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Sacrés Goncourt !

7 min

Antoine Gallimard a parlé. Le PDG des éditions du même nom était attendu au tournant pour réagir enfin à « l’affaire Richard Millet », dont je m’étais fait l’écho ici même la semaine dernière. L’éditeur revient notamment sur la question à la fin d’un entretien publié par l’Express , très majoritairement consacré à son rachat de Flammarion, finalisé depuis mercredi, et à ses combats pour l’avenir. Que dit donc Antoine Gallimard ? « Richard Millet a toujours été un lecteur éditeur de qualité, attentif, et n’a jamais failli à son professionnalisme, ni fait jouer ses convictions idéologiques dans ses recommandations littéraires. Les propos tenus dans son Eloge littéraire d’Anders Breivik, que je ne partage absolument pas, relèvent davantage d’un bric-à-brac intellectuel et d’une volonté de partir dans une croisade anti-multiculturalisme. Il a le droit de les exprimer. Son statut d’éditeur deviendrait incompatible avec ses opinions s’il faisait de la maison d’édition le propre champ de ses convictions. » “C’est noté , persifle Libération. On va relire tous les romans édités par Richard Millet.”

Une chose est certaine en tout cas : il est peu probable que le « lecteur éditeur de qualité » remporte à nouveau cette année le prix Goncourt avec l’un de ses poulains : la première sélection a été rendue publique mardi par l’Académie Goncourt, et n’y figure qu’un seul roman édité par Gallimard. Et ce n’est pas la seule surprise, comme le note Pierre Vavasseur dans Le Parisien : “Sacrés Goncourt ! , s’exclame-t-il. Ils adorent n’être plus là où on les attend. Depuis que ce matois matou de Bernard Pivot a intégré la docte académie, en 2004, on sentait bien qu’il était comme un loup dans la bergerie. Là-dessus sont arrivés des petits nouveaux : Patrick Rambaud, le sale gosse Régis Debray, un caractère Pierre Assouline, un insomniaque Tahar Ben Jelloun, un poète et Philippe Claudel, un ermite. De quoi considérablement modifier les rythmes et les traditions d’une assemblée longtemps habituée aux stratégies de pouvoir entre grands éditeurs. Une époque qui semble révolue. Résultat, la première liste du prix, qui sera remise le mercredi 7 novembre, relève du miniséisme et, surtout, du KO pour certains. A commencer par Olivier Adam, [le favori du Parisien ] pour son livre Les Lisières, parti comme une fusée dans les pronostics et les médias. Un pétard mouillé, puisqu’il ne fait même pas partie de la liste des douze. Flammarion, l’éditeur d’Olivier Adam, ainsi que Grasset et Albin Michel, cotisent aux abonnés absents de la gloire littéraire 2012. Des champions éliminés avant même le sprint final. Le peloton est composé, dans sa grande majorité, d’outsiders peu dopés par la promo. Citons-en quelques uns : Thierry Beinstingel pour Ils désertent chez Fayard Serge Bramly pour Orchidée fixe, chez Lattès Gaspard-Marie Janvier pour Quel trésor ! chez Fayard ou Joël Dicker pour La Vérité sur l’affaire Harry Quebert aux éditions Fallois. Bien sûr, il y a Vassilis Alexakis, Mathias Enard et Patrick Deville, qui vient d’obtenir le prix Fnac pour Peste et choléra, au Seuil. Ces trois-là feraient bien, tout à coup, figure de favoris si les cartes n’étaient aussi brouillées. « C’est vrai que c’est une surprise, concède Christine Ferrand, rédactrice en chef de Livres Hebdo, bible hebdomadaire de l’actualité littéraire. C’était déjà le cas l’année dernière, mais là, il est clair que les Goncourt, avec le renouvellement de leurs membres, sont devenus plus… indépendants. » Les jurés de chez Drouant, eux-mêmes écrivains, procèdent désormais par ruades. Symptôme passager ou durable ? , s’interroge pour finir le critique du Parisien . Les années qui viennent diront s’ils sont sortis définitivement de l’enclos des renvois d’ascenseur.”

Ceci explique-t-il cela ? Françoise Dargent a noté dans Le Figaro que 426 romans français sont censés être lus par les jurés du Goncourt. “S’ils ne les liront pas tous, quatre d’entre eux partent avec une courte longueur d’avance. Ils en avaient déjà au moins lu un, bien avant la date fatidique de l’arrivée des premiers livres dans leur boîte aux lettres. Car ces quatre jurés-là, sur les neuf que compte l’académie, publient eux aussi un ouvrage en pleine rentrée littéraire. Pierre Assouline, Tahar Ben Jelloun, Philippe Claudel et Bernard Pivot auront donc la lourde tâche de mener de front deux activités très prenantes : lire les nombreux livres en compétition et faire la promotion de leur propre ouvrage auprès des médias qui ne manqueront pas de les solliciter, tête d’affiche oblige. Charge à eux d’éviter les collusions, pardon, les collisions dans cet exercice de voltige ! Il s’agit [donc] de dénicher les meilleurs textes en moins de trois mois et donc, pour nos quatre jurés de pousser des confrères qui sont aussi des concurrents potentiels. […] Le plus surprenant est ailleurs. Ces quatre écrivains pourraient se retrouver dans une situation délicate. Un juré Goncourt pourrait tout à fait devenir le lauréat d’un des autres prix prestigieux. Il n’en manque pas tels que le Renaudot, le Femina, le Médicis, l’Interallié ou le Grand Prix du roman de l’Académie française. Si certains règlements empêchent ce genre de situation, d’autres restent totalement souples. On peut même imaginer ce cas extrême : le Goncourt et le Renaudot étant proclamés en même temps au même endroit, au restaurant Drouant, Pierre Assouline ou Bernard Pivot, qui siègent à quelques mètres des jurés Renaudot, devisant dans le salon voisin, peuvent être consacrés pendant qu’ils délibèrent sur le lauréat du Goncourt… Reste à savoir pourquoi ces auteurs reconnus et déjà plusieurs fois primés sont lancés dans le grand bain de la rentrée littéraire. Ne seraient-ils pas comme ces poids lourds qui encombrent des routes déjà surchargées ? Il semblerait que des motifs d’ordre économique poussent les éditeurs à lancer leurs têtes d’affiche en cette période propice aux achats. Les auteurs bénéficient ainsi de la très bonne exposition médiatique des livres en septembre et octobre. Il y a quelques années, les maisons d’édition préféraient publier les romans des auteurs confirmés l’hiver. La tendance s’est désormais inversée. Cette année, on annonce encore des petits nouveaux, Patrick Modiano et Jean Echenoz, en octobre.”

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