Camille Fallen sur le site ParisArt.com, à propos de la mouture 2011 de votre exposition. « Jean-Luc Verna, artiste polymorphe, plasticien, chanteur, danseur mais aussi professeur de dessin à la Villa Arson de Nice, ne se laisse pas seulement écarteler par différentes figures appartenant à des temporalités et à des ordres hétérogènes. Comme à l’assaut du temps et de ses vanités, il les unit dans une poétique volontiers dégradée ou décadente pour, d’une certaine façon, mieux les ressusciter et les sauvegarder en les remembrant autrement, jusqu’à travers son propre corps. Avec son exposition, Jean-Luc Verna lie l’altérité à la répétition. Rappel, reprise, continuité, mais aussi témoignage et martyre de l’altération et de l’altérité, La Verna persiste à prendre des poses qui, faisant coïncider histoire de l’art et rock, culture élitiste et culture populaire, esthétique et érotique, masculin et féminin, articulent mais aussi déconstruisent ces oppositions. […] L’exposition de Jean-Luc Verna dégage une sorte d’esthétique à la fois postmoderne et classique qui réanime l’idéal du beau et son désir, avec ses piques, ses nostalgies, ses tortures mortuaires et ses tragédies. Jean-Luc Verna lutte contre la mémoire courte et contre celui qui, comme le dernier homme de Nietzsche, périme l’art en un clin d’œil et fait passer l’avenir trop vite. Mais le chien qui, Jean-Luc Verna le sait, est aussi un ange et un saint, connaît la vérité et demande, vous le verrez : « Maintenant, foutez-moi la paix. » »

Kammel Menour, "Basse Tension" de Claude Lévêque

Vos expositions, Kamel Mennour, font toujours l’objet de multiples recensions et critiques dans la presse, vous êtes gâté, mais puisque c’est de celle de Claude Lévêque, "Basse tension", que nous avions parlé dans la Dispute, c’est sur celle-ci que j’ai concentré cette petite revue de presse. Une presse qui a, tous supports confondus, beaucoup de sympathie, déjà, pour la personne de Claude Lévêque, portraituré dans le Figaroscope par Valérie Duponchelle en « gros dur au cœur tendre. Anarchiste sur tranche argentée à la Biennale de Venise en 2009. Magicien des souterrains dans les réserves du Musée Bourdelle. Un metteur en scène des sens et de l’émotion. » De l’autre côté du spectre, le très hype Technikart écrivait en novembre : « La new wave électro de Jacno, celle de 1979, pourrait être la bande-son de la belle exposition de Claude Lévêque chez Kamel Mennour. On y trouve la même atmosphère de poésie minimale, la même mise en scène du danger. Avec "Basse Tension", triptyque orchestré de main de maître par un artiste en grande forme, on retrouve l’intensité des expos du Lévêque des 90’s, de "My Way" à l’Arc, aux "Champions" à la galerie de Paris. Un must à ne pas laisser passer. » Même enthousiasme chez notre consœur en Dispute et néanmoins critique à Télérama , Yasmine Youssi : « Le retour de Claude Lévêque à la galerie Kamel Mennour mérite un formidable bravo. Passé la porte noire de la galerie, on est saisi par la poésie grave de ses installations, quasi baudelairiennes, comme ces parapluies cassés ou ouverts, suspendus au plafond, qui vous frôlent comme des chauve-souris au son d’un grincement persistant, ou encore un ring baigné d’une lumière bleutée énigmatique… Des ambiances et des images d’une grande force onirique. […] Avec très peu, Claude Lévêque parvient à faire beaucoup. Jouant des contrastes entre matières à la légèreté aérienne et matériaux très lourds, confrontant des objets qui n’ont rien à voir entre eux et abusant de l’ultraviolet, il nous propulse dans des mondes parallèles. Celui-ci n’est pas tout à fait mort, mais à peine vivant. Quelque chose de familier, en somme… » , conclut Yasmine Youssi. Un trouble, un dérangement, voire un malaise, mais aussi une familiarité, qu’on retrouve quasiment dans tous les articles des critiques qui se sont immergés dans la "Basse tension" de Claude Lévêque.

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